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20/09/2018 18h:32 CET | Actualisé 20/09/2018 18h:32 CET

4 étapes avant d’entamer un nouveau départ dans sa vie

"Les transitions déclenchent des défis à relever."

Martin Barraud via Getty Images

LIFESTYLE - Que peuvent avoir en commun un nouvel emploi, une nouvelle responsabilité, un départ à la retraite, une maladie, un deuil, un licenciement, un déménagement et même un changement de vision? Au-delà de leurs différences, les personnes qui vivent cela sont en train de vivre la fin de quelque chose (statut, santé, rôle) et de commencer une nouvelle étape. Elles se retrouvent dans une période de confusion et de recherche d’équilibre pour entamer un nouveau départ. Ce flottement est propice à la réorientation. C’est ainsi que les choses se passent dans la nature. Les feuilles tombent, l’hiver s’écoule, puis la verdure émerge à nouveau. Le changement est une énergie vitale qui nous pousse à notre accomplissement.

Je commence d’abord par expliquer que changement et transition sont différents. Un changement désigne une réalité objective (une promotion, un licenciement, un nouveau travail, un divorce…) tandis qu’une “transition” désigne la réalité psychologique et subjective qui s’applique aux adaptations à ce changement. La transition est un processus naturel de désorientation et de réorientation permettant le passage d’une étape de sa vie à une étape suivante. Un changement ne “prend” que s’il est intégré grâce à une transition.

Les transitions sont cycliques et surviennent sur l’ensemble des étapes de notre vie personnelle ou professionnelle. Toutefois, il y a des transitions que nous souhaitons ardemment tandis que d’autres, subies, nous challengent. Elles impliquent les désagréments générés par la crainte de quitter notre zone de confort. Nos ancêtres accentuaient l’ampleur des transitions par des rites de passage censés faciliter la transition. Malheureusement ce n’est plus le cas aujourd’hui et c’est à chacun de nous de trouver les moyens de se réinventer.

Les transitions subites ou conséquences d’un choix personnel génèrent des automatismes d’adaptation dont les effets, les conséquences et les résultats deviennent à leur tour les sources, les causes et les déclencheurs des transitions à venir. C’est un mouvement perpétuel de cause à effet. Selon le fait que le changement sera choisi ou subi, cela aura une conséquence sur l’angle sous lequel on abordera la transition.

Si une personne choisit un changement, par exemple, en acceptant une promotion, elle sera portée à mettre l’accent seulement sur la nouveauté en oubliant ou refusant d’envisager ce qu’elle perd. Dans la situation inverse, lorsqu’une personne perd quelque chose ou quelqu’un, son regard reste fixé sur ce qu’elle perd. Il est difficile de demander à une personne qui vit une perte de se focaliser sur la nouveauté. Son regard, pour un moment, reste tourné vers la perte, avec une impression que tout se termine là. Heureusement, la dynamique des transitions ne fonctionnent pas de la sorte. Devant le changement, nous sommes attentifs au fait que de nombreux facteurs entrent en jeu pour nous mettre sous tension et nous désorienter. Les transitions déclenchent des défis à relever. Elles suscitent intolérance, stress, appréhension, manque d’énergie, indécision voire crise existentielle. Les automatismes qui tendent vers un retour à l’équilibre se mettent en œuvre pour nous faciliter la vie ou au contraire la compliquer. Ce qu’il faut bien saisir, c’est le fait que le commencement ne suit pas instantanément la fin et qu’entre l’ancienne situation et la nouvelle, il existe une période de flottement, d’incertitude et de vide. Cette étape de flottement est la plus douloureuse parce que, au-delà du stress ressenti, nous y perdons nos repères suite à l’évolution des contextes, des situations et des relations. Les transitions renferment une sorte de pont, un passage que l’on traverse, une sorte de tergiversation qui permet de raccorder deux segments de leur vie. Être en transition suppose de passer par un processus en quatre étapes.

