MAROC
29/03/2019 17h:13 CET | Actualisé 29/03/2019 17h:22 CET

98% des élèves de l'enseignement catholique au Maroc sont Marocains et musulmans

Désormais, il n’y a plus de bonnes soeurs pour assurer les cours aux élèves.

Institution Jeanne D'Arc
Institution Jeanne D'Arc à Rabat.

ENSEIGNEMENT - “En un peu plus de dix ans, nous avons construit des collèges dans cinq établissements, à la demande des parents marocains et musulmans”. Ouverts il y a plus d’un siècle au Maroc, les établissements catholiques se sont frayé une place au milieu des écoles publiques et privées du Maroc. Parmi les 12.000 élèves - préscolaire, primaire ou collège - inscrits dans le réseau E.C.A.M. (Enseignement catholique au Maroc), plus de 98% sont Marocains et musulmans.

L’enseignement catholique au Maroc s’est installé dans le pays vers 1913 . A l’époque, ce sont les congrégations religieuses, notamment françaises, qui ouvrent les premières écoles un peu partout dans le royaume. “Il y en avait un peu plus qu’aujourd’hui parce qu’après l’indépendance du Maroc en 1956, certaines congrégations sont rentrées en France”, raconte au HuffPost Maroc Marc Boucrot, secrétaire général de l’E.C.A.M. Leurs établissements ont ensuite été vendus à des privés marocains, mais ils existent toujours. “C’est le cas à Fès où il n’y a plus d’enseignement catholique mais l’école est encore là, et on a même gardé le nom originel, l’école Sainte-Thérèse”, ajoute-t-il.

5 collèges ouverts en 10 ans

A cette époque, les écoles sont remplies à 100% par des Européens, et surtout des Français. La tendance commence à changer quelques temps avant 1956,  quand “déjà quelques Marocains étaient autorisés à aller dans des écoles catholiques”. “Le mouvement s’est amplifié quelques années après l’indépendance. Les Marocains et musulmans sont devenus largement majoritaires par rapport aux enfants chrétiens, qui étaient repartis en Europe”, raconte Marc Boucrot. En 1985, Hassan II vient appuyer cet enseignement dans une lettre royale écrite à l’issue de la visite du pape Jean-Paul II au Maroc et publiée dans le bulletin officiel. II accorde à l’Église le droit d’avoir des oeuvres caritatives et des oeuvres d’enseignement.

Aujourd’hui, l’E.C.A.M. compte environ 12.000 élèves répartis dans 15 établissements scolaires au sein du diocèse de Rabat, dans les villes de Marrakech, Casablanca, Mohammédia, Rabat, Kénitra et Meknès. Plus de 98% d’entre eux sont Marocains et musulmans. Cet engouement a permis au réseau d’ouvrir cinq collèges en un peu plus de dix ans, à la demande des parents marocains. “Nous avons même des parents qui nous demandent de construire des lycées mais nous voulons d’abord ouvrir plus de collèges”, souligne le secrétaire général.

Être bilingue à la sortie du primaire

Désormais, il n’y a plus aucune bonne soeur pour assurer les cours aux élèves, mais certaines occupent encore des postes de direction ou travaillent dans le préscolaire. Les écoles catholiques suivent les grandes orientations du système éducatif marocain. Elles dispensent donc, comme toute école, un enseignement religieux musulman à tous les élèves musulmans. “Pour l’enseignement religieux, nous formons les enseignants à présenter la religion dans un sens d’ouverture aux autres religions. C’est d’ailleurs ce qui est marqué dans le préambule de la charte de l’Éducation nationale marocaine”, explique Marc Boucrot. Pas question donc de livrer un enseignement religieux catholique. L’article 220 du Code pénal punit en effet d’une peine pouvant aller jusqu’à trois ans de prison “quiconque emploie des moyens de séduction dans le but d’ébranler la foi d’un musulman ou de le convertir à une autre religion, soit en exploitant sa faiblesse ou ses besoins, soit en utilisant à ces fins des établissements d’enseignement, de santé, des asiles ou des orphelinats”.

