MAROC
17/08/2018 12h:57 CET

7 livres à emporter à la plage selon les recommandations d'écrivains marocains

Abdellah Taïa, Mahi Binebine, Maï-Do Hamisultane Lahlou ou encore Fouad Laroui nous révèlent le livre de chevet qui les a le plus marqués cet été.

AleksandarGeorgiev via Getty Images

LITTÉRATURE - Si pour beaucoup ”été” rime avec farniente, rien n’empêche de nourrir son esprit pendant les vacances en se plongeant dans la lecture d’un livre passionnant. C’est le cas pour plusieurs écrivains marocains qui profitent de leur temps libre pour faire le tour de leur liste de lecture et enfin entamer les oeuvres qu’ils ont mises de côté tout au long de l’année.

Sept écrivains du Maroc, dont Abdellah Taïa, Mahi Binebine, Maï-Do Hamisultane Lahlou ou encore Fouad Laroui révèlent au HuffPost Maroc le livre de chevet qui les a le plus marqués cet été.

Abdellah Taïa

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Pour l’auteur de “L’armée du Salut”, c’est le recueil de nouvelles “Autour de ton cou” de Chimamanda Ngozi Adichie qu’il a pris le plus plaisir à lire cet été.

“C’est un merveilleux recueil de nouvelles très politiques. J’aime beaucoup cette écrivaine nigériane et je considère qu’il s’agit là de son meilleur livre. J’ai lu tous les autres livres d’Adichie et il ne me restait que celui-ci. Et puis, j’adore lire les nouvelles”, explique l’écrivain qui s’est fait un nom dans la littérature notamment grâce à ses deux premiers livres “Mon Maroc” et “Le rouge du tarbouche”, tous deux des recueils de nouvelles.

“En plus d’être très bien écrites, ces nouvelles jettent un regard sans concession sur le monde occidental d’aujourd’hui. Elles sont aussi vraiment bouleversantes. S’il ne fallait choisir qu’une nouvelle, alors je prendrais la dernière, ‘L’historienne obstinée’, sur une femme africaine qui refuse le colonialisme”, précise l’écrivain. 

Abdellah Baida

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En vacances à Paris, l’auteur de “Nom d’un chien” se promène avec, dans ses mains, le roman “Un funambule sur le sable” de l’écrivain et éditeur français Gilles Marchand.

″À la fois léger et intelligent, il se lit facilement et avec plaisir”, nous confie-t-il.

Baida raconte: “Il y est question d’un personnage qui est né avec un violon dans son cerveau! Lui s’est habitué à la présence de cet instrument dans sa tête et il en joue avec plaisir mais les malentendus avec son entourage viennent gâcher cette harmonie; les autres le considèrent comme ‘anormal’”.

“J’ai choisi ce livre parce que c’est un ‘bon roman’ et parce que la thématique de la musique est le sujet de mon prochain roman qui paraîtra en 2020”, révèle l’écrivain.

Fouad Laroui

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Pour l’auteur d’“Une année chez les Français”, ce serait “la mauvaise année” pour lui demander de partager son livre de chevet.

“Je suis en train de finir un essai intitulé ‘Dieu, les mathématiques, la folie’ qui va paraître à l’automne chez Robert Laffont, je n’ai pratiquement lu que des livres de mathématiques ou d’épistémologie”, explique Laroui qui recommande donc “La Science et l’hypothèse” du mathématicien et philosophe français Henri Poincaré.

“Il montre de façon décisive que même les théories scientifiques les plus pointues, même les mathématiques, tout cela peut être considéré comme une suite de conventions qu’on peut toujours remettre en question. Y a-t-il une vérité absolue? On peut en douter. L’honneur de l’homme est d’être constamment en quête de savoir sans jamais penser que sa quête est achevée”, affirme Laroui. “Avis aux dogmatiques de tout poil... qu’ils se trouvent sur la plage ou ailleurs”, plaisante l’écrivain.

