ALGÉRIE
06/08/2019 14h:59 CET

24e mardi: Les étudiants, ceux qui marchent avec eux et la "désobéissance civile"

Hamdi Baala
24e manifestation des étudiants, le 6 août 2019 à Alger. 

Mardi 6 août. 24e rendez-vous hebdomadaire des étudiants depuis le début de la révolution du 22 février. Sous la chaleur estivale les universitaires ont marché à Alger, soutenus par des citoyens de tout âge qui ont manifesté avec eux.

Rassemblés à la place des Martyrs à partir de 9h30, les étudiants ont d’abord organisé un débat ouvert. Ils ont constaté la baisse de la mobilisation, due notamment aux vacances ou aux examens dans la plupart des facultés. Les intervenants ont discuté de l’option de suspendre les manifestations du mardi jusqu’à la rentrée, mais la plupart ont préféré la poursuite de ces rendez-vous.

 

“Avec les manifestations des mardis, nous maintenons la pression sur le pouvoir, car les vendredis ne suffisent pas. Nous devons continuer”, lance un étudiant. “Nous sommes ici pour vous soutenir”, ajoute plus tard un homme âgé.

Ce mardi plus que les précédents, ce soutien d’autres tranches de la société était visible. La marche a démarré peu après 10h en direction de la Grande Poste et quasiment la moitié des manifestants était des hommes et des femmes d’un certain âge. 

“Avec eux (les étudiants) jusqu’à la fin, jusqu’à la victoire!”, scande un sexagénaire, une écharpe aux couleurs nationales autour du cou. 

 

“Pas de dialogue avec le gang au pouvoir”

Comme la semaine dernière, les étudiants ont fustigé le “panel du dialogue” dont Karim Younes, ancien président de l’APN, est le coordinateur. “Quelle honte! un dialogue dirigé par le gang au pouvoir” ou “Karim Younes, dégage dégage”, ont-ils scandé. 

Les manifestants ont également répété des slogans comme “doula madaniya, machi aâskariya” (un Etat civil, non militaire), “sahafa hourra, adala moustaqilla” (une presse libre et une justice indépendante) ou encore “Gaïd Salah dégage”. 

 

La “désobéissance civile”

Lors des manifestations de vendredi dernier, un nouveau slogan avait fait son apparition. “Rahou jay rahou jay, el îssiyane el madani” (La désobéissance civile arrive). Cette “menace” d’une escalade de la lutte pacifique a fait couler beaucoup d’encre sur les réseaux sociaux, entre soutiens et détracteurs. 

A la marche des étudiants, des manifestants venus les soutenir ont scandé ce slogan mais les universitaires ne l’ont pas repris. Pourquoi? “C’est une question dont nous n’avons pas encore discuté, nous n’avons donc pas encore tranché sur cette histoire de désobéissance civile”, indiquent deux des étudiants-organisateurs de la manifestation. 

Mais d’autres étudiants ont un autre avis. “Bien sûr que je suis pour la désobéissance civile si le pouvoir ne répond pas aux revendications du peuple”, tranche Amina, une étudiante en pharmacie. 

Un des arguments avancés contre une éventuelle désobéissance civile a été l’absence de structures qui peuvent l’organiser. Pour Amina, l’absence d’un société civile puissante reste un problème, “mais si les grandes compagnies et des secteurs comme l’éducation et les transports rejoignent cette action, elle peut réussir”. 

“Je suis pour mais ça devrait rester comme une dernière carte à jouer si les manifestations n’apportent pas le changement demandé”, nuance une étudiante en maths et informatique.