TUNISIE
14/01/2019 20h:20 CET | Actualisé 14/01/2019 20h:23 CET

8ème anniversaire de la révolution: À l'avenue Bourguiba, le parti Ettahrir appelle à l'instauration du Califat

"Nous avons rendez-vous avec le Califat sur le modèle du prophète. Nous sommes sur le point de l’instaurer. Rien ne nous arrêtera" ont scandé des partisans du parti d'islam radical.

Le parti islamiste radical Hezb Ettahrir a appelé, lundi, en marge du 8ème anniversaire de la révolution, à l’instauration du Califat et à l’application de la Charia en Tunisie.

Le parti a publié sur les réseaux sociaux plusieurs vidéos, montrant une sorte de démonstration de force en plein coeur de la capitale, à quelques encablures du ministère de l’Intérieur, rappelant certaines scènes surréalistes vécues en 2012.

Accompagnés de leurs drapeaux noirs -et d’autres blancs-, ressemblant à ceux de l’État islamique, plusieurs dizaines de personnes, se sont rassemblées à l’avenue Habib Bourguiba scandant des slogans hostiles à l’État appelant à “l’instauration d’un califat selon le mode de vie du prophète” et entonnant plusieurs chants religieux.

“Il n’y a de Dieu qu’Allah et le Califat est la volonté d’Allah” ou encore: “Nous voulons un Califat” ont-ils scandé à plusieurs reprises entrecoupés de “Takbir”.  

Faisant le lien entre la crise économique que traverse le pays actuellement et la “nouvelle colonisation” du FMI et des institutions internationales sur la Tunisie, le parti islamiste radical affirme que la classe politique actuelle a “vendu les biens de la Ouma (communauté) aux puissances étrangères”.

Affirmant que la révolution n’a pas atteint son objectif, un membre du parti prenant la parole affirme que “celui-ci ne sera atteint qu’en revenant au mode de vie imposé par l’Islam et en instaurant un État islamique sous le mode d’un Califat”.

“Pas de capitulation, la révolution reste vive grâce à l’Islam” ont scandé plusieurs sympathisants du parti.

Après plusieurs minutes, les sympathisants du parti Ettahrir ont été empêchés de brandir leur drapeau noir (mais pas le blanc). Un des interlocuteurs au nom du parti commente: “Certains ont été outrés que l’on porte l’étendard de notre prophète, comme si c’était celui du parti Ettahrir. Non, c’est celui du prophète. Nous n’en avons pas honte. Nous n’avons pas changé et nous ne changerons pas” a-t-il scandé ajoutant que “le Califat est à nos portes”.

“La révolution de la Umma (communauté) n’est pas terminée malgré ce qu’elle a vécu, malgré ce qu’elle a subi et malgré ce qu’elle subit aujourd’hui comme domination de la part des colons mécréants, nous gardons la tête haute grâce à l’Islam (...) les objectifs de la révolution seront concrétisés et nous ferons fuir les forces colonisatrices et la Umma retrouvera sa place grâce à Allah” a pour sa part affirmé Omar Arbi, un des jeunes membres du parti dans un monologue de plus d’une vingtaine de minutes.

Il a en outre affirmé que “l’Assemblée nationale constituante a été imposée par l’ONU”, et que “la Constitution, laïque, a éliminée notre Dieu et notre islam” affirmant que celle-ci n’était pas charaïque.

Affirmant que la révolution a été faite pour faire tomber le système “anté-islamique”, il scande: “La communauté que ce soit en Libye, en Syrie, en Irak et maintenant au Yémen et au Soudan, veut faire tomber la ‘Jahiliya’ (période anté-islamique)”.

“Nous avons rendez-vous une nouvelle fois. Levez vos tête grâce à l’Islam mes frères, nous avons rendez-vous avec le Califat sur le modèle du prophète. Nous sommes sur le point de l’instaurer” a-t-il continué avant d’ajouter: “Rien ne nous arrêtera!”

Hizb Ettahrir est un parti qui prône l’instauration de la charia (loi islamique). Il a été créé au début des années 1980 et n’a été légalisé qu’en 2012.

Celui-ci ne reconnait pas le régime républicain qu’il combat comme l’avait affirmé son dirigeant Mohamed Naceur Chouikh.

En septembre 2016, le gouvernement tunisien avait saisi la justice militaire pour faire interdire le parti, régulièrement accusé de “troubles à l’ordre public” depuis sa légalisation en 2012.

Avant le dépôt de la plainte, la présidence du gouvernement avait prévenu le parti des dépassements que recèlent ses activités et ce comme le dispose la loi organisant les partis politiques en Tunisie.

Ignorant cette décision judiciaire, les dirigeants du parti avaient envoyé, une heure après l’annonce du verdict, des invitations pour une conférence de presse dans le local du parti situé à l’Ariana. L’objet de la conférence était selon le communiqué “l’attaque du local du parti et le gel de ses activités”.

En août 2016, la force publique avait retiré une enseigne géante installée sur le toit de leur siège à Soukra. En réaction, celui-ci avait publié un communiqué au sein duquel le parti islamiste radical menaçait le gouvernement de “couper des têtes et des mains”.

“Que le gouvernement, ses criminels et ses maitres anglais sachent que leur heure s’approche et que les musulmans n’oublieront pas leurs crimes (…) Qu’il y aura des têtes et des mains qui seront coupées, même s’ils s’accrochent sur les rideaux de la kaaba ! A cette heure-là, ni les Européens, ni les Américains, ni l’Otan ne pourront plus les servir !” indiquait le communiqué.

Face aux nombreuses réactions, le parti a affirmé ne pas être à l’origine de ce communiqué.

Suspendu d’activités plusieurs fois et menacé de dissolution, il semble aujourd’hui, que le parti Ettahrir continue d’exercer son influence, et ce malgré ses appels récurrents contre l’instauration d’un État républicain en Tunisie.

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