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23/08/2019 12h:10 CET | Actualisé 23/08/2019 12h:10 CET

A Karim Younes et Cie: nous avons très bien compris !

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La question mérite d’être posée, maintenant que ce panel et ses personnalités, menées par Karim Younes, un ex-P/APN sous Abdelaziz Bouteflika, est décidé à aller au bout de “sa mission”. La question mérite également d’être posée car ce même Karim Younes, sur son profil Facebook, ne cesse de se présenter, tantôt comme le Robin des Bois que les Algériens doivent porter pour éviter le “chaos”, tantôt comme la victime des “objecteurs de conscience et les redresseurs de torts” qui jettent “leur haine” sur sa personne et cette initiative. 

Depuis son installation, cette commission multiplie les faux-pas, les provocations, les déclarations méprisantes et les contradictions. Ses membres espèrent réussir un passage en force avec la bienveillance de l’Etat-Major, qui aboutirait à des élections rejetées massivement par les Algériens à travers le mouvement populaire déclenché le 22 février 2019 contre le pouvoir en place. 

Karim Younes est-il naïf de croire que “l’Etat tiendra ses promesses” ? Y croit-il réellement ou fait-il semblant d’y croire tout en poursuivant sa mission sous les sommations de l’Etat-Major ? Insiste-t-il sur ces “préalables” qu’il a si rapidement lâchés pour maintenir certaines personnes mobilisées ? Est-il instruit de communiquer de la sorte pour conserver le peu de sympathie que lui témoignent certains membres de ce panel ? 

Ce texte ne répondra pas à ces questions. Je ne suis pas un politologue. Je ne vais pas non plus contacter ce panel en ma qualité de journaliste car sa réponse est prévisible. Il suffit de voir comment Karim Younes s’est mis à répéter une déclaration hors-contexte à une question d’un étudiant. Cet ex-P/APN, lui, peut y répondre, s’il le souhaite. 

En tout cas, en réponse à son dernier post, voici, de la part d’un jeune parmi tant d’autres, qui n’aimerait pas que son avenir soit entre les mains de ces personnes, pourquoi ce panel est rejeté, malgré les menaces de “chaos”. 

Que s’est-il passé dans la nuit du mercredi à jeudi ?

Il faut dire que depuis son installation, jusqu’à la mise en place ces derniers jours d’un comité de “sages” composé de figures de la “Issaba”, ce panel ne cesse de se couvrir de ridicule.

Jeudi, 25 juillet 2019. Les Algériens découvraient à la télévision nationale, sur les chaînes de TV privées et le reste de la presse un panel composé de six personnalités, accueillies par Abdelkader Bensalah, chef de l’Etat par intérim. Outre Karim Younes, figuraient dans ce panel Benabbou Fatiha, Lalmas Smaïl, Lazhari Bouzid, Abdelwahab Bendjelloul et Benaïssa Azzedine. 

La composition de ce panel a vite suscité la surprise, des interrogations. Selon plusieurs personnalités, “des noms ont été ajoutés à la liste”. Le sociologue Nacer Djabi, l’avocat Said Salhi et l’activiste Islem Benattia ont révélé qu’ils ont été contactés par des personnes “du pouvoir réel”, des individus qui “n’ont pas décliné leurs identités et qui n’étaient que des intermédiaires”. 

Rappelons l’accord de ces trois personnalités avec Karim Younes. L’ex-P/APN devait se rendre, seul, à la présidence pour rencontrer Abdelkader Bensalah. Il devait ainsi transmettre les préalables des autres membres au chef de l’Etat par intérim et lui faire savoir “que le panel ne commencera son travail qu’une fois ces préalables concrétisés”. 

“Jeudi, nous nous sommes donnés rendez-vous devant le commissariat, en face la Présidence, à 10H”, m’avait expliqué Smail Lalmas au téléphone. Lorsque Karim Younes est arrivé et nous a pressé de démarrer, je lui ai demandé où étaient les autres, dont Nacer Djabi. Il m’a dit qu’ils se sont désistés”. Karim Younes et Fatiha Benabbou restaient injoignables ce jeudi-là puis le samedi d’après.

