ALGÉRIE
06/09/2019 17h:55 CET | Actualisé 06/09/2019 19h:26 CET

29e vendredi à Alger: regain de la mobilisation

NurPhoto via Getty Images
Protesters chant slogans as they march with Algerian national flags and anti-establishment signs during a demonstration against the ruling class in the capital Algiers on September 6, 2019, for the 29th consecutive Friday since the movement began (Photo by Billal Bensalem/NurPhoto via Getty Images)

Le hirak se porte bien. Aujourd’hui, 06 septembre 2019, 29 semaines après le déclenchement de ce mouvement populaire, les manifestants sont toujours aussi mobilisés. Dans la capitale, la mobilisation a enregistré un regain remarquable. Le matraquage de Gaid Salah sur les élections présidentielles a eu un effet inverse. Les protestataires “prêtent serment” de ne pas voter en présence des symboles du régime hérité de Bouteflika. A commencer par le vice-ministre de la Défense, le chef de l’Etat intérimaire et le Premier Ministre.

Ce regain était prévisible en raison de la rentrée sociale. Mais pas que. Les quatre discours de Gaid Salah, prononcés cette semaine à Ouargla, a sans doute mobilisé les foules. 

Le coup de force de l’Etat-Major militaire se précisait lundi lorsque son chef “suggérait”, par voie télévisée au chef de l’Etat par intérim, de convoquer le corps électoral le 15 septembre. Toutefois, la convocation du corps électoral est clairement une prérogative constitutionnelle du chef de l’Etat par intérim et non celle de Gaid Salah ou de tout autre responsable militaire. 

Ce dernier a insisté, dans un troisième discours, sur l’attachement du commandement de l’armée à la “solution constitutionnelle”, affirmant que “le peuple algérien revendique avec insistance des élections présidentielles”. 

A l’obstination de Gaid Salah à organiser, bon gré mal gré, des élections présidentielles dans les conditions politiques actuelles, les protestataires ont répliqué par une recrudescence de leur mobilisation. 

Plus nombreux

Le regain était remarquable, à se référer à plusieurs indicateurs. Il suffisait, par exemple, de constater la vitesse avec laquelle la première procession s’est formée à la fin de la prière du vendredi, à la rue Didouche Mourad. Les premières lignes, habituées à temporiser en attendant l’arrivée des autres manifestants, se sont, cette fois-ci, vite emplies pour entamer leur descente vers la Place Audin. 

En bas, où se tenaient les dizaines de policiers chargés de confiner la trajectoire des manifestants, la rue Didouche apparaissait déjà noire de monde. 

Le reste de la rue était encore vide. Il fallait marcher jusqu’à la rue Abdelkrim Khattabi pour rencontrer, comme d’habitude, quelques centaines d’autres protestataires, qui scandaient déjà leur refus de prendre part à ces élections présidentielles.

Les forces de l’ordre, elles, ne semblaient pas s’attendre à ce regain. A la rue du 19 mai 1959, reliant la rue Pasteur à la rue Didouche tout en longeant la faculté centrale, un cordon a été installé pour obliger les manifestants à poursuivre leur marche vers la Grande-Poste.

Le cordon n’a pas tenu plus de cinq minutes. Les quelques policiers, qui sommaient des habitants du quartier, de retour de la mosquée, à contourner le dispositif pour rentrer chez eux, se sont vite retrouvés dépassés, submergés par deux foules. Une procession de quelques centaines de personnes avait emprunté la rue Pasteur et descendait vers la rue Didouche tandis qu’une marée humaine, arrivée à hauteur du cordon, ralentissait sciemment pour les accueillir.

La rue Hassiba a également été “envahie” plus tôt que d’habitude. Contrairement aux précédents vendredis, où les manifestants venus des quartiers du 1e Mai, Belcourt, Ruisseau et Kouba affluaient par groupes, une première file, compacte, s’étendait lors de ce 29e vendredi jusqu’à la rue Victor Hugo. 

Une autre procession, moins importante, avait déjà emprunté le Boulevard Amirouche pour se diriger à la Grande-Poste tandis que d’autres restaient immobiles à la Place Mauritania, à attendre l’arrivée de ceux qui étaient derrière.

Le Jardin Khemisti était noir de monde. Des manifestants, âgés notamment, s’abritaient sous l’ombre pour reprendre leur souffle. 

“Pas de vote, tirez si vous voulez”

Arrivée à la rue Abdelkrim Khettabi, la foule venue de Hassiba stoppait nette son avancée. La foule de quelques centaines de personnes qui était déjà mobilisés à la fin de la prière semble avoir triplé de volume. Les manifestants avaient déjà à quitter la procession, pour monter vers la rue Pasteur ou revenir vers la rue Didouche Mourad.

Des arrêts de bus jusqu’à l’Esplanade de la Grande-Poste, les manifestants scandaient, en choeur, leur refus de prendre part à ces élections présidentielles. “Y aura pas de vote, vous ne les organiserez pas, on vous le promet”, scandait-on.

Les protestataires prêtaient serment de ne pas prendre part à ces élections, “tant que les têtes de Bedoui et Bensalah ne tombent pas”. Ils ont également prêté serment “de ne pas arrêter leur mouvement”, “même face à des balles”. 

Les manifestants continuaient à affluer du haut de la rue Didouche Mourad. Le cordon qui séparait la rue Pasteur de la rue Didouche n’était plus là. Devant la faculté centrale, une autre procession se dirigeait vers la Grande-Poste. Le trottoir était cette fois-ci plein à craquer et les manifestants avançait tout doucement, par plusieurs files.

Vers 15H30, une autre marée humaine, chapeautée de dizaines de drapeaux, de banderoles et de pancartes, s’étendaient de la Place Audin jusqu’a la rue Didouche. Alger a retrouvé ses foules ce 6 septembre.