MAROC
06/08/2019 17h:21 CET | Actualisé 06/08/2019 17h:30 CET

5 livres à lire de toute urgence cet été

Une sélection pour s'évader, se retrouver, rêver...

Vintervarg via Getty Images

CULTURE - Lire l’été est un pur délice, un petit plaisir que l’on peut se permettre partout: sur un transat au bord d’une piscine, les pieds dans le sable face à la mer ou sous la climatisation au bureau pour s’évader quelques minutes, le temps du déjeuner. Comme chaque été, le HuffPost Maroc vous propose une sélection de livres coups de cœur à emporter dans sa valise ou son sac. 

DR

“Rue du pardon”, Mahi Binebine. Editions Stock, 2019. 

C’est en plein cœur de Marrakech, rue du Pardon, que l’écrivain marocain Mahi Binebine nous plonge dans le quotidien d’un quartier modeste mais bouillonnant où vit la jeune Hayat, dont la chevelure blond soleil fait l’objet de nombreuses moqueries et sobriquets. Bâtarde? Enfant illégitime? Son existence soulève des questions chez les voisins, embarrasse sa mère et agace son père, un homme d’une méchanceté diabolique. Tout laissait présager que cette jeune fille de 14 ans qui porte le nom de la vie (Hayat en arabe signifie “la vie”, ndlr) ne pouvait survivre aux méchancetés et autres coups tordus des siens. Jusqu’au jour où Mamyta, une femme gracieuse et libre, aux multiples talents, la prend sous son aile et lui apprend la danse de la vie. Avec elle, Hayat se découvre et apprend que ce qui relève de l’interdit est parfois synonyme de joies et de plaisirs. N’épargnant personne, l’auteur, avec bienveillance, nous ouvre les yeux sur les horreurs que beaucoup , au quotidien, subissent. Néanmoins, plein de beauté et de délicieux détails, ce livre est une véritable ode au féminisme et célèbre ces jeunes filles et femmes qui n’ont pas peur de rêver plus grand. 

DR

“Les sept mariages d’Edgar et Ludmilla”, Jean-Christophe Rufin. Gallimard, 2019. 

Ils eurent un enfant et se marièrent beaucoup... Amateurs d’épopées et de tragi-comique, ce dernier roman de Jean-Christophe Rufin est à mettre entre vos mains. Si vous ne voyagez pas cet été, permettez-vous une évasion romanesque sur tous les continents, de l’ancienne URSS à l’Amérique, en passant par la France, le Maroc et l’Afrique du sud. Alors que le titre du roman et ses premières lignes évoquent un conte, l’histoire n’a rien d’une parenthèse enchantée et nous invite dans l’intimité d’un couple atypique qui s’est dit oui...sept fois! “Dans des consulats obscurs, des mairies de quartier, des grandes cathédrales ou des chapelles du bout du monde”, Edgar, collectionneur et marchand peu scrupuleux et Ludmilla, cantatrice en devenir, se sont fait la promesse de s’aimer inconditionnellement. Mais il existe des amours toujours compliqués et ces deux enfants terribles, adeptes du “ni avec toi, ni sans toi”, vont affronter les années, se séduire et se déchirer pour mieux se retrouver. Pris dans une spirale infernale, ils expérimentent la pauvreté, l’argent, la gloire et les débuts du capitalisme et du “star system”. Une véritable fresque sociale qui souligne, toutefois, deux aspects caractéristiques de notre époque: l’impatience et la renonciation. Jean-Christophe Rufin le souligne, d’ailleurs, dans la postface de ce livre (fortement inspiré de sa vie personnelle): “La vie qui s’allonge favorise non seulement les ruptures mais les retrouvailles...” Magistral. 

DR

“Que faire des cons? pour ne pas en rester un soi-même”, Maxime Rovère. Editions Flammarion, 2019. 

Car vous risquerez sûrement d’en croiser cet été, ce guide pratique est à glisser dans son sac entre deux tubes de crème solaire pour ne pas gâcher vos quelques jours de bonheur annuels. Manuel de survie qui s’appuie sur la philosophie et la psychologie du quotidien, il permet de comprendre les rouages des comportements humains et appréhender certains conflits difficiles avec des cons, même s’il est compliqué, rappelle l’auteur, de faire comprendre à un con qu’il est con: “Vous n’êtes pas le prof des cons. Changez les situations, pas les personnes”. A chaque chapitre, une petite maxime, souvent drôle, permet de synthétiser en quelques mots les réflexions philosophiques de l’auteur dans lesquelles on peut rapidement se perdre (Rovère est un spécialiste de Spinoza). Si cet ouvrage ne vous révélera pas la solution miracle pour faire disparaître les cons, il vous apprendra, néanmoins, à calmer vos pulsions “sanguinolentes” (on vous le répète, il ne sert à rien de les détester) et à vivre avec eux, dans la rue, dans les transports en commun et même dans une file à la “mouqataâ” (circonscription, ndlr). Le dernier chapitre consacre, d’ailleurs, un passage très instructif sur les dysfonctionnements des administrations et services publics. A lire de toute urgence. 

DR

“Confidences à Allah”, Saphia Azzeddine. Editions Stock, 2019. 

Ce désormais classique du roman contemporain mérite d’être relu. Son auteur, Saphia Azzeddine, lui offre une réédition dix ans après sa sortie, pour “le rééquilibrer”, signe-t-elle dans la préface. Elle a souhaité se replonger dans l’histoire de son héroïne Jbara, jeune “Pretty woman” pauvre des montagnes, sans le glamour et les paillettes d’Hollywood Boulevard, et rendre sa colère plus vive, plus féconde. “J’avais aussi envie qu’elle continue à résonner dans un climat où les dérives de l’hyper-émotion musellent la raison et nous éloignent du vrai combat des femmes et de Jbara en particulier”. Dans un pays, qu’on suppose être le Maroc, cette jeune fille s’adresse à Dieu dans un monologue et le questionne sur les humiliations et injustices auxquelles elle fait face, avec un humour et une insolence dont on ne se lasse pas. De jeune prostituée pour quelques gorgées de “Raïbi Jamila” (une boisson lactée marocaine, ndlr), son plaisir coupable, à jeune femme révoltée, le parcours de Jbara est une longue prière brutale et poétique à la fois. A (re)découvrir. 

DR

“Le silence des étoiles”, Sanaa K. Editions Marabulle (Hachette), 2019.

C’est la bande dessinée de l’année, à lire, relire, et offrir à vos sœurs et copines. Jeune dessinatrice discrète mais ultra-connectée, Sanaa K. a débuté par des petits croquis publiés sur son blog et Instagram illustrant sa vie de jeune femme, entre carrière, relations amoureuses et les chagrins qui vont avec. Et c’est suite à une rupture que la jeune auteure s’est attelée à l’écriture de cette bande dessinée à laquelle chaque jeune adulte pourra s’identifier. Pression sociale, difficultés à quitter le cocon familiale pour gagner son indépendance, à trouver un emploi, payer ses factures, gérer ses relations amicales et amoureuses... Tout y est pour vous briser ou décourager de vivre pleinement votre vie. Heureusement que les amis sont là pour aider à se reconstruire, rappelle l’auteure: “J’avais oublié. Oublié qui j’étais. Oublié de m’aimer. Oublié ce qui me rendait heureuse”. Les dessins sont sublimes, avec des détails intimes, saisissants et les personnages très attachants. Une belle claque d’optimisme à se procurer rapidement.