MAGHREB
04/02/2015 13h:53 CET | Actualisé 04/02/2015 14h:12 CET

Egypte: L'assassinat de Shaïmaa al-Sabbagh révèle les méthodes de répression du régime Al Sissi

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En Egypte, les récents développements dans l'affaire de l'assassinat de Shaïmaa al-Sabbagh lors d'une manifestation organisée par son parti, l'Alliance populaire socialiste, révèlent les méthodes de répression du régime Al Sissi.

Tentatives d'intimidation

Après la mort de la jeune militante, le parquet a en effet ordonné la détention provisoire de Zahda Schema, vice-président du parti. Il sera finalement relâché après un interrogatoire qui aura duré plus de neuf heures.

Les détectives de police ont confronté Zahda Shema, qui était également présent à la manifestation, avec des rapports du ministère de l'Intérieur dans lesquels il est accusé d'avoir détenu une arme. Cette accusation a été rapidement réfutée par les avocats de l'activiste politique qui ont su démontrer que ces rapports étaient montés de toute pièce.

Condamnant ces méthodes, Mohamed Naeem, activiste politique de gauche, conteste l'indépendance du juge d'instruction et de la magistrature qu'il accuse de collaborer avec les détectives de la police.

"Cette arrestation est véritablement survenue afin d'humilier et de terroriser l'opposition. Le message que les autorités ont souhaité nous faire parvenir est qu'elles ne seront pas tenues pour responsables du meurtre commis et que si nous souhaitions continuer, nous serons nous-mêmes sur le banc des accusés", a-t-il déploré dans une déclaration au HuffPost Tunisie.

Des versions contradictoires

Le jour du drame, les déclarations des autorités étaient contradictoires. Dans un premier temps, le porte-parole du ministère de la Santé avait déclaré que Shaïmaa al-Sabbagh était morte après avoir été blessée par des tirs de chevrotine.

Toutefois un responsable du ministère de l'Intérieur, Abdel Fattah Osman, a ensuite démenti le fait que la police ait utilisé des tirs de chevrotine pour disperser les manifestants, assurant que seuls des gaz lacrymogènes avaient été utilisés.

Plus tard, le rapport du médecin légiste a attesté que la cause du décès était directement liée à la perforation du dos par une balle réelle.

shaima

Si le Premier ministre, Ibrahim Mahlab, a déclaré qu'une enquête sur la mort de Shaïmaa al-Sabbagh a été ouverte et que "qui que ce soit ayant commis une erreur sera puni", ces "investigations" montrent déjà de nombreuses défaillances.

De son côté, Human Rights Watch (HRW) a assuré mardi qu'un policier égyptien était responsable de la mort de la militante Shaimaa al Sabbagh.

 

Selon le rapport de HRW, qui comprend des vidéos, des photos et des témoignages, un homme portant un uniforme de la police a été vu diriger un autre pour tirer sur un groupe de manifestants parmi lesquels se trouvait Sabbagh. Elle est immédiatement tombé au sol.
 

"Le monde regarde pour voir si ce cas rompt le modèle d'impunité concernant les violations des droits qui a entaché la justice égyptienne depuis le soulèvement de 2011", a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de HRW Moyen-Orient et Afrique du Nord.

Le mari de Shaïmaa, Osama El Sehely a rappelé dans une vidéo diffusée le 31 janvier dernier que le meurtrier de sa femme était toujours libre.

"Ce crime a été commis sur la place publique et en plein jour, avec la présence massive des agents de sécurité et sous le regard de tous. Ceci pour dire que si sa mort n'est pas vengée alors nous ne vivons pas dans un Etat de droit (...) Celui qui a tué Shaïmaa est encore libre. Il a tué avant elle plusieurs personnes et il continuera à tuer s'il demeure impuni", a-t-il dénoncé.

Manifestations interdites

L'assassinat de Shaïmaa avait créé un grand élan de solidarité féminine en Egypte. Plusieurs manifestations avaient éclaté avant d'être dispersées par les forces de l'ordre en vertu d'une loi très contestée promulguée après le coup d'Etat militaire d'Al Sissi et qui permet aux autorités d'interdire des réunions ou manifestations susceptibles de menacer "la sécurité publique".

