MAGHREB
21/05/2019 17h:25 CET

À la découverte du street art au Maroc (REPORTAGE)

Difficile de ne pas les voir dans les rues. Ces peintures, que l'on croise au détour d'une ruelle ou sur la façade d'un immeuble, sont de plus en plus nombreuses dans les villes marocaines. Zoom sur un phénomène en expansion.

CULTURE - Depuis bientôt dix ans, le street art au Maroc est en plein essor. De Casablanca à Rabat, en passant par Fès ou Marrakech, les murs des villes marocaines deviennent le terrain d’expression des artistes de la rue.

Force est de constater que ce phénomène séduit: dans le royaume, depuis plusieurs années, des événements mettant à l’honneur cette culture sont organisés. C’est le cas notamment de Jidar et Sbagha Bagha, deux festivals organisés respectivement à Rabat et Casablanca, dont Salah Malouli est le créateur et directeur artistique.

“À travers Sbagha Bagha et Jidar, on essaie de mettre en valeur les artistes marocains, en leur dédiant des pans entiers des festivals, à côté des artistes internationaux, et de pousser les plus jeunes à s’y intéresser pour peut-être créer des vocations”, explique-t-il. “L’idée, c’est de créer une scène artistique qui puisse être très importante ici dans les années à venir.”

Pour Salah Malouli, le développement du street art au Maroc ne pourra progresser que par l’implication de la scène locale. “Si on veut que cet art se développe, il faut donner à ceux qui le font vivre les moyens de s’exprimer et d’être vus du grand public. C’est ce que permettent des festivals comme ceux que nous organisons, et il faut continuer à promouvoir cet élan artistique au Maroc.”

De son côté justement, la scène locale est particulièrement active. À Casablanca, dans un bureau dont les murs semblent tout droit sortis d’un New-York des années 90, les membres du collectif Alouane Bladi se retrouvent pour créer et partager ensemble leur art.

Thamud Mellouk, président de l’association de street artists Alouane Bladi, évoque l’art urbain “à la marocaine”: des clins d’oeil à la tradition vestimentaire, à la part de la femme dans la société, ou encore des portraits de Marocains. Mais il tient à mettre en garde ceux qui voudraient limiter le street art marocain à un simple carcan traditionnel: “Il faut comprendre que le street art est un mouvement global. On a, parmi les artistes marocains, certains qui essaient de rendre hommage à la culture et à la société marocaine. Mais à l’inverse, beaucoup aussi cherchent à s’en détacher, pour puiser dans d’autres influences et proposer un rendu artistique différent.”

Au Maroc, ils sont une quarantaine d’artistes, regroupés dans des groupes de graffiti vandales et des groupes de street art. Les artistes échangent entre eux, se rencontrent mais rencontrent aussi leur public. Pour le président d’Alouane Bladi, les récentes dégradations commises sur certaines fresques ne sont que des événements marginaux et sont moins des protestations contre l’art que des règlements de compte isolés.

“Les Marocains font un très bon accueil au street art”, explique Thamud. “Ils respectent beaucoup la démarche artistique et on a toujours eu de très belles discussions avec les gens dans l’espace public. C’est l’art qui est le plus démocratique, il permet aux gens qui n’ont pas les moyens d’aller dans des galeries ou des musées d’avoir de l’art directement devant leurs yeux, dans leur environnement quotidien. Et les artistes s’y retrouvent aussi, puisqu’ils n’ont pas besoin de grimper les échelons de l’art académique pour pouvoir exposer leurs oeuvres: n’importe qui avec l’envie de s’y mettre peut devenir street artist.”