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21/01/2019 12h:31 CET | Actualisé 21/01/2019 12h:31 CET

5 clés pour comprendre le conflit du Sahara

"Qui se bat exactement pour cette terre et pourquoi le conflit n’a-t-il pas été résolu au cours de toutes ces années?"

FAROUK BATICHE via Getty Images
Un membre de la mission de paix des Nations Unies, la MINURSO, lors de la visite du chef des Nations Unies sur une base de l'ONU à Bir-Lahlou, au Sahara, située à 220 kilomètres au sud-ouest de la ville algérienne de Tindouf, le 5 mars 2016..

SAHARA - Le conflit du Sahara, l’un des plus négligés du monde moderne, semble s’éterniser depuis maintenant presque quatre décennies. Mais comment en est-on arrivé là? Qui se bat exactement pour cette terre et pourquoi le conflit n’a-t-il pas été résolu au cours de toutes ces années? Il convient ici de rappeler quelques faits historiques concernant ce différend, de manière simple et concise. Cela permettra au lecteur marocain et international de connaître les tenants et les aboutissants qui entourent cet énorme imbroglio qui empoisonne la région depuis belle lurette.

Contexte historique

Contrairement aux discours préconçus et réducteurs, il est impératif de contextualiser les faits. Avant l’avènement de l’ère coloniale, le Maroc était pleinement souverain de son Sahara, indépendant et uni. A cet effet, plusieurs documents prouvent et appuient la légitimité de l’allégeance des tribus sahraouies aux sultans marocains.

Pour appuyer cette thèse, le Royaume a d’ailleurs soumis à la Cour internationale de Justice, en 1975, cinq de ces dahirs qui démontraient l’affiliation administrative et politique du Sahara occidental à l’autorité centrale du pays. Par la même occasion et bien avant sa colonisation, le Maroc a également conclu plus de 12 conventions internationales avec des pays tels que la Grande-Bretagne, les États-Unis, la France et l’Espagne, comprenant les provinces du sud comme partie intégrante de la nation. Cela démontre incontestablement la reconnaissance internationale de la souveraineté territoriale marocaine sur son Sahara.

Ce n’est qu’en 1884, alors que la conférence de Berlin s’est réunie pour fixer la partition coloniale du continent africain, que le Maroc a été attribué à la France et à l’Espagne. Le Sahara a depuis été colonisé par les Espagnols pendant presque cent ans.

En 1956, alors que le Maroc récupérait tous les territoires sous protectorat français et déclarait son indépendance, le processus de décolonisation était différent et complexe avec l’Espagne. La difficulté résidait dans les nombreux territoires sous le joug de Franco qui étaient dispersés entre le nord, le centre et le sud du pays. La réunification du Royaume a été alors réalisée progressivement entre Tanger en 1956, Tan-Tan et Tarfaya en 1958, Sidi Ifni en 1969 et les provinces du sud en 1975.

Il est à noter que le point tournant dans l’histoire moderne du conflit du Sahara a été l’avis consultatif donné par la Cour internationale de Justice le 16 octobre 1975. En effet, et malgré quelques désaccords sur l’interprétation de l’avis, celui-ci confirmait indéniablement l’existence d’un attachement politique, juridique et spirituel des habitants du Sahara aux dynasties qui ont gouverné le Maroc, à travers des liens d’allégeance (la beyâa).

C’est sur cette base logique que le roi Hassan II frappa fort et décida de lancer la Marche Verte. Cette manifestation pacifique qui a vu la participation de 350.000 personnes, dont femmes et enfants, constituait aux yeux du monde la symbiose existante entre le trône alaouite, les populations sahraouies et tous les Marocains.

Placée devant le fait accompli auquel il lui est difficile de riposter, et faisant face à ses propres problèmes internes, l’Espagne accepte d’accorder la partie nord de la colonie au Maroc et la partie sud à la Mauritanie, concluant ainsi l’Accord de Madrid, le 14 novembre 1975.

Le début du conflit (1975-1991)

Tout au long de cette chronologie, personne n’avait jamais entendu parler du Front Polisario (Front populaire pour la libération de Saguia el-Hamra et Rio de Oro) jusqu’en 1973, année de sa création. On parlait auparavant de “lutte armée de libération” par des jeunes étudiants sahraouis, dont le fondateur historique du mouvement n’est autre que Mustapha El Ouali Sayed. Ce dernier, étudiant à l’Université Mohammed V de Rabat, a toqué aux portes des partis de la Koutla afin d’obtenir un éventuel soutien armé pour sa cause... resté sans réponse.

