MAROC
01/03/2019 19h:40 CET

Dans une tribune, 400 signataires appellent Emmanuel Macron à distinguer antisionisme et antisémitisme

Dont des personnalités marocaines.

CAROLINE BLUMBERG via Getty Images

ANTISEMITISME - Le 20 février dernier, le président français Emmanuel Macron annonçait la volonté de la France de reconnaître désormais l’antisionisme “comme une forme moderne d’antisémitisme”. Une annonce qui fait suite à une vague de crimes antisémites commis dans l’Hexagone ces dernières semaines.

La proposition divise toutefois depuis l’opinion française. Si certains partis et associations saluent la décision du président français, celle-ci est particulièrement contestée par certains intellectuels.

Ce vendredi 1er mars, le journal français Libération publie à ce titre une tribune intitulée “L’antisionisme est une opinion, pas un crime”, dans laquelle s’expriment certains de ceux contestant l’annonce d’Emmanuel Macron.

Portée par 400 signataires, cette tribune, qui s’adresse au président français, affirme que “l’antisionisme est une opinion, un courant de pensée né parmi les juifs européens au moment où le nationalisme juif prenait son essor”. “Il s’oppose à l’idéologie sioniste qui préconisait (et préconise toujours) l’installation des juifs du monde en Palestine, aujourd’hui Israël”, continue le texte. Pour ses signataires, l’antisionisme est une réponse légitime à la “logique colonisatrice pratiquée par Israël.”

Plusieurs Marocains parmi les signataires

Parmi les signataires, on retrouve de grands noms du cinéma comme Jean-Luc Goddard ou encore le réalisateur palestinien Elia Suleiman. Plusieurs Marocains, ou personnalités d’origine marocaine font également partie des noms associés à cette tribune. On retrouve notamment la réalisatrice Simon Bitton, le sociologue Mehdi Alioua, l’écrivain Abdellatif Laâbi, le poète Jalal El Hakmaoui ou encore l’enseignante et militante Michèle Sibony.

Les signataires revendiquent avant tout un antisionisme qui se nourrit de l’anticolonialisme: “Leur interdire de s’exprimer en prenant prétexte du fait que des racistes se servent de cette appellation pour camoufler leur antisémitisme, est absurde”, affirme le texte, faisant notamment référence au contexte actuel en France, où une vague d’incidents antisémites a choqué l’opinion. Ainsi ils disent espérer qu’Emmanuel Macron déploiera “d’importants moyens d’éducation, et que les auteurs de ces actes soient sévèrement punis”.

“Mais nous ne voulons certainement pas que vous livriez les juifs de France et leur mémoire à l’extrême droite israélienne, comme vous le faites en affichant ostensiblement votre proximité avec le sinistre ‘Bibi’ et ses amis français”.

“Nous tenons à vous faire savoir que nous sommes antisionistes, ou que certains de nos meilleurs amis se déclarent comme tels. Nous éprouvons du respect et de l’admiration pour ces militants des droits humains et du droit international qui, en France, en Israël et partout dans le monde, luttent courageusement et dénoncent les exactions intolérables que les sionistes les plus acharnés font subir aux Palestiniens. Beaucoup de ces militants se disent antisionistes car le sionisme a prouvé que lorsque sa logique colonisatrice est poussée à l’extrême, comme c’est le cas aujourd’hui, il n’est bon ni pour les juifs du monde, ni pour les Israéliens, ni pour les Palestiniens”, indiquent encore les signataires.

Comme le rapporte Le Monde, le 20 février dernier, à l’occasion du diner annuel du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), Emmanuel Macron annonçait la “mise en œuvre d’une définition de l’antisémitisme intégrant certains aspects de l’antisionisme”. Une définition déjà adoptée en septembre dernier par le Parlement Européen mais dont l’adoption en France a été retardé par certains parlementaires, rapporte Haaretz.

Ainsi, pourrait être considéré prochainement comme antisémite “le fait de tenir collectivement les personnes de confession juive pour responsables des actions de l’Etat d’Israël ou le fait de nier le droit à l’autodétermination des juifs.”