Le panel, à peine venait-il de voir le jour, suscitait déjà de la méfiance chez beaucoup d’Algériens, manifestants ou pas. Que s’est-il passé entre mercredi, où Karim Younes a accepté les conditions de Nacer Djabi avec d’autres personnalités et jeudi, date à laquelle cet ex-P/APN sous Bouteflika s’est affiché à la tête d’un panel modifié ?  

Le groupe a vite été rejeté. Le lendemain, Smail Lalmas a été pris à partie par certains manifestants à la rue Hassiba à Alger. On l’interrogeait pourquoi il s’est rendu chez Bensalah. On exprimait sa colère de le voir parmi ces personnalités, malgré ses tentatives de les calmer et de leur expliquer les missions du panel. 

Zéro “nif”

Cette manoeuvre opaque laissait présager la suite des événements. Entre temps, dehors, les manifestants rejettent cette commission pour avoir, déjà, rencontré Abdelkader Bensalah, un des symboles du pouvoir en place dont le départ, avec Nourreddine Bedoui, est posé par les manifestants comme préalable à toute solution. 

Karim Younes tentait alors de gagner la confiance des Algériens en partageant, sur son profil Facebook, les préalables du panel au dialogue. Intervenant sur la chaîne de télévision El Bilad, il est même monté au créneau, affirmant que le panel peut s’auto-dissoudre au cas où ces préalables ne sont pas respectés. 

Le panel exigeait des mesures “d’apaisement”, qui se traduiraient, entre autres, par la libération des détenus d’opinion, l’allègement du dispositif de sécurité qui bloque les accès à la capitale et la libération du champ médiatique.

La certitude de Karim Younes a duré 3 jours. Un discours de Gaïd Salah a mis fin aux maigres espoirs que Abdelkader Bensalah entreprenne ces mesures. 

Le panel ne s’est pas auto-dissous, comme évoqué, avec un air de défi, par Karim Younes. Loin de là. Contrairement à Smaïl Lalmas, qui a fait preuve de lucidité en quittant cette commission, conscient du poids que joue l’EM, l’ex-P/APN a décidé d’ignorer le discours de l’homme fort du pays, le chef de l’armée, répétant, à tout-va, que le chef de l’Etat par intérim lui a promis “des garanties”.

Samedi dernier encore, à une question simple d’un étudiant, à savoir si le gouvernement actuel est légitime, Karim Younes s’apprêtait à répéter “que le gouvernement lui a promis des mesures d’apaisement”. Entre-temps, nous assistons, encore et toujours, à des atteintes aux libertés. Pourquoi le pouvoir se mettrait-il à concrétiser ces mesures d’apaisement puisque vous continuez votre “mission” ?

Rompre avec le système … avec les partisans du 5e mandat

Le panel a ainsi continué sa mission. A l’issue de la première réunion, il a invité plusieurs personnalités à le rejoindre, à l’instar de Djamila Bouhired, l’ancien chef du gouvernement Ahmed Benbitour, Abdelaziz Rahabi ou encore Lyes Merabet, qui, comme Nacer Djabi et Said Salhi, avait été “pris de court” dans la “fameuse nuit du mercredi à jeudi”. 

Le panel a essuyé plusieurs refus, les uns après les autres, de Ahmed Taleb Ibrahimi, Mouloud Hamrouche, Drifa Ben M’Hidi, Mostefa Bouchachi, Abdelaziz Rahabi, Guessoum Abderrezzak et autres qui, posent des conditions que cette commission peine jusqu’à ce jour à réaliser, estiment que cette initiative est vouée à l’échec ou rejettent, tout simplement, un dialogue avec “Bensalah & Co”.

Après quelques semaines de travail, pendant que les Algériens exprimaient encore et toujours leur rejet de cette initiative dont les résultats sont déjà décidés, les personnalités “phares” de ce panel émergeaient peu à peu. 

On découvrait alors, dans des vidéos, des images, des intervenants et des personnalités qui étaient membres de certains partis d’allégeance, qui étaient présentes à la Coupole, à Alger, lors du meeting du FLN en soutien à un 5e mandat de Bouteflika, des responsables de syndicats ou d’organisations patronales qui, non seulement étaient de fidèles soutiens de l’ex-président, mais font l’objet de poursuites. 

