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24/02/2019 17h:18 CET | Actualisé 24/02/2019 17h:18 CET

A Genève, des Algériens manifestent devant le siège européen de l’ONU contre le 5e mandat

Marika Jacquemart-Bouaoudia

C’est la cinquième goutte qui fait déborder le vase. Ainsi en est-il du cinquième mandat brigué par, dit-on, le président grabataire, Abdelaziz Bouteflika que les partis qui le soutiennent représentent à l’élection présidentielle du 19 avril prochain en Algérie.

Le 22 février un peu partout en Algérie des marches tranquilles et respectueuses ont été programmées dans différentes willayas de l’Algérie dont Alger, Constantine, Tizi Ouzou, Oran…..et même dans le sud algérien, ce magnifique sud qui est relativement laissé pour compte sauf quand il s’agit de lui extraire pétrole et gaz.

Si les médias nationaux ont volontairement renoncé à informer sur les événements que le peuple algérien qualifie d’historique, les médias en ligne et les réseaux sociaux ont largement commenté ces manifestations faites dans la dignité, le respect et le calme.

Les Algériens ne sont pas dupes et se rendent compte qu’un cinquième mandat sera fatal au développement économique et social d’un pays qui, en 1962, a conquis son indépendance au prix de plus d’un million de victimes grâce à des héros, hommes et femmes, qui  se sont sacrifiés et ont donné leur vie pour se libérer du joug colonial, pour la liberté et l’indépendance des siens.

Vivre enfin chez soi sans être asservi par un pouvoir étranger et hostile à sa culture, tel a été l’espoir de tout un peuple, certes de confession musulmane (pour la majorité) mais non point avide de liberté, de droits reconnus et d’égalités entre ses membres.

Marika Jacquemart-Bouaoudia

 

Or tel ne fut pas la réalisation espérée et désirée. Le résultat est mitigé.  Après plus de cinquante ans d’indépendance, le pays n’est pas à la hauteur des espérances de ce peuple, particulièrement de la jeunesse algérienne qui semble désespérée et se déclare brimée par une administration qui ne semble pas tenir compte de leurs aspirations et de leurs qualités. Une population dont la large majorité des personnes à moins de trente ans.

Le 23 février à Genève s’est tenu un sit-in sur la place des Nations devant le siège européen de l’Organisation des Nations Unies. On a brandi des drapeaux algériens et amazighs et chanté l’hymne national. Tout cela la veille de l’arrivée annoncée du chef de l’Etat algérien pour faire des contrôles médicaux à l’hôpital universitaire de Genève où il est déjà venu plusieurs fois auparavant.

Tout le monde sait que le président est malade et ne gouverne plus depuis son AVC en 2013. La Constitution prévoit pourtant de le remplacer mais pour des raisons obscures et incompréhensibles on préfère laisser ce président en place et même  le représenter à l’élection présidentielle d’avril 2019.

Pour le peuple algérien, c’en est trop ! Malgré le respect qu’il porte naturellement de par sa culture aux personnes âgées et malades!

La situation sociale et économique du pays qui leur apparaît désastreuse fait gonfler de tristesse le cœur  des algériens réunis ici.

La manifestation organisée sur l’appel d’un  nouveau mouvement a su se tenir digne et responsable sans dérapage aucun. Les manifestants ont scandé des slogans hostiles à un cinquième mandat et des slogans réclamant une vraie démocratie. Beaucoup ont pris la parole pour exprimer leur ras le bol d’une situation qui perdure depuis trop longtemps et met en danger l’avenir d’un pays que tout un chacun a espéré et espère encore radieux.

Comme disait mon père chacun a droit à sa place su soleil! Mais où est le soleil si un cinquième mandat est imposé?

Le peuple algérien veut un changement radical, du nouveau et une représentation qui leur soit plus conforme ainsi qu’un gouvernement qui permette aux  forces vives de la nation de se déployer et de construire la démocratie voulue et pour laquelle leur parents et grands-parents, voire leurs ancêtres ont combattu.

Tous unis pour une nation débarrassée de la corruption ... ainsi ont parlé quelques personnes au micro. Car leur a-t-on dit : vous êtes ici en Suisse, une démocratie où vous pouvez vous exprimer sans avoir peur de dire votre pensée.

Des orateurs ont clamé : laissons de côté nos différences culturelles ou ethniques … unissons-nous tous, amazighs (Kabyles, Chaouis, Mozabites, Touaregs…..). Et autres de ce pays pour une nouvelle Algérie digne et responsable.

Marika Jacquemart-Bouaoudia

 

Une ou deux dames ont exprimé en derja leurs opinions et réitéré le rejet d’un cinquième mandat et réclamé la démocratie. L’assemblée a scandé son ras le bol à une situation qui fait souffrir tout un peuple à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.

A 17H, la manifestation était terminée et chacun s’en est allé le cœur léger se disant qu’il aura fait quelque chose pour le soutien de toutes les marches qui se sont faites  en Algérie le 22 février, à Londres le même jour et qui se feront ailleurs à Paris, Marseille, Montréal ainsi qu’en Algérie le lendemain. Un peuple qui se sent responsable du destin de son pays et qui n’entend plus laisser à une minorité le pouvoir de toutes les décisions pour cette nation.

Un formidable espoir ! Sera-t-il exaucé ? Si Dieu le veut. Et Dieu est bon et magnanime !