ALGÉRIE
12/07/2019 18h:25 CET

21e vendredi à Alger: les manifestants tiennent à une "Dawla Madaniya"

France 24

A la rue Didouche-Mourad, la prière du vendredi venait de se terminer. Les pratiquants avaient à peine effectué les salutations finales que des “Dawla madania, machi 3askaria” fusent de partout, en choeur, avec force, jusqu’aux cieux.

Les Algériens ont vite annoncé la couleur de ce 21e vendredi. Il s’agit, encore et toujours, de rejeter un état militaire, aspirer à un état civil et répliquer, par la même occasion, au chef de l’Etat-major. Ils veulent une “doula madania” (Etat civil). Ils l’ont de nouveau affirmé ce 21e vendredi de manifestation. 

Aujourd’hui, 12 juillet, ils ne se sont aucunement souciés des menaces de Gaid Salah. Encore moins de figurer, à ses yeux, comme “des traitres à la solde de cercles hostiles à l’Algérie”. Les manifestants, rappelant que “leblad bladna”, n’ont cessé de scander “dawla madania machi 3askariya”. Ils ont qualifié le chef d’Etat-major, comme “chef de la bande”.

 “L’accompagnement” policier a encore été effectif. Alger était quadrillée, voire étouffée. Un dispositif sécuritaire renforcé par rapport à la précédente semaine occupaient les principales artères de la capitale. Après avoir procédé à des interpellations et des fouilles minutieuses durant les rassemblements de la matinée, les forces de l’ordre se sont montrés moins “entreprenants” et “provocateurs” se contentant de bloquer les accès aux trémies, tunnels et places symboliques. 

Leur réaction était tout de même appréhendée. Ont-ils reçu des instructions ? Vont-ils réprimer les manifestants une fois que le slogan évoqué par Gaid Salah sera scandé ? Rejeter un état militaire est-il “interdit” tout comme le drapeau berbère désormais ? Des interrogations que les manifestants ont décidé de défier.  

La première procession de manifestants, sortant par les ruelles reliant la rue Didouche Mourad à Khelifa Boukhalfa, s’est vite formée. Debout, en attendant que les autres les rejoignent, ils criaient, tous ensemble, pendant de longues minutes, “Doula Madania, machi 3skariya” ou encore “Had cha3b la yourid, houkm el 3asker min jadid”. 

“Aux dernières nouvelles, demander un état civil fait de toi un traître. Par contre, lécher les bottes à quelqu’un fait de toi un bon citoyen. Que c’est génial!”, lit-on sur une pancarte.

Une procession, désormais unifiée, a commencé à déferler vers la Place Audin dont les accès ont été bloqués par plusieurs cordons de forces de l’ordre. Ils scandaient, sans cesse, ce slogan qualifié par le chef de l’état major comme “mensongers aux intentions et objectifs démasqués”.

Tout au long de la rue Didouche, les manifestants n’ont pas manqué, comme à leur habitude, de fustiger le chef de l’Etat-major militaire. “Gaid Salah Dégage”,  “Djeich, Chaab, khawa khawa, ou Gaid Salah m3a el Khawana”, criait-on, ou encore “La ilaha illa allah ou Gaid 3adou allah”. 

Mais, arrivés à la Place Audin, ils ont repris, de plus belle, le slogan hostile à un état militaire. Défiant le dispositif installé à ce niveau-là, ils ont également exprimé leur refus d’un ”état policier”. 

A la rue Abdelkrim Khattabi, des centaines de manifestants étaient déjà rassemblés, empêchés de se rendre à l’esplanade de la Grande-Poste par un autre cordon de policiers. La procession qui arrivait de la rue Didouche n’avait pas encore dépassé l’entrée principale de la Faculté centrale que le même slogan était repris par ces centaines de manifestants. Eux aussi ont répliqué au chef de l’armée, scandant, “main dans la main, nous enlèverons  la bande puis Gaid”. 

Il était 14H et le centre-ville de la capitale devenait peu à peu noir de monde. Le Boulevard Amirouche était toujours vide. Quelques manifestants, drapés de l’emblème national se dirigeaient à la Grande-Poste. Au loin, la trémie menant à la rue Hassiba était bloquée par des fourgons. De l’autre côté, un cordon des forces de l’ordre était debout, casques et boucliers en mains.

A l’horizon, au pied de la rue Victor Hugo, des drapeaux géants s’approchaient. Ils annonçaient une procession grandiose. Les policiers ont reçu l’ordre de mettre leurs casques, de rabattre les visières et de lever leurs boucliers. 

Les échos peu audibles devenaient peu à peu facilement perceptibles et le même message était entonné par ces manifestants. Ils rejetaient eux aussi l’état militaire et reprenaient, en entendant des feux d’artifice, le slogan phare du vendredi dernier, lors du 05 juillet, “cha3b, yourid, istiqlal”.

La procession s’est également dirigé à la Grande-Poste après voir emprunté le boulevard Amirouche. Tandis que certains continuaient leur montée via la rue Pasteur, d’autres se sont arrêtés à la rue Abdelkrim Khattabi.

Lors de ce 21e vendredi, les Algériens n’ont pas omis de rendre hommage au moudjahid Lakhdar Bouregaa, placé sous mandat de dépôt pour avoir exprimé son opinion. Il est accusé d’avoir “porté atteinte au moral de l’armée”. “Ya Amirouche ya El Houas, moudjahidine rahoum f’lahbes”, scandait-on au Boulevard Amirouche. A quelques mètres de la Grande-Poste, les manifestants exigeaient la libération des détenus. “Etelgou wladna, yal haggarine”. 

Après avoir exigé leur indépendance de ce pouvoir, les Algériens, dans plusieurs wilayas du pays, ont répliqué au discours du chef de l’armée en rejetant encore un état militaire.