ALGÉRIE
12/04/2019 18h:51 CET | Actualisé 12/04/2019 22h:23 CET

A l'intérieur du tunnel des facultés noyé dans les gaz lacrymogènes, le pire a été évité

Bob Khaled pour le Huffpost Algérie

Il était près de 15H30. Une foule joyeuse s’avance en chantant vers le tunnel des facultés. Comme chaque vendredi, le passage du tunnel est un moment particulier, celui d’une joie extrême où les manifestants chantent à tue-tête. Les gens chantent “Hey l’Algérie tatnahaw ga3”. Une ambiance d’enfer. Les drapeaux flottent dans les airs et les voix montent au ciel quand soudain un premier mouvement de foule se produit.

Ghada Hamrouche pour le HuffPost Algérie

 

“Que se passe-t-il”, crie un jeune homme qui portait une petite gamine sur les épaules . ” On tire des bombes lacrymogènes!!!”, crient les jeunes en refluant vers l’entrée du tunnel côté avenue Pasteur.  A peine le temps de réaliser l’alerte lancée par les jeunes que l’on on aperçoit un projectile incandescent qui frôle les têtes avant de tomber par terre. 

Le pire des scénarios dans un tunnel: deux mouvements de foule allant en sens inverse et qui se télescopent. La fumée est partout, l’air est irrespirable et on ne voit presque rien. Des voix tentent de calmer, “marcher doucement”. Mais la panique est là. Les gens courent vers le bout du tunnel. La fumée est partout, la visibilité est presque nulle. Des manifestants tombent par terre. Certains font l’effort de leur porter secours et de les soulever.  Le tunnel des facultés est enveloppé d’une fumée blanche.

Au bord de l’asphyxie, les manifestants traversent difficilement les quelques mètres qui les séparent de la sortie. Un moment  interminable. Ceux qui avaient  des enfants avec eux hurlent: ”“faites vite les enfants étouffent”.

Les yeux rougis par les larmes, les jeunes sortent remontés à blocs et veulent en découdre avec le cordon sécuritaire qui bloque l’avenue du docteur Saadane.  Il a fallu la sagesse des plus âges pour les dissuader d’aller vers un affrontement direct.

capture ecran Hamdi Baala

C’est à ce moment que des cris de rage fusent de partout : “Pouvoir assassin!”. Une minute plus tard toute la rue scandait “Al doula khayna wa al cha3b mrabi”.

Les plus téméraires décident de rentrer une nouvelle fois au tunnel. “C’est pas avec leur bombes lacrymogènes qu’ils vont nous faire renoncer. Ils partiront tôt ou tard et nous serons là pour les faire partir” A nouveau les jeunes rentrent au tunnel. Au loin on entend les bombes lacrymogènes exploser à nouveau. 

 

Il est 18 heures, les forces de police attaquent en masse la place Audin à coup de gaz lacrymogènes.  Au milieu des explosions, les jeunes continuent à crier :“silmiya, silmiya”. Le pouvoir ne semble pas l’avoir entendu. En ce vendredi, le 8eme de la contestation, il a décidé de passer à la répression de masse.