MAROC
10/10/2018 18h:07 CET | Actualisé 11/10/2018 11h:15 CET

5 start-up environnementales marocaines dans le vent

Des petites entreprises innovantes à suivre de près.

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ÉCONOMIE - L’entrepreneuriat social à la cote au Maroc. Les jeunes pousses environnementales pullulent mais se heurtent aux mêmes limites que bon nombre de start-up qui démarrent leur projet. Un accès limité au financement, aux fonds d’amorçage, ainsi qu’aux marchés.

“Trop peu d’entrepreneurs marocains arrivent à dépasser la phase cruciale de ‘la vallée de la mort’, les trois premières années d’existence, pour devenir des entreprises à fort potentiel qui attirent les investisseurs et business angels locaux et internationaux”, nous explique Achraf Alami, chargé de mission au sein du Cluster industriel pour les services environnementaux (CISE-Maroc), lors du salon Pollutec Maroc qui s’est tenu du 2 au 5 octobre à Casablanca.

À cette occasion le HuffPost Maroc a fait une sélection des petites enteprises environnementales les plus prometteuses, disposant d’un concept innovant, de clients ainsi que d’un chiffre d’affaires leur permettant d’être pérennes. Tour d’horizon de 5 start-up environnementales marocaines dans le vent. 

IZEM Consulting, la startup geek

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Le consulting attire énormément de jeunes entrepreneurs au profil pointu. Créée en mars 2016, IZEM Consulting est une jeune pousse de conseils en ingénierie numérique, spécialisée dans la conception des systèmes de management et de monitoring numérique en temps réel. L’activité phare est focalisée sur le développement de l’application VisualMetric.

Celle-ci permet la gestion et le monitoring des taux de charge des rejets liquides ou gazeux industriels à l’aide de capteurs intelligents placés à la sortie des usines et des unités de fabrication. “Grâce à notre système, il est possible d’opérer des prélèvements des taux exacts de toxines, des métaux lourds, et d’autre mesures de données physiques ou chimiques des rejets atmosphériques ou des rejets liquides. Ce qui permet d’assurer un contrôle en temps réel desdits rejets, et de se conformer aux normes et aux lois en vigueurs en la matière”, détaille Mohamed Elmorabit, fondateur de la start-up.

Grâce aux métriques prédéfinis, IZEM est capable de traiter les données relevées automatiquement par des capteurs intelligents ou saisies manuellement via des terminaux mobiles. La plateforme de gestion et de monitoring permet ainsi d’optimiser la démarche énergétique. Avec ses algorithmes, l’adoption de l’outil permet de faire une économie allant jusqu’à 20% de la facture d’énergie et permet au passage d’augmenter la productivité des équipes responsables, assure le jeune entrepreneur.

Avec un capital social de 100.000 dirhams, la start-up se targue d’un chiffre d’affaires de 225.000 dirhams en 2016 et de 360.000 dirhams en 2017. “L’évolution est prometteuse. Nous avons d’ailleurs remporté le prix CleanTech Maroc dans la catégorie Efficacité Energétique. Pour 2018, nous en sommes à 358.000 dirhams de chiffre d’affaires, sachant que l’exercice n’est pas encore bouclé”, confie Mohamed Elmorabit.

Amendy Foods, le quinoa à l’honneur

Amendys Foods

Le segment des aliments de santé et de bien-être connait une croissance régulière au Maroc, le consommateur marocain étant de plus en plus friand de produits naturels, sains et nutritifs. C’est donc face à ce besoin et une offre majoritairement basée sur l’import qu’Amendy Foods se positionne, la jeune start-up opérant dans l’agriculture durable pour la production et la commercialisation d’aliments naturels.

Amendy Foods produit, transforme et commercialise des graines 100% bio et gluten free, dont le quinoa, l’avoine et le soja. Outre les graines, la start-up propose de la farine et de la semoule de quinoa. Le modèle économique d’Amendy Foods est basé sur l’inclusion de plusieurs acteurs dans sa chaîne de valeur, notamment les femmes rurales en leur créant des opportunités d’emploi.

Située à Chichaoua, la jeune entreprise a pu produire lors sa première année d’existence, en 2015, plus de 400 kg de quinoa. Pour fin 2018, l’entreprise envisage de s’attaquer au B2B à travers des partenariats avec des professionnels de la restauration. L’entreprise ambitionne aussi d’augmenter sa capacité de production à 7 tonnes.

Les investissements de départ ont été contractés sous forme de prêts de la part d’Unilever Maghreb, OCP Entrepreneurship Network et la Fondation Zakoura pour un total de 130.000 dirhams. Le chiffre d’affaires de la TPE (110.000 dirhams en 2017) lui permet d’être rentable. “Pour 2018, nous en sommes déjà a 120.000 avant la clôture de l’année”, confie au HuffPost Maroc Manal Mahad, co-fondatrice de la start-up.

Seaskin, la maroquinerie venue de la mer

DR

Le poisson, vous avez l’habitude de l’avoir dans votre assiette, de l’admirer dans un aquarium ou dans son milieu naturel, mais rarement à votre bras ou à vos pieds. Seaskin pourrait bien vous faire changer d’avis. Nawal Allaoui a eu l’idée de recycler des déchets de poissons pour en faire de la maroquinerie de luxe. Au lieu de finir à la poubelle, les peaux de poisson sont transformées en un cuir de qualité pour créer des sacs, mais aussi des chaussures ou encore des portefeuilles.

