MAROC
07/12/2018 18h:07 CET | Actualisé 07/12/2018 18h:12 CET

A Casablanca, une célèbre fresque murale de l'artiste Millo effacée par des ouvriers

La toile, qui dénonçait la place des femmes dans l'espace public, disparait sous des couches de peinture blanche.

Millo

STREET ART - Voilà une triste nouvelle pour les fans de street-art de la ville blanche. Sur Facebook, une photo d’ouvriers repeignant en blanc un mur où une gigantesque fresque murale de l’artiste Millo avait été peinte sur un immeuble face à la place Maréchal indigne les internautes. 

Peinte dans le cadre du festival Sbagha Bagha en 2015, l’oeuvre urbaine de l’italien Francesco Giorgino aka Millo, représentait une petite fille habillée d’une robe rouge et se bouchant les oreilles au milieu de la jungle urbaine de Casablanca. Autour d’elle, de petits dessins détaillent les différentes agressions qu’elle subit au quotidien. Le dessin avait séduit les Casablancais par son message fort en soutien aux femmes invisibles et transparentes aux yeux des hommes dans l’espace public. 

Près de trois ans plus tard, le mur est recouvert de blanc par des peintres du bâtiment, au grand dam de Salah Malouli, directeur artistique de Sbagha Bagha qui a diffusé la photo sur les réseaux sociaux et des internautes dans les commentaires, visiblement tristes que l’oeuvre disparaisse sous des couches de peinture.

Motif? L’étanchéité du bâtiment, d’après le commentaire d’un internaute qui connait des habitants de l’immeuble. “D’après un des propriétaires de la résidence, une connaissance personnelle, il ont des problèmes causés par la pluie, l7iit kaychrreb (le mur est humide, ndlr) voilà... Ce n’est pas une volonté contre ce tableau, je vous rassure” précise-t-il.

“Cela m’a pris quatre jours à la réaliser mais nous savions tous que cette toile n’allait pas rester éternellement” confie, amer, l’artiste au HuffPost Maroc qui a reposté la photo sur sa page Facebook accompagnée d’un message: “Mon mur à Casablanca a disparu”. 

Selon Salah Malouli, “c’est leur droit le plus légitime, c’st juste triste qu’ils ne puissent pas voir que ce n’est pas juste un mur mais qu’il y a beaucoup de choses derrière”, a-t-il commenté sur Facebook. 

C’est toutefois la première fois que l’artiste Millo, connu pour ses œuvres gigantesques faites de lignes graphiques en noir et blanc à travers lesquelles il intègre des éléments architecturaux et de géants personnages explorant le milieu urbain, exposait sur les murs de Casablanca, après Londres, Rio de Janeiro ou encore Florence.

Si les raisons du recouvrement de la toile ne sont pas les mêmes, cette histoire rappelle toutefois la fresque du street artist Hendrik Beikirch à Marrakech, recouverte par une publicité géante d’Umnia Bank, en juillet 2017. Mécontents d’un geste mercantile fait au détriment d’une oeuvre culturelle, les internautes, nombreux, n’avaient pas manqué de donner l’alerte sur les réseaux sociaux. Dès lors, la bâche publicitaire avait été retirée par la banque.