TUNISIE
08/06/2018 14h:22 CET | Actualisé 08/06/2018 16h:30 CET

À la rencontre de FounaShop, le site tunisien qui révolutionnera vos courses

FounaShop, le premier supermarché en ligne de Tunisie.

En 2012, une idée germe dans l’esprit de Karim Skik, qui imagine lancer un supermarché en ligne proposant des produits de qualité. C’est en 2014 qu’il crée officiellement FounaShop, aux côtés de sa femme et de sa soeur. Après plusieurs années d’essais, la plateforme d’e-commerce est enfin ouverte à tous les consommateurs. Il nous a accueilli dans ses locaux pour nous parler de sa philosophie.

 Le HuffPost est partie donc à la rencontre de Karim Skik, co-fondateur de FounaShop, le premier supermarché en ligne de Tunisie.

HuffPost Tunisie: D’où vous est venue l’idée d’ouvrir un supermarché en ligne en Tunisie?

Cela fait plusieurs années qu’on existe, et nous avons récemment fait connaître nos services à la clientèle tunisienne. Nous voulions d’abord perfectionner notre service et notre savoir-faire avant de le présenter à tous, car nous visons la qualité en terme de produits et de livraisons, ainsi qu’une grande variété de produits : nous avons actuellement plus de 11 000 références.

Julie Boulet
Karim Skik dans les locaux de FounaShop

Notre idée est venue de deux constats : tout d’abord, le fait de ne plus savoir ce que l’on mangeait. Dans les supermarchés, nous ne savions pas d’où venaient les produits, ni la façon dont ils étaient cultivés. Sans parler de l’utilisation des pesticides à outrance, des hormones ajoutées aux produits, etc. 

Dans ma famille, nous aimons bien manger et sommes conscients de notre alimentation. Nous étions donc inquiets du manque de transparence des grandes enseignes, et avions peur de devoir faire face à un modèle très industriel similaire à celui des Etats-Unis où nous avons vécu pendant 15 ans.

Le deuxième constat, c’est aussi la qualité de service que l’on trouve quand on va faire ses courses en Tunisie. Aux Etats-Unis, nous étions habitués à la gratitude des commerçants et de l’accueil chaleureux qu’ils nous réservent, ce qui pêche parfois ici. On a donc décidé de lancer un service de qualité, agréable pour le client. 

Je pense que l’e-commerce est le futur, et nous en avons profité pour tenter de résoudre ces deux problèmes.

 

Vous cherchez donc aussi à encourager les petits producteurs locaux?

Nous essayons de satisfaire la demande mais nous nous basons surtout sur la saison et les produits locaux. Nous trions nos produits, nous cherchons à avoir des relations directes avec les producteurs pour minimiser les coûts, favoriser la transparence et encourager un écosystème vertueux.

C’est pour ça que le mot “supermarché” à un certain moment nous a un petit peu dérangé, car il y a derrière la notion de masse et d’écrasement des producteurs. Tout le monde cherche à trouver un modèle plus durable, basé sur la proximité entre producteur et consommateur.

Nous cherchons aussi à fournir des produits de qualité ayant du goût. Beaucoup de grandes enseignes cherchent à présenter des produits qui résistent longtemps, comme par exemple des tomates qui peuvent rester trois semaines sans pourrir, mais ce n’est pas notre objectif. Nous préférons proposer des produits plus sains, et c’est pour cela que nous restockons tous les jours nos produits frais, nos fruits et légumes, pour satisfaire le client tout en évitant le gâchis.

Julie Boulet
Les entrepots de Founa au nord de Tunis

Et que pensez-vous des habitudes alimentaires des Tunisiens? On voit autour du monde que le manger sain, bio, ainsi que le végétarisme et le véganisme sont de plus en plus populaire. Observez-vous la même situation ici? 

Oui. Je pense qu’il y a une prise de conscience graduelle. Elle est différente des Etats-Unis, où l’on est arrivé aux extrêmes. En Tunisie, c’est plutôt de la nostalgie envers l’ancien fonctionnement des choses, il n’y a pas si longtemps que ça. Le fonctionnement de l’alimentation était beaucoup moins industrialisé, plus local. Les gens refusent les tomates pleines de pesticides et souhaitent revenir aux bonnes tomates de leur enfance, et ont malheureusement peu d’options. C’est justement quand on offre une alternative aux produits très industrialisés qu’on rencontre du succès.   La prise de conscience alimentaire est alors beaucoup plus intergénérationnelle, contrairement à l’Europe ou aux Etats-Unis où elle touche plus une certaine couche de la population, plutôt jeune. Nous sommes aussi loin de la tendance végétarienne et végane, mais le bien-manger se répand de plus en plus notamment au sein des classes moyennes et aisées qui ont les moyens de se procurer des produits de qualité. Mais plus cette tendance prend, plus elle pourra se démocratiser et être accessible à tous.

 

En parlant de consommateurs, combien de clients avez-vous?

On a environ 5000 comptes d’ouverts, avec environ une moitié d’actifs. Nous sommes environ une cinquantaine à travailler ici, mais c’est là où le modèle en ligne est très avantageux : une petite équipe est suffisante pour satisfaire la demande.

Nous avons donc moins de hiérarchie, la communication est fluide. Nos équipes ont été formées à un contrôle de qualité : chaque produit est vérifié par trois personnes, qui envoient au client seulement des produits qu’ils choisiraient eux-mêmes dans un supermarché.

Nous avons aussi des cuisines qui utilisent le surplus de produits pour qu’ils ne soient pas gâchés. Nous préparons donc des plats, par exemple des lasagnes faites maison qui sont disponibles à l’achat sur notre site. Nous avons même créé une laverie écologique au sein de nos locaux, et les clients peuvent nous confier leurs vêtements à la livraison de leurs courses.

Aussi, pour faciliter le fonctionnement de FounaShop pour le client, nos livreurs ont été formés pour livrer au cours d’un créneau horaire d’une heure, et préviennent en cas de retard, car il est essentiel pour nous de respecter nos engagements. Nous nous sommes basés sur un fonctionnement humain à partir de notre vécu afin de proposer un service tel qu’on aimerait qu’il soit si nous étions clients. C’est pour cela aussi que nous sommes notre propre premier client, pour observer nous mêmes le fonctionnement du service.

Julie Boulet
La laverie écologique de FounaShop

Et où livrez vous précisément?

Nous livrons surtout dans le grand Tunis, mais aussi de plus en plus à l’extérieur : vers Nabeul, Hammamet, Sousse et même Monastir. Ce sont souvent des expatriés, notamment des Français, qui commandent dans ces cas-là, pour avoir accès à des produits précis, tels du fromage ou de la charcuterie de qualité, qui ne sont pas disponibles partout.

 

Pensez-vous vous agrandir?

 Oui. Ce n’est pas très pratique d’envoyer nos livreurs jusqu’à Monastir ou Sousse. Au début, nous perdions de l’argent pour effectuer ces livraisons, mais c’était pour nous un investissement. Désormais, nous avons assez de commandes hors de Tunis pour couvrir les frais de transport.

Une fois que nous aurons assez de clients, nous comptons construire des entrepôts relais plus proches de Sousse pour faciliter les livraisons.

 

 

 
FounaShop

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