MAROC
18/08/2019 15h:06 CET

À Kaboul, un attentat-suicide contre un mariage tue 63 personnes

Cet acte perpétré par un kamikaze est l'attentat le plus meurtrier dans la capitale de l'Afghanistan depuis janvier 2018. Il a été revendiqué par l'organisation État islamique.

Le HuffPost

AFGHANISTAN - Un attentat kamikaze a tué au moins 63 personnes et en a blessé 182, ce samedi 17 août au soir, lors des festivités autour d’un mariage à Kaboul. Un drame qui survient au moment où la population afghane espère un accord rapide entre talibans et Américains.

“Parmi les victimes il y a des femmes et des enfants”, a affirmé le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Nasrat Rahimi, qui a révélé le lourd bilan ce dimanche matin. L’attentat, qui a été revendiqué de longues heures plus tard par l’organisation terroriste État islamique, est le plus meurtrier visant des civils depuis le début de l’année en Afghanistan.

“À 22h40 (19h10 à Rabat) une explosion est survenue dans la salle de mariage Shar Dubai dans l’ouest de Kaboul”, avait indiqué samedi 17 août au soir Nasrat Rahimi, sans être alors en mesure de livrer un premier bilan. Il a plus tard expliqué que c’est “un kamikaze qui a fait détoner ses explosifs”.

Un attentat pas encore revendiqué

Les talibans, qui livrent une guerre d’insurrection depuis qu’ils ont été chassés du pouvoir en 2001 par une coalition menée par les États-Unis, ont nié dimanche matin toute implication. “Commettre de tels assassinats délibérés et brutaux et prendre pour cible des femmes et des enfants n’ont aucune justification”, ont tweeté deux porte-parole des talibans. Les insurgés ont revendiqué encore dans un récent passé des attaques où de nombreux civils ont été tués.

La branche afghane du groupe État islamique (EI), l’autre groupe terroriste qui commet des attentats, s’est finalement manifestée ce dimanche 18 août, pour revendiquer l’attaque. “Le frère kamikaze Abou Assem al-Pakistani (...) a réussi hier à atteindre un grand rassemblement (...) d’apostats” à Kaboul et a “fait détoner sa ceinture une fois au milieu de la foule”, est-il écrit dans un communiqué publié sur Telegram par l’organisation terroriste. “Après l’arrivée de membres de la sécurité, des moujahidine ont fait exploser une voiture piégée”, selon la même source. 

Les mariages en Afghanistan réunissent de très nombreux invités dans de grands complexes en périphérie des villes, où sont servis les repas et où hommes et femmes, généralement séparés dans deux salles différentes, dansent au son d’un groupe de musique. Selon un participant, interviewé par la télévision locale, quelque 1.200 invités participaient aux célébrations. Il est commun en Afghanistan qu’un seul mariage réunisse plusieurs centaines d’invités.

Des enterrements immédiats

Au petit matin, dans la salle aux vitres soufflées et au plafond effondré, témoins de la violence de l’explosion, le sol était maculé de sang. Des chaussures laissées là dans la panique étaient empilées devant l’entrée. Des enterrements étaient immédiatement organisés dans les cimetières de la ville, selon des images de la télévision locale montrant des proches mettant en terre 14 membres d’une même famille.

“On n’a pas le droit de vivre”, s’est insurgé sur Twitter Javed Hamim Kakar, rédacteur en chef de l’agence de presse afghane, Pajhwork. “Kaboul saigne. Il faut que ça s’arrête. S’il vous plaît aidez-nous si vous le pouvez”, a écrit Lotfullah Najafizada, le chef de la télévision phare du pays, Tolo news. Le chef de cabinet des services secrets afghans, Rafi Fazil, a qualifié l’attentat de “crime contre l’humanité”.

 

“Il est tout aussi douloureux de voir le monde fermer les yeux alors que cette souffrance insupportable de notre peuple aux mains des terroristes est largement ignorée au-delà des frontières”, a-t-il écrit sur Twitter.

Un accord imminent entre États-Unis et talibans?

Condamnant “l’attentat terroriste” et présentant ses condoléances aux familles dans un tweet, le chef de l’exécutif Abdullah Abdullah a déclaré que “cette attaque odieuse et inhumaine est bien un crime contre l’humanité”.

L’attentat de samedi est survenu alors que la population afghane, exaspérée par la violence aveugle, espère la conclusion d’un accord entre les États-Unis et les talibans qui ouvrirait la voie à des négociations de paix entre le gouvernement afghan et le groupe insurgé. Plusieurs sources américaines laissaient entendre ces derniers jours qu’un accord pourrait être imminent, mais certains points restent à régler.

L’envoyé spécial Zalmay Khalilzad, à la tête de l’équipe de négociation américaine, pourrait à nouveau se rendre dans la région dans les prochains jours afin de poursuivre, voire finaliser, les négociations.

Le président américain Donald Trump s’est, lui, félicité de la “très bonne réunion” sur l’Afghanistan qu’il a tenue vendredi avec ses plus proches conseillers et ministres. “Beaucoup dans le camp opposé de cette guerre vieille de 19 ans, et nous-mêmes, envisagent de conclure un accord -si possible!”, a tweeté Donald Trump.

 

L’accord porterait sur un retrait progressif des 14.000 soldats américains en échange de plusieurs engagements relatifs à la sécurité, en particulier celui que les miliciens islamistes, qui ont longtemps hébergé Al-Qaïda, ne permettraient pas que l’Afghanistan redevienne un abri pour les jihadistes.

Il s’agit de l’attentat le plus meurtrier dans la capitale afghane depuis le 27 janvier 2018. Ce jour-là, une attaque à l’ambulance piégée dans le centre de Kaboul avait fait 103 morts et 235 blessés, selon un bilan officiel. L’explosion, qui a tué de nombreux policiers, avait été revendiquée par les talibans.