ALGÉRIE
09/08/2019 17h:29 CET | Actualisé 11/08/2019 21h:58 CET

25e vendredi à Alger: Les manifestants fustigent Karim Younes et se désintéressent de la querelle "des généraux"

RYAD KRAMDI via Getty Images

“Valorisés” officiellement par Gaid Salah, les “efforts” du panel de Karim Younes sont rejetés par les manifestants lors de ce 25e vendredi à Alger. Les protestataires ont fustigé le coordinateur de cette commission, ancien P/APN sous Bouteflika, le qualifiant de “traitre” et “membre de la bande”. Aujourd’hui, 09 août 2019, les protestataires ont fait savoir que le conflit “Nezzar-Gaid” ne les intéresse pas, renvoyant les deux généraux dos à dos ... ”à la poubelle”. 

Les propositions de cette commission de dialogue et les sommations du chef d’Etat-major, Gaid Salah, de tenir des élections présidentielles dans “les plus brefs délais”, “solution idéale de sortie de crise” de leur avis, sont toujours rejetées par la rue.

Dans les principales artères de la capitale, on scande plutôt son refus de dialoguer avec la bande, encore moins de voter dans un scrutin organisé par le gouvernement Bedoui.

Les manifestants étaient toujours survoltés à la fin de la prière, malgré un soleil de plomb. A la rue Didouche Mourad, on a vite commencé à scander son rejet d’un Etat militaire. “Doula Madania, Machi 3askaria” laissait place, de temps à autre, aux avertissements des manifestants de recourir à la désobéissance civile, à travers le slogan “Rahou djay, rahou djay, el 3isyan el madani”. 

Comme à leur accoutumée, plusieurs processions ont déferlé du haut de la rue Didouche, de la Place du 1e Mai, de la rue Hassiba, du boulevard Amirouche jusqu’à la Grande-Poste. Un dispositif sécuritaire identique à celui installé les précédentes semaines quadrillait le monument et rétrécissait certains tronçons.

“Karim Younes, à la poubelle”

Ce 25e vendredi intervient après une semaine marquée, de prime abord, par les déclarations de Karim Younes et les propositions de son instance. Lors d’une conférence de presse, animée hier à Alger, les personnalités de cette commission ont prôné la tenue d’une présidentielle, “seule voie pour le règlement de la crise”. 

Le coordinateur de ce panel a appelé au dialogue, “moyen le plus sûr pour aboutir à une solution consensuelle”. Rappelant le rôle de ces personnalités, c’est-à-dire la médiation entre des acteurs politiques, M. Younes et ses camarades ont préconisé “la tenue d’une conférence nationale dont la mission est de convoquer une commission en charge de préparer, d’organiser et de contrôler des élections présidentielles”.

Menés par la constitutionnaliste Fatiha Benabou, ils ont rejeté la mise en place d’une assemblée constituante, “au vu de ses répercussions négatives”, citant l’exemple libyen tout en omettant de citer le cas tunisien à la chute du président Ben Ali. 

Karim Younes a souligné, lors de la même conférence, que les membres de son instance “ne représente ni le pouvoir, ni le hirak”. Il a déclaré que son instance partage même “les revendications du mouvement populaire relatives aux droits et libertés individuelles et collectives, ainsi qu’aux garanties d’organiser une Présidentielle intègre”.

Pourtant, les “efforts” de cette commission sont rejetés par le mouvement populaire et “valorisés” par le chef de l’armée, Gaid Salah.

Lors de ce 25e vendredi, à peine la marche entamée, ils ont vite commencé à fustiger l’ex-Président de l’APN. Ils entonnaient ainsi “Karim Younes, à la poubelle”, “Karim Younes, m3a el khawana” ou encore “m3a el 3issaba”.