1. La première étape, tel un automne, vise à accepter de renoncer à une situation ancienne.

Tel un automne, elle annonce la fin d’une étape ou le constat d’une rupture avec une situation familière. Après le déni, arrive le désengagement, la désintégration et la désorientation. Les mécanismes de défense entrent en jeu. Il est possible de s’enfermer dans cet état de refuge qui est en fait une adaptation émotionnelle (évitement, dérobade, fuite, etc). Cette étape amorce le processus de deuil transitionnel.

2. La deuxième étape, tel un hiver, implique de subir une phase de marasme.

Au cours de cette étape, nous n’avons pas l’impression d’avancer, mais nous commençons à considérer la survie et la remise en question. Elle amorce la résignation c’est-à-dire la prise de conscience d’avoir tout tenté en vain pour revenir à “comme c’était avant”.  Elle souligne l’acceptation annonciatrice du nouveau départ.

3. La troisième étape, tel un printemps, ferme la boucle de la transition.

Elle marque l’amorçage d’un nouveau départ et le (re)commencement. Elle implique de retrouver ses marques dans la nouvelle situation. Tel un phénix, on renaît de nos cendres et on se reconstruit progressivement. Nous avons un regard neuf sur l’ensemble et mettons en lumière nos ressources ainsi que la force de notre expérience de vie.

4. La quatrième étape, tel un été, souligne l’intégration de la transition.

Elle donne un confortable espace au changement qui s’est opéré. Elle est synonyme de la stabilité relative et vous offre une pause, un intermède ou un entracte entre deux transitions.

Quels que soient les changements qui impliquent une transition, nous avons tout à gagner à les comprendre et à apprendre à leur faire face, de façon à être aux commandes de notre vie. Il faut être conscient des constances dans les transitions et qu’il est possible de vivre dans l’incertitude et dans l’instabilité lorsqu’on l’on accepte que cette période de flottement est nécessaire pour la réalisation d’un objectif, d’un rêve d’une étape de vie ou pour accepter une nouvelle réalité. Cela peut être agréable et inviter à l’introspection ou au dépassement personnel. Ce flottement que l’on pense être le chaos peut renfermer une certaine logique, un ordre dans le désordre.

Comment connaître le chemin quand l’incertitude et le déséquilibre propres aux périodes de changements obscurcissent la vision? A mon avis, il faut commencer par le commencement et revenir à sa mission de vie et sa mise à jour. Notre mission de vie nous sert de boussole pour intégrer un ou plusieurs changements. Elle peut pousser notre jugement et notre appréciation relative d’une transition dans le sens positif. Elle peut mettre en évidence nos priorités, nos motivations profondes et nos valeurs et justifier le passage à l’acte. Apprendre à connaître et à maitriser le cycle de transition se fait en trois temps: comprendre, apprendre et puis agir.

Comprendre implique de partir à la découverte des diverses perceptions qui composent nos actions et nos réactions au changement. Nous aurons à comprendre davantage nos motivations et le sens que nous donnons à notre vie. Mettre à jour notre mission de vie nous permet de garder un repère quand ces derniers se font rares et de franchir le pas malgré la peur de l’inconnu. Comprendre que les transitions sont des passages, des ponts qui nous amènent ailleurs par un processus qui va au-delà du changement. Pour nous permettre de nous propulser vers notre plein potentiel, il faut que nous admettions d’abord que nous vivons cette transition et que nous traversons le pont qui la présente. Comprendre nous permet de nous sentir plus forts face aux bouleversements qui nous affectent. Quels que soient les changements que nous traversons: positifs, négatifs grands ou petits, nous devons faire preuve d’adaptation et de souplesse pour pouvoir les harmoniser avec notre trajectoire de vie.

Apprendre suppose de tirer des enseignements des apprentissages que l’on a faits toute notre vie d’une transition à une autre. Déterminer ses priorités tout en tenant compte de son corps émotionnel et de ses besoins. Nous pourrons alors nous situer à l’intérieur du processus de transition dans lequel nous nous trouvons à un moment ou un autre afin d’ajuster notre réponse au stress de manière adaptée et harmonieuse. Quoi qu’il arrive, nous devons apprendre à adopter une attitude et une posture qui, tel un chef d’orchestre, nous permettra de rester à la fois solide sur nos pieds, souple, inspiré et apte à suivre la cadence qui vous garde vivant.

