ALGÉRIE
26/05/2018 14h:38 CET

5e mandat: 14 personnalités demandent à Bouteflika de "de rendre à la nation ce qui lui appartient"

Pour les 14 signataires de l'appel, il est temps de passer le relais

Ramzi Boudina / Reuters

Quatorze personnalités ont appelé Abdelaziz Bouteflika a ne pas briguer un 5e mandat. Dans une lettre ouverte adressée au chef de l’Etat, les signataires de l’appel estiment que “le moment est venu de rendre à la nation ce qui lui appartient”. “Au moment où des forces malsaines se mettent en branle pour vous indiquer le chemin du cinquième mandat, nous voulons, respectueusement mais franchement, venir vous dire l’erreur dramatique si vous deviez, encore une fois, refuser la voix de la sagesse qui interpelle chaque âme à l’heure des choix fatidiques”, soutiennent encore les 14 personnalités.

Cet appel, précise les signataires de la lettre n’est en aucun cas “une offense” mais plutôt un appel à la raison. “Quatre mandats, sont raisonnablement suffisants pour qu’un homme accomplisse son œuvre et satisfasse ses ambitions. Votre âge avancé et votre dramatique état de santé, vous commandent de ne plus vous occuper des charges de l’Etat bien trop lourdes”, expliquent encore les 14 personnalités.

L’Algérie, qui selon les auteurs de l’appel a accepté “sans broncher” les politique de Bouteflika  durant près de vingt années”, juge qu’il est temps de se retirer et de passer le relais

Les signataires du texte estiment, par ailleurs, que les résultats des politiques menées sous Bouteflika ne sont pas probants. “Les résultats de la politique qui a été mené sous votre parrainage sont, à tout le moins, loin de répondre aux attentes légitimes des Algériens. Votre long règne sur le pays a fini par créer un régime politique qui ne peut répondre aux normes modernes de l’Etat de droit.”, notent-ils tout en disant laisser à l’histoire le soin de juger l’oeuvre du chef de l’Etat et de sa justesse. 

Insistant sur la nécessité de quitter le pouvoir, les signataires de l’appel affirment que “le pays attend de vous cette décision” (ndlr celle du retrait). Seule condition, selon eux, pour que que “l’Algérie renoue avec l’espoir, s’éloignera des tensions fratricides et des dérives intolérables. Elle s’engagera alors dans une transition pour construire des institutions légitimes et solides. C’est le préalable pour ériger l’Etat de droit et la démocratie, seul objectif à même d’assurer la paix et la prospérité pour les générations à venir”.

 

Texte intégral de la lettre:

Lettre ouverte au Président de la République,

M. Abdelaziz Bouteflika

Monsieur le Président, C’est après une longue et mûre réflexion, que nous, signataires, nous nous adressons à vous à travers cette lettre ouverte. Si nous avons recours à la méthode épistolaire, c’est qu’à l’évidence, votre santé ne vous permet plus de recevoir des citoyens Algériens.

N’étant tenus par aucune obligation de réserve, nous serions susceptibles de révéler des réalités que beaucoup de personnes tiennent à occulter. Cependant vous êtes, au moins sur le principe, responsable de votre fonction politique et par conséquent, de la situation du pays.

De ce fait, il est de notre droit, en tant que citoyens engagés, de vous interpeller dans l’intérêt de la nation. Les résultats de la politique qui a été mené sous votre parrainage sont, à tout le moins, loin de répondre aux attentes légitimes des Algériens. Votre long règne sur le pays a fini par créer un régime politique qui ne peut répondre aux normes modernes de l’Etat de droit.

Cependant, cette adresse ne porte en elle ni offense ni bilan à vous opposer. Au moment où des forces malsaines se mettent en branle pour vous indiquer le chemin du cinquième mandat, nous voulons, respectueusement mais franchement, venir vous dire l’erreur dramatique si vous deviez, encore une fois, refuser la voix de la sagesse qui interpelle chaque âme à l’heure des choix fatidiques. Et comme vous le savez, choisir c’est renoncer. Très jeune, le destin vous avait projeté sur l’arène politique que vous n’avez plus quitté à ce jour, si ce n’est durant un court intermède. Vous avez accompli, dans ce pays, ce que vous pensiez être le plus indiqué, en fonction de vos convictions. Vos choix politiques, votre vision et votre conduite auront profondément marqué l’Algérie.

L’histoire jugera de leur justesse ou non, de leur opportunité et de leurs conséquences. En retour, l’Algérie vous aura fait l’honneur de vous offrir le sacre et d’accepter, sans broncher, vos politiques durant près de vingt années. Mais, dans la vie, tout a une fin. Le moment est donc venu de rendre à la nation ce qui lui appartient. Quatre mandats, sont raisonnablement suffisants pour qu’un homme accomplisse son œuvre et satisfasse ses ambitions. Votre âge avancé et votre dramatique état de santé, vous commandent de ne plus vous occuper des charges de l’Etat bien trop lourdes.

A n’en pas douter, un autre mandat, serait un calvaire pour vous et pour le pays. C’est donc en toute conscience que, signataires de cette lettre, nous vous interpellons en faveur de la seule et unique décision qui puisse ouvrir une ère nouvelle pour le pays, où l’intérêt général sera mis au-dessus de l’intérêt des hommes : votre renoncement au cinquième mandat! Monsieur le Président, Démontrez aux Algériens que l’Algérie est plus importante à vos yeux que l’ambition de l’homme, refusez de suivre la déraison, les peurs et les instincts égoïstes de ceux qui vous entourent. Ouvrez la voie à un changement pacifique, permettez au peuple de s’affranchir de ce système dévoyé… Soyez l’homme qui clôture la légitimité révolutionnaire en permettant au pays de s’engager sur la voie de la légitimité populaire.

Le pays attend de vous cette décision. C’est à cette seule condition que l’Algérie renouera avec l’espoir, s’éloignera des tensions fratricides et des dérives intolérables. Elle s’engagera alors dans une transition pour construire des institutions légitimes et solides. C’est le préalable pour ériger l’Etat de droit et la démocratie, seul objectif à même d’assurer la paix et la prospérité pour les générations à venir.

Alger le 26.05.2018

Les signataires par ordre alphabétique :

Zoubida Assoul, Présidente de l’UCP

Abdelghani Badi, Avocat, Militant des droits de l’Homme

Fatiha Benabbou, Universitaire, Constitutionnaliste

Ahmed Benbitour, ancien Chef du gouvernement

Ali Benouari, Président de Nida El Watan

Saad Bouokba, Editorialiste

Amira Bouraoui, Médecin, Société Civile

Salah Dabouz, Avocat, Militant des droits de l’Homme

Nacer Djabi, Universitaire, Sociologue

Soufiane Djilali, Président de Jil Jadid

Yasmina Khadra, Ecrivain

Farid Mokhtari, Militant Politique

Zoheir Rouis, Président de Forum Démocratique

Azzedine Zaalani, Militant de la Communauté Algérienne à l’étranger.

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