Sabrina qualifie le coordinateur du panel de “naïf”. “Il ne peut partager les mêmes revendications du mouvement, surtout en ce qui concerne des élections transparentes, en suggérant des présidentielles en présence des symboles qui ont trafiqué les dernières élections et bafoué la constitution”. La quadragénaire estime que Karim Younes tente de vendre aux Algériens la feuille de route du pouvoir en place. “Il a demandé des mesures d’apaisement mais s’est fait violemment rebuté par Gaid Salah. Il a présenté une feuille de route concordantes à la sienne et voilà que ses efforts sont “valorisés”″, fait-elle remarqué.

Lors de la même conférence, Ammar Belhimer, membre du panel, a expliqué que “le mandat du président élu devrait être un mandat de transition, suggérant un engagement des candidats à la présidentielle en signant une “charte d’éthique”. Hocine, 27 ans, est amusé. “Cette déclaration m’a faite rire. Nous sortons depuis 25 semaines face à un pouvoir qui fait de notre Constitution une serpillère, et ce monsieur mise sur un “engagement” pour nous garantir un président de transition ?”, s’interroge-t-il à son tour. 

En tous cas, les espoirs de Karim Younès à ce que les mesures d’apaisement soit concrétisées restent pour le moment vains. 

Gaid Salah et Khaled Nezzar, ”à la poubelle” aussi

Les manifestants n’ont pas uniquement rejeté un “Etat militaire”. Ils ont également exprimé leur ras-le-bol des “généraux”, au lendemain d’une vidéo diffusée par l’ex-ministre de la Défense, Khaled Nezzar, dans laquelle il a appelé l’ANP à “agir” contre son chef, Gaid Salah.

Mardi, le tribunal militaire de Blida a annoncé avoir émis un “mandat d’arrêt international”, officiellement une notice rouge, contre le général à la retraite, son fils Lotfi Nezzar et Farid Benhamdine. Ils sont accusés de “complot” et de “trouble à l’ordre public”. Des accusants pouvant être punies par la peine de mort.

Deux jours plus tard, Khaled Nezzar publie une vidéo longue d’une vingtaine de minutes pour dénoncer le chef d’Etat-major, l’accuser d’avoir détourné la “révolution du 22 février” avant d’appeler l’ANP à “agir” en accord avec les revendications populaires. 

La plateforme Youtube, où la vidéo a été publiée, a été bloquée quelques minutes plus tard, sur l’ensemble du territoire algérien. Sur les réseaux sociaux, les internautes ont fait de la querelle “Nezzar-Gaid” leur choucroutte. 

Les protestataires, eux, n’ont accordé qu’une maigre importance à ce “clash”. Ils scandaient, au début de la marche dans la matinée à la rue Didouche Mourad, “Gaid Salah, Khaled Nezzar, à la poubelle” ou encore “Y en a marre des généraux”. 

“Ya hna ya ntouma”

Les manifestants ont surtout rappelé, lors de ce 25e vendredi, que la rentrée sociale, en septembre, est à deux semaines. Dans plusieurs artères du pays, ils disaient au pouvoir en place leur détermination à ne pas cesser leurs marches jusqu’à son départ. ” Ya hna ya ntouma, maranach habsin”, entendait-on, à maintes reprises, dans plusieurs rues du centre de la capitale.

D’autres, sur un ton plus ironique, promettaient “de ne pas nager”, soit de ne pas partir en vacances tant que le pouvoir est encore en place. 

“Il ne reste que deux vendredis avant la rentrée”, a fait rappeler un manifestant à un autre. “Je te jure, je te promets qu’ils finiront par en avoir marre de ces marches pacifiques et s’en aller”.

Beaucoup de manifestants tablent ainsi sur la rentrée sociale en septembre et la baisse de la température pour “revigorer” le mouvement populaire. “Nous pourrons exercer la pression sur plusieurs fronts”, estime Rabah. 

Lors de ce vendredi, ils ont également exigé la libération des détenus d’opinion, à la veille de l’Aid Al-Adha.