La jeune femme, qui fréquentait souvent la zone côtière de Sidi Rahal à Casablanca, connaît parfaitement les espèces de poissons, dont elle récupère des déchets. “L’idée m’est venue lorsque je travaillais dans l’entrepreneuriat social avec les épouses des pêcheurs qui nettoyaient les poissons et enlevaient les épines des oursins”, nous confie l’étudiante de l’Esith. 

Après plusieurs mois de recherche dans la chambre qu’elle occupe à l’internat de son école supérieure, Nawal à mis au point une formule pour le tannage de peaux de poissons, à base de produits bio marocains dont le henné. En 2016, elle peaufine son process de tannage à sec en réduisant la quantité d’eau utilisée de 95%. Pour tanner une tonne de peau de poisson, Nawal utilisait 34.000 litres d’eau. Avec sa nouvelle méthode, elle a pu réduire sa consommation à 1.400 litres pour la même quantité. La jeune adepte de l’environnement s’approvisionne en peau crue de poissons auprès des restaurants de spécialités et d’une usine de filets de poissons, avant de les confier à ses six salariées.

Pour la commercialisation de ses produits, la jeune femme procède à la vente en ligne à travers les réseaux sociaux ou en physique au showroom de la marque boulevard d’Anfa à Casablanca. Un site de e-commerce devrait voir le jour avant la fin de l’année, assure le management de l’entreprise. “Nous sommes sur une capacité de production de 1.000 pièces par semaine pour un chiffre d’affaires de 250.000 dirhams en 2017 et nous tablons sur un CA prévisionnel de 360.000 dirhams en 2018”, confie-t-elle au HuffPost Maroc. Et pour convaincre les plus sceptiques, la jeune entrepreneur tient à rassurer sur sa page Facebook: le cuir de poisson sent le cuir, point barre.

Zelij Invent, la tradition réinventée

Zelij Invent

Il voulait trouver le bon mélange et les bonnes doses en additionnant au plastique d’autres matériaux pour maîtriser l’inflammabilité et augmenter la résistance. Trois mois lui ont suffi pour trouver la “recette” parfaite pour un pavé, répondant aux normes exigées pour les revêtement de sols. Il s’appelle Saif Eddine Laalej, il a 22 ans, et a trouvé une solution pour exploiter le plastique en tant que matériau de construction.

Ce jeune étudiant de l’École nationale de commerce et de gestion de Tanger, dans le nord du Maroc, a conçu un pavé écologique en forme de zellige traditionnel marocain à base de déchets en plastique tels que les bouteilles, les boîtes ou encore les bouchons. Le produit est un mélange de plastique récupéré et d’autres composants, notamment du ciment et du sable. Le pavé écologique, ou Paveco, peut être utilisé pour paver le sol avec les mêmes avantages que le béton, à moindre coût, tout en ayant un impact environnemental positif.

C’est en tout cas l’ambition de la jeune start-up que Laalej a cofondée avec Houda Mirouche, Zelij Invent, et qui travaille sur cette innovation depuis 2016. Le Paveco séduit déjà le secteur privé: le cimentier franco-suisse LafargeHolcim soutient la start-up en termes de recherche et développement et une entreprise de construction marocaine a fait une promesse d’achat pour équiper de futurs projets d’un grand groupe immobilier. Parallèlement, des entreprises qataries souhaitent développer le projet dans leur pays. Une possibilité encore à l’étude puisque Zelij Invent préfère, pour l’instant, se concentrer sur le développement au Maroc.

Pour passer à la vitesse supérieure et entamer la production à l’échelle industrielle, Zelij Invent estime avoir besoin d’un budget total de 650.000 dirhams marocains. A ce jour, seule la moitié du budget est assurée, grâce aux différents prix gagnés lors des concours et compétitions auxquels la start-up a participé. Aujourd’hui la petite entreprise évalue son potentiel de recyclage à 2.520 tonnes de plastique par mois, sachant qu’elle utilise 35 kg de plastique par m2 de pavés. Pour les premiers tests sur des chantiers, la production est estimée à 10.000 m2 de pavés, soit 900.000 dirhams de chiffre d’affaires et 350.000 kg de plastique recyclé.

Farasha, la surveillance par drone au service des centrales solaires

Farasha/Facebook

Ses drones survolent déjà la station Noor à Ouarzazate. Farasha Systems propose une solution de diagnostic automatique en temps réel et non interruptif des champs solaires. Le concept s’appuie sur une supervision par drone qui scanne avec des systèmes de capture la totalité de la centrale puis envoie les données vers un système d’information géographique qui affiche un tableau de bord pour l’exploitant. Ce dernier a alors une vue détaillée sur les différentes défaillances localisées.

L’impact environnemental durable de la start-up est de pouvoir rendre les énergies renouvelables en général et l’énergie solaire en particulier plus concurrentielles par rapport aux énergies conventionnelles en augmentant la production annuelle et en diminuant le coût de maintenance de ces centrales.

Les équipes de l’agence des énergies renouvelables Masen ont soutenu Farasha en lui ouvrant les portes des différentes centrales. L’objectif était de tester la solution sur un large éventail de technologies et de niveaux de puissances installées dans le complexe Noor.

L’investissement initial est de 2,2 millions de dirhams, constitué de fonds propres et de subventions. Une somme qui est loin d’être modique pour une start-up. Résultat des courses: les tests se sont avérés concluants et ont permis à Farasha de développer en 2017 un premier service ayant trait à l’inspection par drones.

La solution est adaptable aux panneaux cylindro-paraboliques, photovoltaïques et même aux éoliennes, assure la start-up. L’idée est portée par Abderahman Kriouile, docteur ingénieur spécialisé dans les systèmes embarqués, qui s’est engagé dans ce projet pour mettre les avancées de ces systèmes et du traitement d’images au service du développement durable.