ALGÉRIE
11/12/2018 16h:13 CET

À l’ombre des frères lumière, l’ancien cinéma algérien renait

Cette amitié de plus de 50 ans a été renforcée par une passion commune celle du cinéma. Un monde qu’ils ont découvert par des chemins différents et à un âge précoce.

Association Lumières

L’ancien cinéma algérien n’a pas perdu sa notoriété à l’association “Lumières”. Films, acteurs, cinéastes, et autres membres de la “famille du cinéma” algérien continuent d’exister dans ce lieu de mémoire. Mais le souvenir de cette époque glorieuse, est plus présent dans les souvenirs de trois bonshommes, Nacer, Mustapha et Mahieddine.

Assis autour d’une table à l’entrée du siège de l’association cinématographique “Lumières” à Alger-Centre, Nacer, Mustapha et Mahieddine contemplent avec nostalgie les portraits des acteurs et affiches de films qui tapissent les murs. Le temps d’une conversation amicale, ils déroulent le film de leurs vies dont le “bout à bout” est digne d’un film d’histoire.

“Nous avons travaillé sur la plupart de ces films et nous avons connu tout ce beau monde, c’était nos frères”, raconte Mahieddine, la voix légèrement enrouée par l’émotion.

 

Soumia Ferkali pour le HuffPost Algérie

 

Les trois hommes sont fils de la Casbah, ils ont grandi dans la citadelle où ils habitent jusqu’à ce jour. Cette amitié de plus de 50 ans a été renforcée par une passion commune celle du cinéma. Un monde qu’ils ont découvert par des chemins différents et à un âge précoce. Plusieurs décennies sont passées depuis cette époque mais les souvenirs semblent intacts.

L’ainé du trio est Mahieddine, âgé de 80 ans, ce monsieur ne perd rien de la vigueur de la jeunesse. Il confie qu’il a découvert le monde du cinéma dès l’âge de 11 ans grâce à son cousin qui était technicien et l’emmenait avec lui sur les plateaux de tournage.


Plus grand, il travaille pendant des années dans la régie générale de plusieurs films algériens. Il s’occupait de la gestion du film, les contrats, la figuration, le scénario, le scripte, le décor et bien d’autres taches. Un métier, dit-il, qui lui a permis de côtoyer de grands noms du cinéma algérien.

“J’ai participé à la réalisation de plusieurs films algériens. J’ai connu Mohammed Chouikh, avec qui j’ai travaillé sur le film l’embouchure, Mohamed Ifticéne, Mustapha Badie et bien d’autres hommes et femme qui ont mis les fondations du cinéma algérien”, se souvient Mahieddine.

 

Soumia Ferkali pour le HuffPost Algérie

Mahieddine déroule ces souvenirs lointains sans économiser le moindre détail. De cette époque, il conserve précieusement chez lui des objets qui lui rappellent ce cinéma révolu : il cite le scénario du film de l’embouchure, un tableau de travail d’un tournage, des bobines de films en 35mm noir et blanc.

Mahieddine n’est pas membre de l’association comme Nacer et Mustapha. Il rend juste visite à ses amis de temps en temps pour se remémorer ces belles années.

Nacer est membre fondateur de l’association “Lumières” créé en 1998. Retraité depuis plusieurs années, il est guide à la casbah et s’occupe également des activités de l’association.

Enfant, Nacer passait ses journées à la salle Atlas de Bab-El-Oued. Des années plus tard, il devient responsable de l’aménagement des salles de cinéma.

Il déplore la dégradation de ces lieux de culture. Il se souvient que dans les années 70, les salles de cinéma étaient parfaitement entretenues car leur maintien faisait partie des prérogatives de l’État.

Ce monsieur de 65 ans, se dit témoin du passage du cinéma algérien du grand au petit écran. Il estime qu’il est dû à la dissolution de trois importantes entreprises dans les années 80 : le centre algérien pour l’art et l’industrie cinématographique (CAAIC), l’entreprise nationale de production cinématographique et l’agence nationale des actualités filmées.

 

Soumia Ferkali pour le Huffpost Algérie

C’est de cette crise qu’est nées l’association “Lumières”. D’anciens employés de ces entreprises se sont rassemblés pour la sauvegarde du patrimoine matériel et immatériel du cinéma algérien.

Aujourd’hui, Nacer sillonne le pays avec cette exposition de portrait et d’affiches de films. Il estime que c’est un devoir de mémoire, une page de l’histoire de l’Algérie que les jeunes générations doivent connaitre.

Mustapha est le gardien du temps qui passe. Il vient presque chaque jour à l’association. Il a joué dans plusieurs films quand il était plus jeune. Il ne s’étale pas sur son parcours et préfère parler de cette association où il passe ses journées depuis plus de 17 ans.

Silence on tourne!

Nacer et Mustapha s’adonnent à cœur joie de faire une visite guidée des lieux. Le siège actuel de l’association était, autrefois, le centre algérien pour l’art et l’industrie cinématographique (CAAIC).

″À l’époque la direction générale du CAAIC était à Ben Aknoun et ici étaient conservés les moyens de production cinématographique. On y trouvait de tout : des caméras, des accessoires de tournage, des bobines de films.. un patrimoine audiovisuel extraordinaire dont une partie appartient à l’association lumières”, souligne Nacer.

Une petite salle d’exposition est aménagée au sein de l’association pour les visiteurs. Nacer et Mustapha attirent l’attention sur une caméra qui trône au milieu de cet espace.

 

Soumia Ferkali pour le HuffPost

Cette pièce maîtresse est une caméra de prise de vues en super 35 qui a tourné des films cultes du cinéma algérien, comme Hassan Nya de Ghouti Bendedouch.

Nacer explique qu’autour de cette caméra orbitent les métiers les plus importants du cinéma. "Les deux sièges à droite et à gauche de la caméra sont respectivement ceux du directeur de la photo, et du premier assistant photo. Et dernière la caméra se tient le chef machino qui commande la manette". Il ajoute que les négatifs des films réalisés par cette caméra sont conservés à l’étranger, puisque l’Algérie n’a pas de laboratoire spécifique pour les préserver.

Mustapha qui écoute attentivement le récit de son ami, attire l’attention sur deux portraits à l’entrée de la salle. "Ce sont les deux meilleurs directeurs de la photo qu’a connu l’Algérie indépendante: Rachid Merabti et Yacef Sahraoui", soutient-il.

Après ce flashback, Nacer, Mustapha et Mahieddine retournent à leur conversation. Cette "famille du cinéma" n'est plus aussi nombreuse. Ce qui auréolent les histoires de ces trois amis d'une valeur inestimable.