ALGÉRIE
23/02/2019 11h:45 CET | Actualisé 23/02/2019 13h:11 CET

5eme mandat: La lettre enflammée aux “tueurs de rêve” de l’auteure Ahlam Mostghanemi

Deux jours avant les grandes marches contre le cinquième mandat en Algérie, l’auteure Ahlam Mostghanemi, dont la page  facebook est suivie par près de 12,5 millions de personnes a publié une “lettre aux tueurs de rêve”, une charge pleine de colère contre ce qu’elle appelle le “viol de l’Algérie sous le regard de ses enfants”.

Ramzi Boudina / Reuters

Le 20 février 2019, deux jours avant les grandes marches contre le cinquième mandat en Algérie, l’auteure Ahlam Mostghanemi, dont la page  facebook est suivie par près de 12,5 millions de personnes a publié une “lettre aux tueurs de rêve”, une charge pleine de colère contre ce qu’elle appelle le “viol de l’Algérie sous le regard de ses enfants”.

“J’aurais aimé pouvoir rester silencieuse car il n’y a aucun mérite à ce qu’on mette à nu son pays dans les tribunes, mais nous sommes en présence de l’histoire et nous ne pouvons garder le silence devant le viol de l’Algérie sous le regard de ses enfants, son rapetissement, la déformation de tout ce qui est beau en elle…”.

Cette Algérie qui est entre les  mains des “coupeurs de la route de l’histoire”, c’est “notre mère”, c’est à elle seule et à nul autre que “nous devons allégeance”. On a volé “deux générations dans l’âge de l’Algérie” et nous voilà devant une “jeunesse qui représente 70% du peuple qui réclameson droit dans un pays qui a été généreux avec les voleurs, avare d’une vie digne pour ses enfants, une jeunesse qui sort pour réclamer qu’elle ne soit pas dépouillée de son avenir après qu’on ait fait main basse sur son passé et volé son présent”.

Nous sommes aujourd’hui, ajoute l’auteure, “à une croisée historique des chemins, depuis l’indépendance de l’Algérie, une menace pèse sur nous que nous n’éviterons que par une claire conscience collective de ce qui nous est programmé et par un sentiment patriotique qui nous épargnerait une fitna qui sera notre destruction..”.

“Nous sommes un peuple passionné que son coeur guide, mais nous ne devons pas laisser nos sentiments l’emporter, ni la frustration nous allumer, que notre vigilance soit permanente” écrit l’auteure qui évoque les images blessantes du président Abdelaziz Bouteflika dans les médias étrangers.

Ahlam Mostghanemi rappelle le discours de Bouteflika à Sétif en 2012, le fameux “tab jnana”, qui signifiait que la “génération de la révolution a fait son temps et qu’il était temps aux jeunes de prendre les choses en main. Il avait répété à deux reprises, honneur à celui qui préserve son respect (” عاش من عرف قدره ”)... et “seuls ceux qui sont dans le secret savent pourquoi les méandres de la politique ont pris par la suite une tournure opposée”.

L’Algérien, ajoute l’auteure de “mémoire de la chair”, “peut feindre de ne pas voir “ceux qui volent dans sa poche, mais il n’accepte pas que l’on se moque de son intelligence et que l’on porte atteinte à sa dignité… En faisant mouvement aujourd’hui, il exige de ceux qui gouvernent au nom de Bouteflika la fierté et la dignité qui était sa devise. Notre peuple a été atteint dans sa dignité et sa fierté qu’il porte dans ses gènes par l’annonce d’un cinquième mandat. Vous avez pris ce que vous avez pris mais laissez nous notre fierté, laissez-nous de quoi faire face au monde.”