TUNISIE
25/05/2019 19h:28 CET

À la rencontre de Naïma El Jeni: le parcours d'une icône populaire

El Douar/Youtube

Elle a endossé souvent le rôle d’une femme drôle et spontanée, Naïma El Jeni l’est aussi en dehors des plateaux. L’interview se déroule sans chichis autour de deux cornets de glaces bien gourmandes, où elle raconte un récit de son parcours, ponctué d’anecdotes et de confidences. 

Elle commence son histoire par le début. C’est l’histoire d’une jeune fille originaire de Ghomrasen qui vouait une passion pour le théâtre grâce à sa professeure de théâtre, Halima Daoued, se souvient-elle.

Éprise de cette passion, elle opte par la suite pour des études à l’Institut supérieur d’art dramatique (ISAD). Avant même l’obtention de son diplôme, elle entame sa carrière sur les planches, dans les pièces “Hobbek Darbani”, “Cinéma cinéma”, etc, avec Mohamed Kouka, Farhat Jdidi et bien d’autres. En 1987, elle marque une présence dans le cinéma en jouant dans le film du réalisateur italien, Franco Rossi, “Un enfant nommé Jésus”. 

Repérée par l’acteur Abdelaziz Meherzi, elle joue pour la première fois dans un feuilleton intitulé “Amani”, raconte-t-elle. C’est les débuts des années 90, elle enchaînent les rôles, avec le succès notable de ses interprétations dans “El Douar”, “El Assifa”, Edhak Ledonia.

1996-1997, Naima El Jeni joue “Hdayda” dans le feuilleton “El Kottab Al Beb”, elle est à son apogée. Le succès populaire de cette oeuvre et de son personnage demeurent intactes jusqu’à aujourd’hui.

Une vingtaine de rôles dans des feuilletons vont suivre après: de “Mnamet Aroussia” en passant par “Choufli Hal” et en arrivant à “El Harba”.

Indéniablement, Naima El Jeni est une actrice qui a marqué le paysage télévisuel ces 20 dernières années et au passage des générations de téléspectateurs. 

Dans la foulée, la comédienne ne se détourne pas de son amour : le théâtre. Elle mène une carrière d’enseignante de théâtre avant de faire un détachement auprès de la troupe de la ville de Tunis. Elle collabore notamment avec Monji Ben Hafsia, Taher Fazaa et Sadok Halwess avec des pièces à succès telles que “Ettalibet”, “Fezzani Mertah”, “Woufa Al Maktoub”, “Malla Ayla” en arrivant à sa nouvelle pièce “Weld Omou”. 

Quid du cinéma? “C’est vrai que n’ai pas beaucoup de rôles dans le cinéma, mais j’aurais aimé que ce soit autrement. Pour certains réalisateurs en quête de nouveaux visage, j’étais déjà très présente à la télévision et au théâtre. Mais je suis fière de mes  quelques rôles dans “Poupées d’argile” de Nouri Bouzid, “Parole d’hommes “de Moez Kamoun”, etc.”

Choufli Hal/youtube

Concernant ses préférences entre la télévision, le cinéma et le théâtre, Naima El Jeni lance : “J’aime jouer, c’est ma raison d’être. Je sens un grand manque quand je m’éloigne des planches notamment”.

C’est avec élan, les yeux illuminés qu’elle parle de ses rôles: “Je respire en travaillant. Je donne à chaque rôle, tout ce qui m’a nourri dans la vie, mes lectures, mon vécu... Je lis beaucoup. Je crois qu’on ne peut pas être un bon acteur sans background, sans des références. Pour mon rôle dans “El Douar”, je me suis inspirée d’un personnage du roman “La Saison de la migration vers le nord” de Tayib Saleh, par exemple”. 

En parlant des actrices qu’elle admirait, la comédienne évoque, entre autres, les noms de Mouna Wassif, Mouna Noureddine, Fatma Saidane, Jalila et Raja Baccar. 

Cantonnée parfois dans certains rôles, Naima El Jeni explique avec amertume que c’est le fait de la recherche de facilité de certains réalisateurs: “On confère à l’acteur le rôle dans lequel il s’est le plus illustré et on finit par créer des prototype”. Pourquoi ne pas refuser cette catégorisation?: “On produit une fois par an, on attend tous ce moment pour travailler. Pour moi, c’est une question vitale aussi : je vis de mon travail, à un certain moment il faut être réaliste”, dit-elle. 

Et de trancher: “Si c’était à refaire, je ferais la même chose. Sombrer dans les regrets, ce n’est pas dans ma nature”, confie-t-elle. 

Naima El Jeni ne regrette pas non plus d’avoir abandonné une carrière à l’échelle régionale : “J’ai commencé à percer en Syrie, mais j’avais ma fille en bas âge. La séparation a été doubleuse. J’ai choisi de rester auprès de ma fille (NDLR: Oumayma Ben Hafsia”).

La petite fille est devenue grande et suit le chemin balisé par sa mère. “Je ne l’ai pas encouragée à faire comme moi, elle a un don qui s’est exprimé dès l’enfance”. 

La comédienne n’exprime pas de remords, mais des souhaits pour que sa fille atteigne ce qu’elle n’a pas pu faire, elle: “J’espère qu’elle mènera une carrière brillante en dehors de la Tunisie: en Egypte et pourquoi pas à Hollywood”, lance-t-elle. 

Pour sa part, Naïma El Jeni est optimiste quant à la suite de sa carrière. Elle souhaite retrouver le cinéma, expérimenter d’autres rôles. “J’espère encore et toujours. L’espérance est mon moteur”.

Elle voit de bon œil l’évolution de la production télévisuelle: “Techniquement et sur plan de l’écriture, cette année marque une transition qualitative. J’ai adoré l’esthétisme de “L’affaire 460”, l’intrigue et le jeu d’acteurs dans “Nouba”, par exemple. Pour que ça dure, il faut qu’on jette les assisses d’un système où les ateliers d’écriture, l’innovation, etc. ont une place centrale”, souligne-t-elle. 

Entre-temps, la comédienne poursuit sa tournée avec la pièce “Weld Oumou”, une comédie mise en scène par Sadok Halwess. 

“Weld Omou” se produira le 25 mai à Mehdia, le 26 mai à Zaphyr Marsa, le 29 mai à El Jem, le 1er juin à Sousse-Sidi Bouali. La tournée se poursuit en été. 

 

 Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.