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06/05/2019 15h:53 CET | Actualisé 06/05/2019 15h:53 CET

3ich Tounsi, la politique autrement?

Là où 3ich Tounsi révolutionne l’approche numérique de la politique, c’est dans sa volonté d’ignorer les codes

Facebook/3ich Tounsi

Signer une feuille de route, approche consultative, statutairement associative: 3ich Tounsi défie les codes de la politique partisane tunisienne. Un effet de mode ou une révolution méthodologique? (ne vous inquiétez pas, je n’ai pas été rémunéré pour ce blog)

L’éternel combat: la recherche du lien

D’un coté, l’opinion publique reste divisée: Le financement est-il propre? D’où vient tout ça?

Néanmoins, ce sont des questions que nous pourrions poser a tout parti politique Tunisien. Les donateurs en “off” sont au coeur du système politique et cela est surtout provoqué par l’absence de culture militante. Les partis ne s’auto-financent pas. Ils cherchent des gros donateurs qui vont ensuite réclamer un retour sur investissement aligné sur leurs intérêts personnels.

La question de l’argent reste, à mon sens, un problème globale dans la vie politique tunisienne. Elle ne se limite pas à 3ich Tounsi. La question morale entre association et politique (mais aussi l’usage des publicités) est juste une conséquence de l’encadrement de la politique qui est limitée et qui étouffe la voix de la nouveauté, de par la dépendance aux gros donateurs.

Ce qu’ils ont réussi à impulser grâce à leurs ressources est un lien avec les gens. À l’image de ce que Nabil Karoui a pu faire avec l’association Khalil Tounes: la création d’une proximité avec le peuple, d’ordre émotionnel. Car contrairement aux partis politiques classiques, le grand donateur est lui même la personnalité du mouvement. Il n’est pas cachée dans un back-office.

Démocratie accessible

La démocratie représentative est avant tout une lutte entre le réel et l’irréel: ceux qui me représentent sont ceux qui ont vu mon quotidien. Le terrain est au coeur de la relation représentant/représenté.

3ich Tounsi innove dans son approche du terrain. L’explosion des partis politique a fait en sorte que le discours imposé est devenu lassant pour l’électeur: “Ne vient pas me dire ce que tu vas faire, demande-moi ce que tu veux que je fasse”. 

La consultation est un moyen fort de créer une politique inclusive où l’électeur ne fait pas que déléguer sa voix à un organe partisan, il reste détenteur de son pouvoir politique.

Le problème de la démocratie représentative est qu’elle inscrit la voix des citoyens dans un temps spécifique: celui des élections.

La démocratie participative et consultative permet de contrecarrer le sentiment d’impuissance post-élection, en créant un canal direct entre l’électeur et son représentant.

Révolution numérique

La feuille de route est numérique et expose les objectifs primaires du mouvement: justice sociale, pouvoir d’achat, sécurité.

La majorité des partis politiques basent leurs communication digitale sur des videos post-meeting montrant les mêmes militants, s’enthousiasmer du même discours, de la part du même candidat. La seule chose qui change est le lieu. Le contenu reste le même.

Là où 3ich Tounsi révolutionne l’approche numérique de la politique, c’est dans sa volonté d’ignorer ces codes. Il n’y a pas de longs discours politiques, capable d’ennuyer les fans les plus ardus de Soufiane Ben Farhat, mais des propositions concrètes avec une charte graphique simple.

Et surtout, des gosses. Représenté dans les médias par un jeune, Selim Ben Hassen. Les militants sont à majorité des étudiants et on a cette impression, presque volontaire de leur part, que leur sincérité est palpable.

La question morale de l’usage de la publicité à la télévision est pour moi un faux problème. Pouvons nous réellement parler de transparence, quand la communication numérique de beaucoup trop de nouveaux partis (Tahya Tounes est un bon exemple) repose sur des pages Facebook sponsorisées discréditant les rivaux?

Entre ceux qui paient pour parler des leurs idées à visage découvert ou bien ceux qui paient pour discréditer autrui l’identité couverte, j’ai une préférence.

Evidemment, reste a savoir une chose: Iront-ils jusqu’au bout de leurs ambitions?

S’ils arrivent, hypothétiquement, au pouvoir politique, garderont-ils cette même volonté de décentraliser et de consulter les citoyens? Car nous avons vite appris la première leçon de la démocratie représentative: celui que nous élisons est different de celui qui nous gouverne.

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