ALGÉRIE
13/10/2019 15h:13 CET | Actualisé 13/10/2019 15h:21 CET

A Alger, une foule inattendue manifeste contre la loi sur les hydrocarbures

Ramzi Boudina / Reuters
Demonstrators carry national flags and banners during a protest against a proposed new hydrocarbons law in Algiers, Algeria October 13, 2019. REUTERS/Ramzi Boudina

La foule, importante, a été empêchée de se rapprocher du siège du Parlement, au boulevard Zighoud Youcef. Un cordon des forces anti-émeutes, adossé à plusieurs fourgons, maintenaient les protestataires à plusieurs dizaines de mètres, devant l’hôtel en rénovation Es-safir. Ils étaient plusieurs centaines, voire quelques milliers, à s’être rassemblés pour dire “non” au projet de loi sur les hydrocarbures, adopté par le Conseil du gouvernement et qui sera incessamment examiné par le Conseil des ministres.

Le rassemblement a commencé vers 10H. Drapés de l’emblème national, brandissant des pancartes contre la loi sur les hydrocarbures, les manifestants ne cessaient de scander des slogans hostiles aux députés de l’APN. “Parlement, khawana (traîtres)”, “Vous avez vendu le pays” ou “L’Algérie n’est pas à vendre” étaient entonnés, en choeur, par une foule qui grossissait au fil des minutes. 

Encadrés par un dispositif renforcé, les manifestants, déterminés à faire entendre leur voix au le Parlement, se sont dirigés à la rue Asselah pour se rassembler devant la façade arrière du siège de cette institution.

Les premières lignes ont vite été rejointes par une foule impressionnante, inattendue. Un autre cordon bloquait les accès au niveau de la salle de cinéma El Mougar. Des vidéos montrent une file qui s’étendait de ce cordon jusqu’au boulevard Zighoud Youcef, en passant par la salle de cinéma Dounyazed.

Au pied du Parlement, les manifestants reprenaient les mêmes slogans hostiles aux députés. Ils les accusaient “d’avoir vendu le pays”, “dépossédés l’Algérie de ses richesses” exigeant “leur chute”. “Le peuple souhaite la chute du Parlement”, “Les députés, des traîtres”, scandaient-ils en brandissant l’emblème national ou, encore, des billets de 1000 et 2000 Da. “Nous ne manifestons pas seulement contre certains articles de cette loi, qui prévoient des concessions honteuses à des géants pétroliers. Nous manifestons aussi pour rappeler à ce gouvernement qu’il est illégitime pour approuver une loi pareille”, fait savoir Fayçal, la trentaine. 

Les protestataires se tournaient, de temps à autre, vers la rampe où des citoyens, accoudés, exprimaient leur solidarité avec les manifestants. Des éléments anti-émeutes tentaient de les disperser, les repoussant vers la rue Asselah, provoquant la colère des manifestants qui les huaient d’en-bas. Ces derniers se retournaient rapidement vers le Parlement pour reprendre leur protestation, entre-coupée, de temps à autre, par les tentatives policières de libérer la rampe en poussant une dame âgée, un porteur de drapeau ou un jeune manifestant.

La procession s’étendait ainsi du boulevard Zighoud Youcef jusqu’à la rue Asselah. De plus en plus de citoyens, arrivés par la rue Abane Ramdane et la rue Larbi Ben M’Hidi rejoignaient le rassemblement. La foule ne cessait de grossir. Sur le front de la mer, quelques centaines sont restées “en position”. La majorité s’était déplacée à la rue Asselah, devant l’entrée de l’hotel Es-Safir.

Les forces de l’ordre avaient du mal à disperser la foule. Après avoir réussi à évacuer la rue Asselah, non sans l’usage de la force, elles ont stationné plusieurs fourgons accompagnés d’une armada de policiers. Par-dessus la rampe, des centaines de personnes, faisant face au Parlement, continuaient à scander des slogans hostiles aux députés.

Ils s’adressaient, parfois, aux forces de l’ordre à travers leurs slogans, pour les dissuader de recourir à la répression “et de se ranger du côté du peuple”, lorsqu’ils ne dénonçaient pas une interpellation ou une intervention musclée pour libérer un espace.

Le rassemblement a encore duré plusieurs quarts-d’heure avant que les manifestant n’entreprennent de marcher via la rue Larbi Ben M’Hidi. Ils ont repris le chemin du Parlement, rencontrant, toutefois, le même dispositif.

Aujourd’hui, ils n’ont pas omis de rejeter les élections présidentielles du 12 décembre tout en scandant, encore et toujours, des slogans hostiles à Gaid Salah.

Les projets de loi sur les hydrocarbures et loi des Finances sont actuellement examinées par un Conseil des ministres, présidé par le chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah.