LES BLOGS
13/06/2018 14h:02 CET | Actualisé 13/06/2018 14h:02 CET

A l’attention de Monsieur le gouverneur de Tunis, de la part d'une citoyenne encore pleine d’espoir pour son pays

"Alors Monsieur le gouverneur, allez-vous leur donner raison? Sommes-nous dans un État de non-droit?"

Mlenny via Getty Images

Je m’appelle Ines Elaiba, et je voudrais vous faire part d’un problème que j’ai rencontré lors d’une sortie familiale au Lac 1 la semaine dernière.

Je vous écris cette lettre parce que je pensais passer un bon moment à l’extérieur avec ma famille en ce samedi soir de Ramadan comme bon nombre de mes compatriotes.

J’ai voulu garer ma voiture au Lac 1, mais à chaque fois que je trouvais une place, des gardiens autoproclamés de rues sortaient de nulle part et sans autorisation aucune, en m’ordonnant souvent agressivement de garer ma voiture à l’horizontale, soit l’arrière de la voiture sur le trottoir et l’avant faisant face à la rue (ce qui peut donc en plus endommager le dessous de la voiture).

Par autoproclamés gardiens de rues entendez autoproclamés gardiens d’un espace public qui ne leur appartient pas et qui ne leur a jamais appartenu Ines Elaiba

Ils nous obligent à garer nos voitures dans cette position parce qu’ainsi, beaucoup plus d’espace est gagné, donc plus de voitures garées et plus d’argent ... argent gagné sur le dos de citoyens qui se sentent obligés de payer parce qu’ils ont peur que s’ils n’obtempèrent pas, ils retrouveront leurs voitures abîmées plus tard.

J’avais trouvé trois places ce soir-là, je me suis garée à chaque fois et à trois reprises on m’a fait la même remarque.

La troisième fois je n’ai pas voulu bouger ma voiture, que j’ai garé à l’horizontale, normalement, mais un individu qui n’a aucun droit sur cet espace, m’a pourtant demandé de partir ou de changer la position de ma voiture.

Un autre de ses compagnons (puisque chacun s’auto octroie un bout de l’espace public), est venu et m’a dit « pourquoi vous nous faites ça ? » Parce que, bien sûr, ce sont eux les victimes de cette flagrante injustice, quelle ironie, c’est le monde à l’envers !

J’ai refusé de les écouter, j’ai verrouillé ma voiture et je suis partie.

Quand je suis revenue et pendant que je sortais de mon stationnement, cette personne s’est jetée sur la voiture et m’a dit : ”؟ madame أكھو”, je lui ai répondu: ”أكھو”. Quand il a compris que je ne lui donnerai pas d’argent, il m’a dit : ”لا تباركلك و لا تربحك”

Alors Monsieur le gouverneur, allez-vous leur donner raison ?

 

Lorsque j’ai parlé à mon entourage de mon intention d’écrire cette lettre, beaucoup m’ont dit ”ça ne sert à rien, tu crois qu’ils ne le savent pas ?”; en effet beaucoup de citoyens se sont déjà plaints et rien n’a changé.

Alors Monsieur le gouverneur, allez-vous leur donner raison ? Sommes-nous réellement dans un État de non-droit où les abus commis par des personnes malhonnêtes qui ne pensent qu’à gagner de l’argent de manière illégale sur le dos des citoyens restent impunis ? Allons-nous commencer par prendre nos responsabilités pour faire appliquer les lois et essayer de sortir du sous-développement qui se caractérise par des actes d’intimidations et d’agressivité quotidiens ?

Pourquoi paye-t-on ces individus ? Pour avoir le droit d’utiliser un espace public qui dans sa définition la plus simple, appartient à tout le monde ? Pour avoir le droit de respirer l’air où l’on est stationné ? Qu’est ce qui est donné en échange de cette monnaie ? C’est simple : absolument rien.

Nous nous faisons voler et verbalement, voire physiquement agresser, ni plus ni moins, sans aucune réaction des autorités compétentes en la matière.

Pourtant nous sommes habitants et citoyens de ce pays, nous payons nos impôts, nous respectons la loi (ce qui n’est pas le cas de ces personnes qui se donnent tous les droits tous les jours dans différents quartiers de la capitale et dans d’autres villes) ; nous voulons voir notre pays s’améliorer, se développer, n’avons-nous pas le droit de profiter de l’espace public avec notre famille ?

Ce pays est-il un lieu de non droit où en un jour, en un soir quelqu’un, n’importe qui, peut s’approprier un bout de trottoir et ordonner aux gens de payer pour l’utiliser ? Vivons-nous dans un tel pays Monsieur le gouverneur ? Pourquoi l’État ne fait-il rien pour protéger ses citoyens de ces abus flagrants et répétés ?

J’espère que vous conviendrez que cela n’est pas normal, que vous donnerez tort à ces citoyens désillusionnés qui ne croient plus au changement comme ceux qui ont essayé de me décourager d’écrire cette lettre, et j’espère que vous allez donc prendre les mesures nécessaires pour arrêter ce genre de pratiques.

Ines Elaiba (citoyenne encore pleine d’espoir pour son pays).

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.