ALGÉRIE
15/12/2015 10h:30 CET | Actualisé 15/12/2015 10h:30 CET

34 pays musulmans s'unissent au sein d'une coalition antiterroriste

AFP
Photo de la l'Agence de presse saoudienne montrant le ministre saoudien de la Défense Mohammed ben Salman lors de l'annonce d'une coalition antiterroriste, le 14 décembre 2015 à Ryad

L'Arabie saoudite a annoncé la création d'une coalition de 34 pays musulmans dont l'objectif sera de "combattre le terrorisme militairement et idéologiquement" dans un contexte de montée en puissance de groupes jihadistes.

Ni l'Iran, ni l'Irak, ni la Syrie ne font partie de la liste de ces Etats diffusée mardi par l'agence officielle SPA après l'annonce surprise de Ryad.

Des analystes ont estimé qu'il était trop tôt pour dire quelles actions cette alliance militaire islamique pourrait entreprendre, alors que l'Arabie saoudite qui la dirige est directement engagé dans une guerre coûteuse au Yémen.

L'annonce est surtout "chargée de symbole", a jugé Adam Baron, de l'European Council on Foreign Relations.

La coalition comprend des pays majoritairement sunnites comme l'Egypte, la Turquie, le Pakistan et le Sénégal. Elle sera dotée d'un centre de commandement basé à Ryad pour "soutenir les opérations militaires dans la lutte contre le terrorisme", a ajouté SPA.

L'alliance témoigne de la volonté du "monde islamique de combattre le terrorisme et d'être un partenaire dans la lutte mondiale contre ce fléau", a expliqué le vice-prince héritier et ministre saoudien de la Défense Mohamed Ben Salmane lors d'une conférence de presse à Ryad.

Des mécanismes seront établis pour "la coordination avec des pays amis épris de paix et des organismes internationaux" afin de soutenir les efforts pour "sauver la sécurité internationale", selon l'agence SPA.

"Notre guerre"

"La guerre contre le terrorisme" est "notre guerre", celle "des musulmans contre les terroristes qui commettent leurs actes horribles au nom de la religion", a réagi le porte-parole du gouvernement jordanien, Mohamad Momani.

Pour le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, "le fait que les pays musulmans s'élèvent ensemble contre la terreur" est "la meilleure des réponses à ceux qui s'efforcent d'assimiler la terreur à l'islam".

Les 34 pays du Moyen-Orient, d'Afrique et d'Asie de la coalition sont membres de l'Organisation de la coopération islamique (OCI), basée à Jeddah, dans l'ouest du royaume saoudien.

Certains d'entre, comme l'Arabie saoudite, font déjà partie de la coalition internationale qui, sous la conduite des Etats-Unis, combat le groupe jihadiste Etat islamique (EI) en Syrie et en Irak.

Interrogé sur le point de savoir si la nouvelle coalition se consacrerait à la lutte contre l'EI, le prince Mohamed, fils du souverain saoudien Salmane, a souligné qu'elle allait combattre "toute organisation terroriste qui fait son apparition" dans le monde musulman, "le premier à avoir souffert du terrorisme".

Parmi les pays ou régions confrontés au terrorisme, il a cité "la Syrie, l'Irak, le Sinaï (Egypte), le Yémen, la Libye, le Mali, le Nigéria, le Pakistan et l'Afghanistan".

Cette initiative est également lancée après la série d'attentats revendiqués par l'EI ayant frappé la France, le Liban, la Tunisie, la Russie et les Etats-Unis.

"Concernant la Syrie et l'Irak, nous ne pouvons mener les opérations (antiterroristes) qu'en coordination avec (les autorités) légitimes dans ces pays et avec la communauté internationale", a souligné le prince Mohamed, dont le pays conteste le régime syrien du président Bachar al-Assad.

Accusations de laxisme

Dix autres pays, dont l'Indonésie, le plus grand pays musulman par sa population, soutiennent la nouvelle coalition et pourraient se joindre à elle ultérieurement, a précisé l'agence SPA. L'Azerbaïdjan a dit examiner cette éventualité.

"La coalition va combattre le terrorisme militairement, idéologiquement et médiatiquement, en plus de l'effort sécuritaire", a conclu le prince Mohamed, l'un des hommes forts de l'Arabie saoudite.

Le royaume saoudien, régi par l'idéologie wahhabite (version rigoriste de l'islam), est régulièrement accusé en Occident de laxisme envers le jihadisme. Certaines personnalités l'accusent même de financer des mosquées et des groupes radicaux.

Le prince Mohamed s'exprimait lors de sa première conférence de presse depuis son entrée au gouvernement, formé en janvier par son père, le roi Salmane, dès son accession au trône à la mort de son demi-frère Abdallah.

Le jeune prince incarne la nouvelle politique internationale de Ryad, plus visible et plus affirmée. L'annonce de la nouvelle coalition s'inscrit dans cette tendance, selon l'analyste Adam Baron.

L'annonce de Ryad intervient alors que les Etats-Unis multiplient les déclarations sur la nécessité de mobiliser des troupes au sol, notamment arabes, pour réussir la guerre contre les jihadistes de l'EI.

Le Kremlin a réagi prudemment à l'annonce saoudienne. "Il nous faut du temps pour analyser puis prendre une décision basée sur les informations précises dont nous avons besoin", a dit le porte-parole Dmitri Peskov.

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