TUNISIE
09/08/2018 11h:55 CET | Actualisé 09/08/2018 11h:56 CET

40% à 45% des Tunisiens achèteront un mouton pour l'aïd

“Le Tunisien n’a plus la capacité de fêter l’aïd. Il a d’autres priorités"

Invité de la matinale de Shems Fm, le président de l’Organisation de Défense du Consommateur (ODC) Slim Saadallah a affirmé que seulement 40% à 45% des Tunisiens achèteront un mouton pour l’aïd El Idha.

Malgré une bonne production de 1.390.000 têtes ovines, les prix restent élevés estime Slim Saadallah: “La consommation ne dépasse jamais les 950.000 moutons, même avec nos frères libyens qui vivent ici. L’offre est en abondance. On est donc censé trouver les prix à la portée des Tunisiens mais ce n’est pas le cas” a-t-il déploré.

“Aujourd’hui, la situation du consommateur tunisien est difficile avec une baisse de son pouvoir d’achat, d’où le fait que très peu de monde fêtera l’aïd cette année” a-t-il expliqué ajoutant que “si on arrive à consommer 40% à 45% de la production, cela sera assimilé à une bonne année”.

En cause, la perte du pouvoir d’achat des Tunisiens, qui aujourd’hui priorise ses dépenses: “Le Tunisien n’a plus la capacité de fêter l’aïd. Il a d’autres priorités. Il préférera emmener sa famille passer une semaine de vacances que d’acheter un mouton au même prix. N’oublions pas qu’il y a également la rentrée scolaire qui arrive, sans compter les factures salées d’eau et d’électricité de l’été qui vont bientôt arriver”.

Avec des prix assez chers observés, durant ces derniers jours, “entre 700 et 800 dinars”, le citoyen préférera faire l’impasse sur l’achat d’un mouton: ”À ce prix là, le choix est vite fait pour le consommateur” estime Saadallah qui conseille “au citoyen lambda de ne pas prendre de crédit pour acheter le mouton de l’aïd”.

FETHI BELAID via Getty Images

 

Quant à ceux qui ont les moyens, le président de l’ODC souhaite “les diriger vers les 5 points de production, à Sidi Bouzid, Kasserine, Gafsa, Sbikha et El Fahs. Là-bas, ils trouveront l’agriculteur lui-même et pas un intermédiaire, et celui-là ne va pas saigner le consommateur”.

En effet, selon lui, une des raisons expliquant ces prix, hors de portée des citoyens, se trouve dans la forte implication d’intermédiaires dans la revente des ovins: “Le grand problème se situe au niveau des intermédiaires ou revendeurs (...) qui achètent directement auprès des agriculteurs et qui revendent ensuite en se faisant une marge entre 100 et 150 dinars par tête d’ovin” explique-t-il. 

Autre problème pointé du doigt par le président de l’ODC, la cacophonie sur le prix au kilo du mouton. En effet, l’UTAP et le ministère de l’Agriculture ont fixé le prix à 11 dinars le kilo pour les moutons de plus de 40 kg et 11,5 dinars le kilo pour les moutons de moins de 40 kg alors que le ministère du Commerce a fixé un prix fixe à 11 dinars, de quoi rendre confus le consommateur.

Quid des soldes?

Interrogé sur la saison des soldes qui a officiellement commencé le 08 août, il affirme qu’à ce jour, l’ODC n’a reçu aucune plainte. Cependant, Slim Saadallah note de nombreux problèmes par rapport à cette période qui dessert les commerçants tunisiens et les petites boutiques.

“Il y a la loi 40 de 1998 sur la règlementation des soldes qui joue contre le commerçant et le consommateur (...) Elle spécifie qu’il est interdit de mettre en vente une nouvelle collection qui a moins de 90 jours. À partir du 91 jour, il sera possible d’y appliquer les soldes ” explique-t-il.

“Or les grandes marques internationales, qui ont un savoir faire en la matière, font entrer leurs collections en janvier ou février. Donc au mois d’août, ils peuvent y appliquer des soldes”, au contraire des autres commerçants.

Zoubeir Souissi / Reuters

 

Autre point soulevé, la question des moyens: ″À titre de comparaison, le commerçant tunisien peut acheter 200 modèles. Le commerçant international lui, fait entrer entre 50 et 60 mille” et peut donc se permettre de faire baisser ses prix au moment des soldes, or le commerçant tunisien ne pourra même pas faire un retour sur investissement selon lui. 

En protégeant autant, les marques internationales, c’est le commerçant tunisien qui va en pâtir: “80% de notre consommation se fait auprès des commerçants tunisiens et des petites boutiques” a-t-il avancé.

“La modification de cette loi est dans les tiroirs de l’ARP depuis 4 ans. On l’a travaillée ensemble avec les chambres patronales, le ministère du Commerce et l’ODC” note Saadallah appelant l’ARP à l’adopter avant les soldes d’hiver.

Le président de l’ODC appelle également à faire profiter des soldes sur une gamme plus large de produits, autre que les vêtements: “Dans d’autres pays, les soldes touchent différents secteurs. Or en Tunisie, 95% des soldes touchent les vêtements et les chaussures” estime-t-il.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.