Jean Zaganiaris

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Le choix de l’écrivain français installé au Maroc s’est porté sur le roman du sociologue marocain Abdelkébir Khatibi, “Pèlerinage d’un artiste amoureux”

“Ce choix est lié au fait que cela fait bientôt dix ans que Khatibi est parti, et que c’est l’un des plus grands écrivains et intellectuels du Maroc”, explique Zaganiaris.

“C’est un très beau périple. L’écriture est stylée, soignée. La scène d’amour avec la femme sicilienne est l’une des plus belles que j’ai pu lire”, confie l’auteur d’“Un coeur marocain” et de “Le périple des hommes amoureux”.

Mahi Binebine

HuffPost Maroc

Membre du jury du prix du roman arabe, Mahi Binebine admet avoir dix livres à terminer cet été avant la délibération. L’auteur de “Les étoiles de Sidi Moumen” a pourtant un favori parmi ses dernières lectures.

“Je viens de finir un recueil de poésie de mon ami Abdellatif Laâbi, ‘L’Espoir à l’arraché’ parce que j’aime la poésie, c’est un bonheur de le lire. Je lisais 5 ou 6 poèmes par nuit et je le voyais finir mais je ne voulais pas le dévorer d’un coup, je voulais m’en délecter à petites gorgées”, admet l’auteur-artiste.

“Mes démons et ceux de Laâbi complotent ensemble, c’est pour ça que j’aime sa poésie”, explique Binebine, qui ajoute avoir également relu cet été pour la énième fois “Les âmes mortes” de Nicolas Gogol “parce que c’est de la grande littérature”. 

Maï-Do Hamisultane Lahlou

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“Le dernier livre que j’ai lu cet été m’a été recommandé par l’écrivain togolais Sami Tchak. Il s’agit de “Les braises” de l’écrivain hongrois Sandor Marai”, nous confie l’auteure de “Lettres à Abel”.

“Il est parfaitement bien écrit et d’une finesse psychologique incroyable. Il décrit de façon extraordinaire les rouages de la nature humaine tout en maîtrisant la construction de l’histoire, et on ne comprend qu’à la fin pourquoi le livre s’intitule ‘Les braises’”, souligne Lahlou qui ajoute que le livre peut être parfaitement emporté à la plage vu son format de poche.

Mamoun Lahbabi

DR

“Oblomov” d’Ivan Gontcharov a été la lecture préférée de Mamoun Lahbabi pendant cet été.

“L’été (et les vacances) est la saison du farniente, celle où je choisis une lecture qui inspire la détente et l’évasion. Ce roman m’a transporté un peu plus que je ne le voulais puisqu’il raconte l’aboulie d’un homme -Oblomov- vautré définitivement dans son canapé et refusant toute entreprise, fut-elle dérisoire”, raconte l’auteur du roman “Une douleur à vivre”.

“Avec son valet, il partage une oisiveté peu soucieuse d’hygiène et d’ordre. C’est un véritable artiste dans l’art de la paresse. N’existe pour lui aucun futur, et le présent suffit à sa vie”, ajoute l’écrivain professeur.

“Une phrase, prononcée par Stolz le fidèle valet d’Oblomov, résume bien l’esprit du roman: ‘On dirait que tu as la flemme de vivre’”.

Pour Lahbabi, ce roman publié en 1859 est “un éloge à la paresse à travers lequel il faut lire la caricature de l’aristocratie russe du 19ème: une classe oisive, inutile, sans projet, tout juste soucieuse de l’instant présent [...], présageant déjà les bouleversements qui verront leur apogée avec la Révolution d’Octobre 1917.”

“Lire ‘Oblomov’ conduit non seulement à une découverte qui s’articule parfaitement avec les romans de Tolstoï ou Dostoievski, les deux géants de cette littérature, mais fait aussi découvrir au lecteur un auteur peu connu dans l’immense littérature russe du 19ème siècle”, souligne Lahbabi.