Or, depuis le départ du colonisateur espagnol, ce “mouvement de libération” désormais radicalisé, entama une guérilla de 16 ans contre le Maroc et la Mauritanie, avec un appui de la Libye de Kadhafi et un soutien de l’Algérie de Boumédiène. En février 1976, le Front Polisario s’autoproclame alors indépendant et crée la prétendue République arabe sahraouie démocratique (RASD). Celle-ci n’a évidemment pas été admise aux Nations unies, mais a été reconnue par quelques États, principalement africains. Cela s’explique par l’adhésion de la RASD à l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en 1982 et le retrait plus que préjudiciable du Maroc deux ans après, en signe de contestation à cette décision.

Après le retrait de la Mauritanie de la région, les affrontements entre les deux parties ont duré jusqu’en 1991, faisant ainsi entre 14.000 et 21.000 victimes. Durant cette même année, les Nations unies ont réussi à faire accepter un cessez-le-feu et l’organisation future d’un référendum sur le statut final. Le Conseil de sécurité de l’ONU a également créé la MINURSO (Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental), chargée de superviser le scrutin, et qui a été continuellement repoussé en raison de conflits opposant les deux parties sur le droit de vote des électeurs.

Le discours du Maroc

Afin de sortir de cette impasse et de répondre aux appels régulièrement lancés par le Conseil de sécurité depuis 1997, le Maroc a soumis en 2007 une proposition d’autonomie pour le Sahara, dans le cadre de la souveraineté et de l’unité nationale du Royaume. Cette initiative, décrite par le Conseil de sécurité des Nations unies comme “sérieuse et crédible”, a pris grand soin de se conformer au principe de l’autodétermination en lui conférant une signification particulière compatible avec la spécificité de la région. Le concept d’autonomie est lié à ce que le droit international appelle “l’autodétermination interne”.

En effet, cette nouvelle feuille de route fait référence au droit d’exercer une autonomie politique, économique et culturelle au sein d’un État existant et se traduit concrètement par la mise en place d’un contrôle important sur le développement politique, économique, social et culturel de la région concernée. L’article 5 du projet d’autonomie marocain s’inscrit dans cette perspective dans la mesure où il est stipulé que: ”(…) les populations sahariennes gèreront elles-mêmes leurs affaires de manière démocratique, par l’intermédiaire d’organes législatifs, exécutifs et judiciaires dotés de pouvoirs exclusifs. Ils disposeront des ressources financières nécessaires au développement de la région dans tous les domaines et participeront activement à la vie économique, sociale et culturelle du pays”.

Plus récemment, les Marocains mettent l’accent sur le risque que poserait la création d’un mini-État d’environ 150.000 personnes, dans une région potentiellement instable et qui serait menacée par le djihadisme islamique et les réseaux criminels qui s’activent dans le trafic d’êtres humains.

Le discours du Polisario et de l’Algérie

Pour le Polisario, le conflit du Sahara est d’abord et avant tout une question d’auto-détermination. Privilégiant le référendum comme voie de règlement, qui d’ailleurs a été convenue conjointement avec le Maroc en 1991, le mouvement séparatiste ne voit pas de raisons de changer de stratégie. Toutefois, la critique du Polisario met l’accent sur le caractère “impérialiste, contradictoire et instable” de la position marocaine qui accepte un jour ce qu’il rejette le lendemain et cherche avant tout à “hétérogénéiser” la population sahraouie.

Prônant la neutralité, Alger a toujours insisté sur le fait qu’il n’y a que deux parties concernées par le conflit. Manifestant un soutien financier et politique avérés pour les séparatistes sahraouis, l’Algérie n’a jamais caché son ambition de fragiliser son voisin marocain et son intérêt d’accéder sans entrave à l’Atlantique pour l’exportation de minerais situés dans les riches gisements de Garet-J’bilet, près de Tindouf.

Quel avenir pour la région?

En dépit de nombreuses initiatives de paix lancées dans les années 90, au début des années 2000 et en 2007, un nouveau chapitre s’ouvre pour la résolution de ce conflit. En effet, le retour du Maroc à l’Union africaine, mettant fin à sa politique de la chaise vide, a permis de relancer le dialogue avec toutes les parties prenantes du problème. De plus, et malgré le rejet d’Alger à la main tendue du roi Mohammed VI pour un dialogue constructif et de bonne foi, l’initiative de l’émissaire de l’ONU Horst Köhler de réunir les quatre parties impliquées (Mauritanie comprise) n’a laissé aucun choix aux “pays neutres” que de s’impliquer activement à la recherche d’une solution mutuellement bénéfique.

Enfin, il est à signaler que l’irrésolution du conflit empêche le développement de la coopération intermaghrébine. Les frontières maroco-algériennes restent fermées, ce qui constitue un énorme blocage et une situation plus que préjudiciable au rayonnement économique d’une région capable de rivaliser avec les économies du Moyen-Orient. Un retard inadmissible quand on connait le potentiel de développement de la région...