ALGÉRIE
28/06/2018 12h:32 CET | Actualisé 28/06/2018 12h:36 CET

A Alger, la Smart City veut naître mais les anciennes pratiques refusent de mourir

Le sommet Smart Cities à Alger a vu la participation de nombreux étudiants et entrepreneurs qui ont présenté leurs solutions pour une ville intelligente.

Hamdi Baala
Des participants lors du sommet Smart Cities à Alger, le 28 juin 2018.

Au Centre International des Conférences (CIC) à Alger, des participants algérois au sommet Smart Cities, organisé les 27 et 28 juin, ont exposé les produits de leurs startups, des solutions intelligentes aux problèmes d’une capitale qui peine à leur offrir l’écosystème adéquat.

Les halls et les salles du CIC grouillaient d’étudiants et d’entrepreneurs venus présenter leurs projets et échanger avec des experts du monde entier. Beaucoup expliquent avec humilité qu’ils n’ont pas réinventé la roue mais ont adapté des solutions utilisées dans le monde entier au contexte algérois.

Parmi eux, l’entreprise Ursinia. Née du projet Alger Smart City lancé il y a un an, il s’agit d’une plate-forme de données recueillies grâce à des capteurs intelligents et envoyées au cloud. Les différentes solutions proposées par cette startup ont été développées par des étudiants de l’Ecole Nationale Polytechnique (ENP), de l’Ecole Supérieure d’Informatique (ESI) et de l’université d’Alger comme projets de fin d’études.

Les clients d’Ursinia peuvent utiliser pour une meilleure gestion des ressources. Parmi ces applications, expliquent les responsables, les fournisseurs de gaz ou d’eau peuvent détecter les fuites et les fraudes. Ils peuvent aussi relever le taux de consommation des clients sans envoyer des agents, etc.

“Nous avons utilisé l’IoT pour la collecte d’informations, le big data pour le stockage et l’archivage, l’intelligence artificielle pour l’analyse de données. Signalons que le tout est orchestré par un cloud qui est basé ici à Alger, à Baba Hassen”, explique Ali, étudiant à l’ESI et membre de l’équipe d’Ursinia.

A tout juste 23 ans, cet étudiant et son binôme ont proposé une gestion intelligente du trafic urbain. « On peut donner l’état actuel du trafic, l’estimation du temps d’arrivée aux bretelles, des analyses prédictives pour le trafic sur une semaine, la visualisation de la circulation », affirme-t-il.

 “Pour une fois, nous allons voir le fruit du travail de nos ingénieurs appliqué à des problématiques algériennes et trouver des solutions”, indique Dr. Mourad Adnane, enseignant à l’ENP et un des encadreurs des étudiants membres d’Ursinia.

D’autres entrepreneurs présents ont développé des solutions indépendamment du projet Alger Smart City. “Mouachir”, un tableau de bord qui permet de suivre la performance d’une entreprise en temps réel, a été conçu par ELCS. “RaïTech”, un système d’irrigation intelligent destiné aux agriculteurs, a été mis au point par AI Technologies. Les deux boites sont basées à Alger.

 

Hamdi Baala
Le Premier ministre Ahmed Ouyahia lors d'un mot d'ouverture du sommet Smart Cities, le 27 juin à Alger. 

 

Sur la scène de la salle principale de conférences, il y avait un portrait de 3 mètres de hauteur du président. Mais le reste de l’ambiance est très 2018. La modernité du CIC, les sujets discutées, les solutions proposées. On en oublie presque qu’Internet a été coupé par le gouvernement il y a quelques jours pour protéger le bac, que la bureaucratie et l’arbitraire de l’administration étouffent l’environnement des affaires, qu’Algérie Télécom monopolise toujours l’internet fixe et n’arrive pas à couvrir des quartiers entiers de la capitale, que des secteurs entiers de l’économie restent monopolisés par l’Etat.

 Un état des faits qui empêche l’épanouissement des les entreprises “classiques” et s’ajoute aux problèmes que rencontrent les entrepreneurs dans le domaine des TIC. Comment les surmonter?

“Le défi pour vous est de trouver comment créer l’écosystème adéquat. Essayez de travailler avec des personnes qui partagent la même vision que vous”, a conseillé à une audience (très) jeune Dr. Anurag Maunder, fondateur d’une startup à San Francisco, lors d’un des panels du sommet.

“Like-minded people”, des personnes qui partagent la même vision. Le Premier ministre Ahmed Ouyahia, qui a donné le coup d’envoi du sommet, disait “ces choses là me dépassent” en 2016 en essayant de donner une adresse web. Il a ajouté il y a quelques jours que l’Algérie “n’est pas à Wall Street” pour que l’économie soit impactée par les coupures internet du bac. Like-minded people ?

Le contraste est saisissant. C’est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres ? Pas si sûr selon Pr. Adnane qui affirme que des autorités sont ouvertes à l’implémentation des solutions proposées par Ursinia, ou autres.

Et d’ajouter: “Ce qui serait intéressant maintenant, c’est de faire confiance aux entreprises algériennes, qu’on leur donne la chance d’avoir des marchés, même tous petits. Rien que pour démontrer les capacités de ces entreprises, et d’avoir des solutions algériennes à 100%”.

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