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22/07/2019 14h:52 CET | Actualisé 22/07/2019 14h:54 CET

[+212] "My Cha3kouka", mon projet entrepreneurial pour célébrer les cheveux naturels

"Née en France, c’est au Maroc que j’ai choisi d’entreprendre en essayant de donner vie à ces dynamiques autour de l’acceptation de soi."

My Cha3kouka/Instagram

La rubrique +212 est un espace de dialogue et d’échange, une fabrique d’idées. Elle rassemble un faisceau de regards sur le Maroc, formulés de l’extérieur vers l’intérieur par des plumes expatriées, exilées, émigrées, nomades, membres de la diaspora marocaine à l’étranger.

Je m’appelle Rita Abchar et j’ai 28 ans. Je suis née de parents marocains à Paris et j’ai grandi en banlieue. A travers ma formation, j’ai intégré le monde de l’entreprise très tôt et je suis devenue consultante en finance. On peut considérer que cela fait presque dix ans que je navigue de grands groupes en grands groupes, d’open space en open space.

En dehors du bureau, je voyage dès que j’en ai l’occasion, je passe mon temps au cinéma, je lis, je vais à des conférences, j’écoute des podcasts… Toute cette nourriture intellectuelle stimulait en moi des envies de renouveau. Comment allier mes passions et préoccupations profondes avec une activité professionnelle? La réponse: entreprendre! Je n’avais jamais eu d’idée, ni même d’envie d’entreprendre avant cette année 2019 et puis je me suis lancée.

J’ai décidé de créer My Cha3kouka: le premier espace beauté entièrement dédié aux cheveux bouclés, frisés et naturels, au Maroc. J’ai choisi volontairement ce nom car c’est une expression populaire qui parle à tout Marocain qui se respecte. Une désignation péjorative au départ qui évoque des cheveux perçus comme non coiffés, non lissés. J’ai constaté sur les réseaux sociaux que de nombreuses jeunes femmes se réapproprient ce terme, elles s’appellent entre elles “Cha3koukat”, alors j’ai voulu le revaloriser et en faire un étendard.

Ce projet m’est venu de différentes rencontres et inspirations. J’ai moi-même les cheveux bouclés, j’ai expérimenté le fait de grandir sans modèles de représentations, dans une société régie par les standards de beauté occidentaux. Je n’ai pas toujours accepté mes cheveux au naturel, au lycée je consacrais chaque dimanche à me lisser minutieusement les cheveux, et je ne sortais jamais sans parapluie. C’était tout une logistique.

Puis arrivée à la fac, je prends conscience que j’ai passé des années à dénaturer mes cheveux, à me rendre dépendante de lissages et brushings et finalement à nier une partie de mon identité. C’est sur YouTube que j’ai découvert des filles afro américaines, hispaniques, caribéennes qui, outre-Atlantique, arboraient leurs magnifiques chevelures. En France, des marques spécialisées ont vu le jour et le phénomène a suivi. J’ai donc peu à peu réussi à faire ma transition capillaire mais aussi mentale, en m’entourant de personnes ayant des connaissances dans ce domaine et qui sont devenues mes ami.e.s.

J’ai commencé à porter mes cheveux naturels en toutes circonstances, au travail, au cours d’entretiens d’embauche, dans des situations de représentation. La transmission joue un rôle essentiel, mon expérience a pu servir à mes deux petites sœurs de 20 et 15 ans qui ne se sont jamais lissé les cheveux, et portent fièrement leurs boucles. Mais qu’en était-il de mes petites cousines marocaines?

Fille de Marrakchis, je suis très attachée à mes origines. C’est au Maroc que j’ai choisi d’entreprendre en essayant de donner vie à ces dynamiques autour de l’acceptation de soi et du cheveu naturel. Le marché étant déjà assez concurrentiel en France et assez “mature” sur ces questions. J’aime l’idée de créer des ponts, des passerelles. C’est une démarche personnelle qui correspond à une envie de participer et prendre part au dynamisme et à la créativité que je perçois au Maroc.

Ce projet s’inscrit dans une envie de prouver que nos cheveux sont bien plus que des cheveux. Ils sont un des marqueurs identitaires et politiques de notre histoire, un héritage à célébrer.

Pour démarrer cette aventure, je me suis décidée à candidater à la 12ème édition du programme Tremplin Maroc, de l’association Maroc Entrepreneurs. C’est une association basée à Paris, qui encourage notamment l’entreprenariat au sein de la diaspora. J’ai eu la chance d’être sélectionnée. Ainsi, depuis mai, je bénéficie d’un accompagnement et d’une formation de qualité pour m’aider dans la construction de mon projet par des personnes qui ont une excellente connaissance du marché marocain que je découvre.

C’est une toute nouvelle expérience pour moi, je suis la seule née en France et j’évolue dans un tout nouvel écosystème fait de personnes très enrichissantes mais aussi très différentes de moi. C’est un dispositif innovant, constitué de personnes passionnées d’entreprenariat. L’ensemble des porteurs de projets et des membres de l’association ont grandi au Maroc. Ils et elles ont donc un parcours différent du mien. Ils ont souvent fait des formations d’excellence ou sont déjà chefs d’entreprise. Pour autant, ils ont bien compris les motivations liées à mon projet et m’ont fait le plus bel accueil.

Je souhaite créer mon entreprise et partir vivre au Maroc, peut-être à la recherche d’une meilleure qualité de vie, d’une nouvelle expérience professionnelle et d’un cadre culturel différent. Je travaille actuellement sur l’organisation d’un premier évènement à Marrakech. A travers My Cha3kouka, j’écris jour après jour une histoire d’amour à mon pays d’origine et surtout je pars à sa découverte. J’appréhende la diversité de sa beauté, sa richesse culturelle, ses réalités sociales et ses contradictions. Et je rends hommage à mes chers parents.

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