Le réseau de l’E.C.A.M se distingue par ailleurs par un objectif bien particulier: à la fin du cycle primaire, tous les élèves doivent être parfaitement bilingues en arabe et français. Les matières scientifiques sont enseignées dans la langue arabe en primaire, comme cela est le cas dans les établissements publics du Maroc et, depuis la rentrée scolaire 2018, elles sont enseignées en français à partir de la première année du collège.

“Dans la Convention signée en 2003 avec le ministère de l’Éducation, nous ne sommes pas considérées comme des écoles privées mais comme des écoles relevant d’un gouvernement étranger, à savoir le Vatican”, ajoute le secrétaire général. Les établissements scolaires de l’Église catholique sont donc placés au même niveau que les établissements du réseau français au Maroc, par exemple. C’est d’ailleurs pour cela que les élèves ont un large choix à la sortie du collège: “ils ont la possibilité d’aller où ils veulent; dans le public ou le privé marocain mais aussi d’intégrer le système français comme le lycée Descartes à Rabat. Même si le programme est un peu différent, ils n’ont aucune difficulté ensuite”, précise Marc Boucrot. Les collèges catholiques enregistrent en effet un taux de 100% de réussite au brevet, souligne-t-il.

“La seule école privée à but non lucratif”

Pour entrer dans ces établissements - en dehors des préscolaires où la “règle” du premier arrivé, premier servi est appliquée - un petit test est demandé aux élèves. Pour le reste, tout dépend de la demande et des places disponibles. Les frais d’inscription s’élèvent à 850 dirhams par mois pour le primaire. “Nous n’avons pas pour objectif de faire du business parce que les établissements de l’E.C.A.M. sont des institutions à but non lucratif”, souligne le secrétaire général. 

C’est une des raisons qui ont poussé Abdelfattah Belqaid à inscrire ses deux filles à l’Institution Jeanne d’Arc de Rabat, qui compte aujourd’hui plus de 1.500 élèves du préscolaire au collège. “Comme tout parent, je souhaite donner le meilleur de l’éducation à mes enfants”, confie-t-il au HuffPost Maroc. Le parent d’élève a été séduit par la philosophie de ces écoles, qui ne font pas de différence entre les classes sociales, où on retrouve une équipe pédagogique à l’écoute et réactive, et qui sont équipés avec des locaux de haut niveau, souligne-t-il. En plus, “l’enseignement laisse beaucoup de place au sens du partage et au respect”. 

Soumia Khalifa, maman de Rania et de Rime, avait inscrit ses deux filles à l’école La Saadia du réseau avant l’Institution Jeanne d’Arc de Rabat. “J’avais beaucoup d’amis qui avaient inscrit leurs enfants dans cette école. Ils étaient tous satisfaits. Ma fille a donc passé le test, qu’elle a réussi à 100% et est entrée dans l’école”, nous confie-t-elle. “Tout est parfait. La qualité de l’enseignement, les équipes pédagogiques, les infrastructures aussi. Je ne n’ai jamais été déçue de l’école”. Le plus pour Soumia: grâce à la pédagogie de l’école, ses filles ont tout de suite été autonomes. “Je n’ai jamais eu besoin de les suivre dans leur scolarité. Et ma plus grande fille, qui a 16 ans maintenant, était première de la classe au primaire et au collège”. 

“Certains des parents mettent leurs enfants dans nos écoles parce qu’ils sont eux-mêmes passés par ces établissements à l’époque où il y avait encore des religieux”, ajoute Marc Boucrot. Ces mêmes parents se retrouveront peut-être ce week-end, pour la venue du pape François à Rabat. “De nombreux parents d’élèves ont demandé à venir aux deux évènement publics de cette visite”, conclut le secrétaire général du réseau E.C.A.M. “J’ai été étonné de voir qu’ils étaient plus nombreux que les enseignants à vouloir y assister”.