Les militants de l'opposition ne sont pas seulement la cible du régime mais aussi de ses sympathisants ou milices. En effet, ces derniers n'ont pas hésité à perturber la marche funèbre en l'honneur de Shaïmaa al-Sabbagh et des victimes du 25 janvier dernier, jour du 4ème anniversaire de la révolution. En soutien à la police et au président en place, l'une d'elle avait déclaré:

"Que Dieu maudisse ces manifestants qui détruisent le pays (...) Ce sont des collabos et des espions (...) Ils dénigrent l'armée et le gouvernement qui nous protègent"

Une répression massive

Depuis le coup d'Etat militaire et la destitution du président Mohamed Morsi, le régime Al Sissi dirige le pays d'une main de fer. Plusieurs catégories sont visées, parmi elles les opposants politiques, les homosexuels, mais aussi les athées.

Le ministère du culte (waqf) et le ministère des sports et de la jeunesse ont lancé une campagne nationale pour combattre la propagation de l’athéisme chez les jeunes avec la coopération d’Al-Azhar (plus haute institution de l’islam sunnite), rapporte Orient XXI. Les représentants musulmans et coptes ont également multiplié les déclarations contre les dangers de l'athéisme et un lieu de restauration au Caire présenté comme étant le "café des athées" a été saccagé pas les forces de l'ordre égyptiennes.

Aussi, cette dictature hostile aux Frères musulmans a récemment confirmé la condamnation à mort de 183 islamistes accusés d'avoir tué des policiers. Ce procès, comme d'autres procès de masse ayant abouti à la condamnation à mort de centaines de partisans de M. Morsi depuis sa destitution par l'armée le 3 juillet 2013, a été dénoncé par les organisations internationales de défense des droits de l'Homme.

A la tête de l'Etat depuis environ un an et demi, le bilan d'Al Sissi est déjà lourd. Depuis l'éviction de Morsi, soldats et policiers ont tué plus de 1400 manifestants islamistes et plus de 15.000 personnes ont été arrêtées.

La Fédération Internationale des droits humains (FIDH) déplore le silence irresponsable de la communauté internationale sur les violations des droits humains en Égypte.

"L’armée demeure au cœur d’un pouvoir sans partage. Toute forme de critique ou d’opposition mène quasi irrémédiablement à la prison (...) La justice est aujourd’hui l’outil de répression privilégié. Elle n’épargne pas la jeunesse contestataire y compris celles et ceux qui étaient au premier rang des manifestations Place Tahrir en 2011 (...) La critique coûte cher aujourd’hui en Égypte et rien ne semble présager une amélioration. Depuis l’arrivée au pouvoir en juin 2014 du président Abdelfattah Al Sissi, chaque mois le régime livre son lot de décrets présidentiels, de projets de lois ou d’amendements législatifs visant à renforcer un arsenal juridique déjà fortement répressif, sous couvert d’assurer l’ordre public et (la) lutte contre le terrorisme (...) Pourtant, la réprobation de la communauté internationale se fait pour le moins discrète. Les discours prononcés par les dirigeants y compris européens à l’issue de rencontres avec les plus hautes autorités égyptiennes sont en complet décalage avec cette réalité.", a affirmé Karim Lahidji, président de la FIDH, le 29 janvier dernier.

En Tunisie, l'ancien président Moncef Marzouki avait à maintes reprises affiché son soutien au président destitué Mohamed Morsi, appelant même à sa libération dans un discours prononcé aux Nations unies, ce qui avait créé un important incident diplomatique avec l'Egypte.

Mais depuis l'arrivée au pouvoir de Béji Caïd Essebsi, les relations entre les deux pays se sont nettement améliorées et, à l'image de la communauté internationale, la Tunisie se montre complaisante vis-à-vis du régime dictatorial égyptien. Le président de la République tunisienne a récemment rencontré le président Al Sissi en marge du sommet de l'Union africaine en Ethiopie.

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