ALGÉRIE
04/10/2019 16h:40 CET | Actualisé 04/10/2019 16h:46 CET

33e manifestation : Alger bat le pavé et affiche une tranquille détermination

Ghada Hamrouche pour le HuffPost Algérie
33e manifestation à Alger

Pour le 33e vendredi, les Algérois ont envahi les artères principales de la capitale. A la Rue Didouche Mourad, comme à la rue Hassiba Ben Bouali tout comme Zighoud Youcef et l’avenue Pasteur, les manifestants, par dizaines de milliers ont scandé leur determination inébranlable à changer le régime.

A peine l’imam de la mosquée Al Rahma a-t-il terminé la prière du vendredi que les cris des fidèles fusent : “Allahou Akbar” (Dieu est grand), “had el 3am makach el vote” (pas de vote cette année), “Doula madaniya machi 3askariya” (Etat civil et non militaire) mais aussi leur volonté de voir le chef d’Etat-major quitter le haut commandement de l’armée. “Bye Bye Gaid Salah had El 3am makah el vote”, scandait-on.

Homme, femmes, enfants, jeunes et moins jeunes drapés de l’emblème national ou brandissant des pancartes marquent un moment d’arrêt le temps que les fidèles remontent la rue Victor Hugo pour rejoindre le cortège.

Les services de sécurité ont barré le passage au niveau du siège du RCD à Didouche Mourad, ce qui ralentissait l’arrivée des manifestants. On compte dix minutes avant que le cortège ne devienne important et que les manifestants ne commencent à progresser vers la place Maurice Audin.

Leur nombre augmente au fil des mètres franchis. Leur slogans hostiles aux élections et à leur promoteur principal, le chef d’état majeur, deviennent alors de plus en plus rageurs.

Pendant ce temps la foule qui arrive de la place du 1er mai atteint le boulevard du Colonel Amirouche.

Les échos de voix qui arrivent de la rue Hassiba Ben Bouali annoncent une foule immense. Les manifestants font honneur à la martyre. La rue Hassiba est noire de monde. Les regards se croisent, on se sourit, on regarde autour de soi pour mesurer le nombre et on se rassure. Les Algériens sont toujours dans la rue. 

Dans les coins de rues, les vendeurs de drapeaux, de casquette, de pins ou d’eau écoulent leurs marchandises. Certains manifestants fatigués, marquent des arrêts pour regarder le reste des cortèges avancer, prendre une bouteille d’eau ou même s’acheter des sandwichs.

C’est le moment idoine pour échanger avec ses accompagnateurs ou tout simplement avec de parfaits inconnus qui prennent une pause aussi. “Al hamdoullah, on a tenu. Ce sont-là les vrais élections contre les promoteurs du fait accompli”, dit un manifestant devant une pizzeria rue Hassiba Benbouali entre deux gorgées de limonade. Son voisin, les yeux rivés sur la foule, un sourire au les lèvres crie presque pour se faire entendre “nous n’avons pas le choix, nous n’avons pas peur, on tiendra jusqu’au bout”.

Une détermination partagée par les manifestants qui affluent vers l’avenue Pasteur depuis la place des Martyrs et Bab El Oued. Les mêmes visages souvent souriants, tendus parfois, déterminés toujours expriment la volonté d’un peuple sorti pour changer son destin. “Nous sommes les dignes héritiers du vrai novembre, on ne reculera devant rien”, répondent les manifestants à la question relative à la suite de ce face à face qui entame son 8e mois.   

“Nous sommes toujours dans la rue 32 semaines après et on ne rentrera pas avant d’avoir mis le pays sur les bons rails”, semble-t-on dire même si le doute et la lassitude ont visiblement gagné quelques uns.