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13/04/2019 16h:21 CET | Actualisé 13/04/2019 16h:21 CET

[+212] S'engager en 2019

"Aujourd’hui, je m’autorise à définir mon action politique selon mes propres termes et à l’envisager comme telle sans qu’elle soit partisane."

Christoph Hetzmannseder via Getty Images

La rubrique +212 est un espace de dialogue et d’échange, une fabrique d’idées. Elle rassemble un faisceau de regards sur le Maroc, formulés de l’extérieur vers l’intérieur par des plumes expatriées, exilées, émigrées, nomades, membres de la diaspora marocaine à l’étranger.

Je suis arrivée à un âge que certaines personnes s’obstinent à ne pas prendre en compte pour continuer à me parler comme à une enfant. Probablement, lors de notre dernière interaction, qui remonte en général à plus d’une décennie, j’étais encore ce que l’on appelle une enfant. Je collectionne ce genre de remarques, notamment celles qui parfois, sont empreintes d’une bienveillance électrisante. Dans ce cas précis, elle est accentuée par l’effet de surprise d’une rencontre fortuite dans l’aéroport provincial d’une capitale. Je vous laisse deviner duquel il s’agit.

Un monsieur, dont je ne me souvenais pas mais qui lui semblait se souvenir de ma version bêta, me lance avec les politesses d’usage:

Lui: “Alors tu es allée à Sciences Po mais tu ne fais pas de politique, non?

Moi, hésitant entre une réponse simple et une réponse complexe, avant d’abdiquer d’avance, coupable de lassitude avec préméditation: “Non. Du moins pas encore.”

Lui: “C’est bien ce que je pensais, tab3a lflouss bhal nnass” (Tu suis l’argent comme tout le monde).

Fin de la conversation.

Ce bref échange m’a épuisée à bien des égards mais j’ai constaté que cette remarque, ou question, si toutefois il fallait la considérer comme telle – relative à mon engagement politique/en politique me revenait à la figure assez régulièrement, de façon plus ou moins élégante. Du fait de ma formation semblerait-il, du fait de ma grande gueule peut-être, mais pas seulement.

Je suis passionnée de politique depuis longtemps dans le sens où le rapport au pouvoir me fascine en tant que tel. Vivre avec les autres, faire société, dans la justice et la dignité est un des idéaux qui m’anime. Je savais, ou du moins j’étais convaincue assez jeune, que je voulais me former dans ce sens, en faire mon travail. Il aura fallu quelques expériences #nofilter pour réaliser que je ne me voyais ni encartée, ni mandatée par autrui. Pour ces raisons, je ne me suis pas sentie légitime de revendiquer une forme d’engagement politique, du moins au sens strict, pendant un certain temps.

A l’inverse, aujourd’hui, je m’autorise à définir mon action politique selon mes propres termes et à l’envisager comme telle sans qu’elle soit partisane. Mon vrai point ici, c’est de reconnaître dans tout ce chaos, la chance de vivre à une époque où on peut choisir et mener une action politique qui nous ressemble et pas l’inverse. Sans enfiler le costume s’il est inconfortable, mal coupé, trop serré. Sans adopter le jargon s’il est lourd, irritant, ridicule, obsolète.

A une époque où la force du local et du global viennent questionner le sens du national, les modalités de l’engagement politique ont déjà changé. Aujourd’hui j’ai la chance de m’exprimer, penser et agir entre plusieurs territoires certes, mais aussi autour de thématiques qui me traversent et que je considère importantes, en cohérence avec ma situation diasporique, binationale, mais aussi millenial, féminine, etc.

J’ai sollicité Yazid Arifi pour une contribution à +212 cette semaine justement parce que je voulais comprendre le cheminement intellectuel et politique qui lui a fait faire de la politique avec un grand P, celle-là même dans laquelle je n’arrive pas du tout à me projeter alors que j’ai tous les outils pour. J’étais curieuse de savoir comment et pourquoi un étudiant marocain à HEC se retrouve dans les listes électorales de la France Insoumise.

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