Une présence somme toute normale, puisque Karim Younes, a maintes fois annoncé que  si le RND, le FLN et les autres partis d’allégeance ne sont pas les bienvenus à ce dialogue,  leurs militants, eux, par contre, peuvent bien y prendre part. Mais qu’est-ce qui fait un parti, si ce ne sont pas ses militants, entre autres ? Qui véhiculent les principes, les idéologies d’un parti ?

On découvre aussi des intervenants virulents qui, en jetant un coup d’oeil à leurs profils sur les réseaux sociaux, s’avèrent être des admirateurs de Gaïd Salah (grand bien leur fasse) qui relaient des appels au meurtre de personnalités politiques de l’opposition. 

Comment, Karim Younes, peut-il espérer que les Algériens adhèrent à cette initiative, à laquelle participent les personnes qui se sont activement impliquées dans le pillage   de ce pays, de ses richesses ? Qui ont bafoués ses principes...

Quel poids a une “charte” face à ceux qui font de la Constitution une serpillère ?

 

Le panel a du mal à convaincre. Pas seulement à cause de ses “vices de forme”. Cette instance a aussi “des vices de fonds”.  Depuis plusieurs semaines, le panel, mené aussi par Ammar Belhimer et Fatiha Benabbou, insiste sur l’urgence de tenir des élections présidentielles pour mettre fin à la crise, se mettant au diapason des injonctions de Gaïd Salah avec une rapidité déconcertante. 

Karim Younes et ses camarades présentent également ces élections comme une opportunité de “rompre avec le régime actuel”, rejetant une période de transition en raison des risques que cette période peut engendrer. Fatiha Benabbou a cité, dans ce sillage, le cas libyen. Ali Bensaad, spécialiste de la Libye a expliqué dans un article paru dans El Watan que cette assertion est mensongère car en Libye, “il n’y eu ni période de transition, ni constituante mais qu’il y a eu  au contraire deux éléments qui ont préparé le terrain à la fragmentation de la Libye et qu’on retrouve dans la feuille de route de l’Etat-major”.

Tout en présentant de manière erronée le cas libyen, Mme Benabbou a omis de citer le cas tunisien.  Mais, au risque de se répéter, les Algériens, manifestants ou pas, semblent plutôt d’accord à ne pas prendre part à des élections en présence de Nourreddine Bedoui et Abdelkader Bensalah. 

Cette proposition est d’autant plus absurde que le panel, s’alignant encore sur Bensalah et Gaïd Salah, tente de rassurer en affirmant que le président élu sera dans l’obligation de concrétiser les revendications du hirak, grâce à une “charte d’honneur”. 

Pourquoi dois-je voter, choisir entre un candidat et un autre, puisque leur programme est déjà tout tracé ? Quelle garantie pourrait-on avoir alors que le président “élu” dispose d’une Constitution qui en fait un monarque absolu?

Et puis, que vaut une charte devant un pouvoir habitué à violer la Constitution ? Hypothèse: le président élu, bénéficiant de la légitimité que les élections lui auront conféré, n’est autre que le candidat du pouvoir et décide de ne pas respecter cette “charte”. Que peut faire ce panel, qui n’a déjà le moindre poids face au discours de Gaid Salah et le mutisme du gouvernement sur les “mesures d’apaisement” ?

Karim Younes peine encore à convaincre les Algériens sur le rôle de ce panel et sa mission.  Face aux critiques, il ne cesse de s’emporter. Aujourd’hui encore, il a dénoncé “les tenants du statu quo, – ils sont dans plusieurs secteurs d’activité étatiques -, tout autant que les jusqu’au-boutistes mettent toute leur énergie à saborder cette initiative au lieu d’aider au dénouement de la crise ”. 

Plus tard, il a estimé que le fait qu’il ait rencontré Abdelkader Bensalah lui octroie un courage, et donc un mérite, que peu de personnes bénéficient. Celui “d’aller chez le gouvernement et lui dire, chez lui, qu’il doit partir”.

Karim Younes a cité des “gens derrière leurs écrans, sur Facebook”. Il a omis, comme il ne cesse de le faire en étant à la tête de cette instance, le peuple, qui lui, répète depuis 6 mois, jour pour jour, au pouvoir qu’il doit décamper.