TUNISIE
02/08/2018 17h:41 CET | Actualisé 03/08/2018 11h:21 CET

3 questions à Michael Béchir Ayari, auteur du rapport de l’International Crisis Group sur la crise politique que traverse la Tunisie

"Ce genre de situation peut devenir le lit de l’autoritarisme"

Anadolu Agency via Getty Images

Dans un rapport publié jeudi sous le tire: “Tunisie: dépasser les querelles pour restaurer la confiance”, l’International Crisis Group (ICG) revient sur la crise politique tunisienne autour du maintien ou non au pouvoir du chef de gouvernement, Youssef Chahed, et de la lutte pour le pouvoir entre Nida Tounes et Ennahdha.

“Cette crise paralyse l’action publique et le travail législatif, divise et discrédite la classe politique, minant la confiance à l’égard des institutions. Elle diminue la capacité du pays à faire face à des évènements imprévus, comme des attaques jihadistes ou des émeutes de grande ampleur, et alimente la tentation autoritaire” analyse l’ICG.

Le HuffPost Tunisie a interrogé Michael Béchir Ayari, analyste principal à Crisis Group et auteur du rapport, pour obtenir des précisions quant à la situation.

HuffPost Tunisie: Pour vous, quel est le pire scénario qui pourrait être causé par la crise politique actuelle?

 

Michael Béchir Ayari: Dans le pire des cas, il y aura un blocage total où rien ne pourra avancer. Il s’agit seulement de querelles politiciennes, mais elles ont un impact sur le travail des institutions, elles ralentissent considérablement le travail alors qu’il y a d’important enjeux économiques, sociaux et sécuritaires. Ce n’est pas une véritable catastrophe, mais toutes les actions publiques sont bloquées.

La haute administration, mais aussi les citoyens, en ont marre et pourraient perdre confiance en le gouvernement, et ce genre de situation peut faire le lit de l’autoritarisme: la classe politique serait vue comme corrompue.

Le problème est réellement entre l’État et les partis politiques. Il n’existe pas de règles fixées dans l’administration comme dans les vieilles démocraties et cela mène à une déstructuration. Il faudrait des règles, et que le système soit basé sur les compétences plutôt que sur les affiliations politiques.

 

Et les autres partis? Quel rôle jouent-ils dans tout cela?

 

Dans cette lutte ils ne sont pas vraiment concernés, c’est plutôt centré sur Nidaa Tounes et Ennahdha, même si l’UGTT et l’UTICA sont aussi concernées: leurs actions à la rentrée, s’ils poussent pour une rentrée sociale forte, sera à déterminer.

 

La formation d’une véritable coalition, ou la gouvernance par un des deux partis serait-ce une solution possible?

 

Actuellement, plusieurs choses sont en cours de réflexion, notamment la création d’un système avec une majorité claire pour gouverner, et une opposition, car la crise actuelle bloque et disperse les pouvoirs. Mais comme les élections approchent, de nombreuses questions se posent. On ne sait pas encore si Youssef Chahed va décider de créer un parti, et les partis déjà existants vont devoir se distancer pour s’affronter lors des élections. Mais quelle que soit la solution, il est nécessaire d’avoir un gouvernement -peu importe lequel- qui peut mener clairement le pays, mais aussi des institutions neutres.

 

Retrouvez le rapport intégral de l’International Crisis Group, intitulé: ”Tunisie: dépasser les querelles pour restaurer la confiance” ici.

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