Agir signifie le passage à l’acte, prendre les commandes. Cette étape implique de porter notre attention sur ce qui vous anime et vous motive à agir.

Il faut profondément croire à son potentiel immense tapi à l’intérieur de chacun d’entre nous. Même dans les moments les plus sombres, il existe un héros qui peut se révéler au grand jour. Le héros de notre propre histoire, celle que nous incarnons au fil des pages de notre vie. Je cite à ce sujet Rabindranath Tagore, le grand poète indien, qui a dit “Si je ne parviens pas à franchir une porte, je passerais par une autre porte ou je ferai une porte. Quelque chose de formidable viendra, peu importe la noirceur du présent.”

La clé que je souhaite transmettre est celle de ce guerrier qui s’arme de la sagesse de l’Aïki. Ce principe favorise notre aptitude à combiner le lâcher prise avec la détermination qui est nécessaire au changement et à l’évolution. Pour qu’une fin en soit une, il convient de lâcher prise sur ce qui était pour pouvoir accueillir ce qui sera. Les techniques de l’Aïki impliquent la non-résistance: “celui qui ne résiste pas est victorieux”. L’Aïki enseigne l’utilisation de notre énergie et notre force internes et son union avec l’énergie émise d’une source externe, même adverse. Les neufs conseils inspirés de l’Aïki sont les suivants: 1) considérer la situation sous tous les angles. 2) maîtriser une opposition en entrant à sa source et puis s’harmoniser avec elle. 3) rester disponible, ouvert d’esprit et sincère. 4) Développer la puissance de son souffle et affuter la cadence de son rythme. 5) se maîtriser et contrôler la situation ce qui permettra de garder le contrôle de la situation avant qu’elle ne nous échappe. 6) gérer l’inconnu par le développement de son intuition pour percevoir l’attaque avant qu’elle ne se produise. 7) se maintenir dans l’équilibre. 8) être déterminé. Et pour clore, la neuvième technique stipule de rebondir après une chute et que la vraie victoire est la victoire sur soi.

La plupart des problèmes et des rechutes proviennent d’une transition antérieure qui n’a pas été intégrée. Mal vécue, refoulée ou rapide, une transition ratée creuse davantage le fossé entre notre état présent et notre état désiré, entre notre réalité et la réalisation de notre plein potentiel. Parfois nous nous précipitons dans un changement alors que le processus de transition nous place devant des paradoxes de notre nature humaine et nous pousse à composer avec nos contradictions dans les différents aspects de notre vie.

A mon avis, l’erreur fondamentale dans les transitions ratées sont les fins mal soignées. Lorsqu’une fin se termine mal, ou ne se termine pas, c’est une note discordante dans la trame sonore de notre vie. Lorsqu’il est temps de transiter ou de passer à autre chose, il faut avoir le réflexe d’effectuer notre salut d’artiste. Il faut savoir fermer la parenthèse pour éviter les regrets en fermant bien la boucle. Nous faisons la paix avec le passé pour faire face à ce que le futur nous réserve. Il faut se défaire de sa rigidité, rester souple et éviter de s’accrocher coûte que coûte à une ancienne situation. “Vendez votre intelligence et achetez l’étonnement”, a dit Rumi. Sa sagesse incite à ressentir de la gratitude pour pouvoir s’ouvrir à ce que demain nous apporte. Peut-être que si vous portez un regard sur votre vie jusqu’à maintenant, vous constatez que vos transitions ont été parfois angulaires, raides et chaotiques. Il arrive que l’on n’ait simplement pas le temps ou l’expérience ou la maturité nécessaire pour soigner les fins et de fil en aiguille, nous nous trouvons le plus souvent dans une zone où notre niveau de stress face au changement nous permet simplement de nous réaliser.