ALGÉRIE
16/04/2019 14h:22 CET | Actualisé 16/04/2019 14h:30 CET

A Alger, les étudiants bravent un dispositif policier dissuasif et reconquièrent la Grande-Poste

Reuters

Lorsque les officiers de police ont ordonné  leurs éléments de libérer l’esplanade de la Grande-Poste, les étudiants ont explosé de joie: ils avaient “reconquis” l’édifice en bravant un dispositif sécuritaire impressionnant, plutôt dissuasif que fonctionnel, en ce huitième mardi de manifestation contre le pouvoir en place. 

Comme à leur accoutumée, les premiers étudiants commençaient à se rassembler peu après 09H30 à la Grande-Poste. Mais, cette fois-ci, les forces de l’ordre, qui les ont réprimés la semaine passée, les ont rapidement sommés de “décamper”. “On nous laisse pas rester sur l’esplanade”, explique une étudiante, une moue sur son visage tandis qu’elle se dirigeait vers la rue Abdelkrim Khattabi.

Munis de leurs emblèmes nationaux, pancartes et banderoles, des étudiants étaient rassemblés à l’entrée principale de la Faculté centrale. D’autres tenaient à rester mobilisés à la rue Abdelkrim Khattabi, encerclés par des fourgons de police et plusieurs cordons sécuritaires, sans pour autant se laisser intimider.

Loin de là. Ces étudiants semblaient déterminés à ne pas renoncer à leur droit de manifester, à exiger le départ des 3B à partir de la Grande-Poste, monument incontournable du mouvement populaire depuis le 22 février. 

En face d’eux, sur la ruelle menant vers l’édifice, d’autres étudiants se tenaient debout, scandant “Système dégage” et “Talaba Wa’aoun, li nidhami rafidoun”. La marée qui s’étendaient ainsi de la rue Didouche-Mourad était séparée à la rue Khettabi pour reprendre forme à l’entrée de l’esplanade de la Grande-Poste.

Les officiers avaient de plus en plus mal à contenir les deux groupes et libérer la circulation aux automobilistes. Tandis que les curieux étaient sommés de s’éloigner des deux rassemblements, d’autres étudiants rejoignaient leurs camarades. Les dizaines de personnes brandissant des banderoles se comptaient désormais par quelques centaines et l’espace qui les séparait de leurs camarades à la rue Khattabi se rétrécissait peu à peu, malgré les efforts des forces de sécurité.

La pression montait. Les protestataires élevaient leurs voix. “Bensalah, Dégage”, “Yal Polici, ntaya cha3bi”, “Silmiya, Silmiya”, s’élevaient des deux camps.

La reconquête

Face à l’exaltation des étudiants et leur pression, un officier a fini par donner l’ordre à ses éléments de libérer le cordon sécuritaire. Un cri de joie s’élevait tandis que les étudiants se retrouvaient pour former une marée humaine et affronter un autre cordon, qui bloquait l’accès à la Grande-Poste.

Pas pour longtemps puisque la première ligne des manifestants a vite réussi à repousser les forces de l’ordre, dépassées, incapables de retenir un puissant mouvement de foule. 

Des dizaines d’étudiants ont réussi à se faufiler et, une fois de plus, les éléments anti-émeutes ont reçu l’ordre de laisser passer pour se remobiliser dans leurs derniers retranchements: sous les escaliers de l’édifice.

Contrairement au dispositif répressif de la semaine passée, celui d’aujourd’hui semblait plutôt dissuasif. A peine 5 minutes après avoir brisé les deux premiers cordons, les étudiants atteignent les escaliers de la Grande-Poste. Des scènes de liesse ont marqué cette “victoire”. Les étudiants ont “reconquis” le monument en courant, en sautant et en scandant en choeur leur slogans.

Les forces anti-émeutes ont également cédé sur la rue Pasteur, où d’autres groupes d’étudiants ont brisé un autre cordon, courant de joie vers l’entrée du Tunnel des Facultés.

Les étudiants, avançaient ainsi en conquérants à la Place Audin, au moment où la nouvelle de la démission de Tayeb Belaïz se répandait comme une traînée de poudre. Les éléments anti-émeutes, dispersés, se sont vite constitués en un cordon à la montée du Boulevard Mohamed V. 

Les étudiants des universités de la capitale ne sont pas les seuls à manifester. La majorité des autres villes universitaires connaissent la même dynamique ce matin. Le non à la transition menée par les 3B est sans appel.