ALGÉRIE
30/08/2019 17h:30 CET | Actualisé 30/08/2019 18h:03 CET

Canicule ou pas, les manifestants toujours aussi déterminés lors du 28e vendredi

RYAD KRAMDI via Getty Images
A protester waves a national flag during a demonstration against the ruling class in Algeria's capital Algiers on August 30, 2019, for the 28th consecutive Friday and marking six months since the movement began. (Photo by RYAD KRAMDI / AFP) (Photo credit should read RYAD KRAMDI/AFP/Getty Images)

Les manifestants sont toujours aussi déterminés à en finir avec l’ancien système. Ni le ramadan, ni les vacances, encore moins les canicules de l’été n’ont finalement affaibli leur mobilisation. Aujourd’hui, 30 août 2019, ils ont marché pour le 28e vendredi de suite contre le pouvoir en place, à commencer par Abdelkader Bensalah, Gaid Salah et Nourreddine Bedoui.

Lors de ce vendredi, le dernier du mois d’août avant la rentrée sociale, ils ont répondu, du tac au tac, aux sommations militaires de prendre part aux prochaines élections présidentielles. Ils n’ont pas omis de fustiger l’Instance de dialogue coordonnée par Karim Younes. 

Aux rejets catégoriques de toute transition par le vice-ministre de la Défense, ils ont rappelé “la souveraineté du peuple qui veut une période de transition”.

Les manifestants dégageaient autant d’énergie que les précédentes semaines, plus de six mois après le début du hirak. A la fin de la prière du vendredi, les slogans fusaient de partout. “Etat civil et non militaire” ou encore “les généraux, à la poubelle et l’Algérie aura son indépendance” étaient scandés par la première procession, qui descendait à la rue Didouche, à la rencontre du dispositif sécuritaire installé comme à son habitude.

Contrairement à la matinée, où les forces de l’ordre ont opéré plusieurs interpellations, le cordon anti-émeutes cédait la chaussée aux dizaines de milliers de protestataires qui affluait par groupes. De la Place Audin apparaissait une marée humaine, sur laquelle flottaient des drapeaux et où l’on voyait des pancartes et des banderoles, descendant lentement du haut de la rue Didouche. 

A la rue Abdelkrim Khettabi, quelques centaines de protestataires étaient déjà ”à leur poste”, reprenant, dans une ambiance festive, les slogans déjà entonnés plus haut, hostiles au chef d’Etat-major et à la tenue des élections dans les conditions actuelles. 

″سيادة شعبية مرحلة انتقالية”

Lorsque la première procession arrive à la Place Audin, la rue Hassiba était encore vide. Les manifestants habitant les quartiers du 1e Mai, de Belouizdad, de Ruisseau n’avaient pas encore atteint la Place. Il fallait attendre quelques dizaines de minutes, pendant lesquelles le rassemblement à la rue Didouche devenait de plus en plus dense pour voir une procession avancer lentement vers la Place Mauritania.

On scandait également “Souveraineté populaire, période de transition”, un slogan qui avait fait son apparition chez des manifestants durant les premières semaines, qui appelaient plusieurs personnalités à mener une instance de transition. 

Le slogan était, cette fois-ci, une réponse aux dernières interventions du chef de l’armée, Gaid Salah, sur la situation politique algérienne.

Après avoir insisté sur “la tenue des présidentielles dans les plus brefs délais”, il a balayé de la main la proposition du panel de Karim Younes de garantir la révision de la Constitution et les réformes exigées par les Algériens à travers une “charte d’honneur”, que le futur président se devrait de respecter. 

Il avait, quelques semaines auparavant, rejeté toute transition, insistant, encore et toujours, sur des élections présidentielles. 

Après avoir rejeté les ”élections avec la bande”, les protestataires, dans plusieurs rues de la capitale, ont cette fois-ci appelé à une période de transition. 

Dernier vendredi du mois d’août

Le nombre de manifestants augmentait tout au long de l’après-midi au coeur de la capitale. D’autres processions ont rejoint la rue Abdelkrim Khettabi, devenue noire de monde vers les coups de 15H. 

Les habitants des quartiers de Bab El Oued et la Place des Martyrs rejoignaient également les autres manifestants via la route des frères Asselah, avant de monter vers la rue Pasteur et redescendre par la rue du 02 mai pour faire jonction avec la foule de la rue Didouche. 

A l’instar des précédentes semaines, les manifestants n’affluaient plus dès la fin de la prière. En raison des fortes chaleurs du mois d’août, les manifestations du vendredi à Alger ne cessaient de gagner en nombre jusqu’à la dispersion des protestataires, qui s’effectuaient également en procession dans le sens inverse. 

Aujourd’hui, 5e et dernier vendredi du mois d’août avant la rentrée sociale de septembre, les manifestants ont démontré que les vacances ou encore la canicule n’ont impacté ni leur énergie, ni leur moral, ni leur mobilisation. Beaucoup misent sur un durcissement du hirak avec la rentrée.