LES BLOGS
14/12/2018 09h:42 CET | Actualisé 14/12/2018 10h:09 CET

[+212] Le mariage à tout prix?

"Plus les années passaient, plus mon célibat devenait un poids aux yeux de tous."

Image Source via Getty Images

La rubrique +212 est un espace de dialogue et d’échange, une fabrique d’idées. Elle rassemble un faisceau de regards sur le Maroc, formulés de l’extérieur vers l’intérieur par des plumes expatriées, exilées, émigrées, nomades, membres de la diaspora marocaine à l’étranger.

PARIS - Lorsque j’ai décidé de rentrer au Maroc après mes années étudiantes parisiennes et un passage à Londres, c’était les étoiles plein les yeux que j’affrontais de nouveau ma ville de cœur: Casablanca. J’avais 25 ans, j’avais passé mes années à l’étranger avec un grand sentiment de liberté et une indépendance totale, vis-à-vis de ma famille mais aussi de mes fréquentations masculines. Je me sentais vraiment libre, loin de la société marocaine, centrée sur mes activités artistiques, mon travail, mes amis, mes loisirs. Peut-être que ça peut sembler étrange, mais je ne me doutais pas une seule seconde qu’être célibataire au Maroc pouvait être aussi problématique aux yeux de la société.

Plus les années passaient, plus mon célibat devenait un poids aux yeux de tous sauf des miens.

En tant que femme active et indépendante, à une période foisonnante d’opportunités pour ma carrière, mes journées étaient déjà bien remplies et ne me permettaient en aucun cas de penser à un homme dans ma vie.

En rentrant chez moi le soir j’étais régulièrement rappelée à l’ordre par mes parents, souvent autour du repas familial. “Il faut que tu te trouves un mari maintenant ça ne peut pas continuer comme ça… Les années passent et tu finiras seule.” J’avais beau leur expliquer que c’était un choix, mon choix, rien à faire. Ma mère se permettait d’ajouter: “Le fils de mon amie Najia, grand avocat de la place, cherche à se marier. Tu devrais le rencontrer, tu ne perds rien à le connaître.”

J’ai atteint un point où je n’arrivais plus à me contenir. Mon cœur éclatait, je voulais juste qu’on me laisse tranquille. J’avais une nouvelle priorité: sortir de mon cocon familial qui était devenu toxique au quotidien. J’ai même envisagé de quitter le Maroc et ne jamais revenir. Pour aller où? Aucune idée mais loin. Retourner en France peut-être ou même plus loin encore pour ne plus entendre ces sottises. J’ai pensé à New York en me disant que je serais vraiment loin de cette société de merde. 

Cette pression, que je qualifierai de harcèlement, s’est immiscée partout autour de moi. Un passage chez le coiffeur pour changer d’air ou du moins c’est ce que je pensais. J’y rencontre Halima, la meilleure amie de ma mère, qui avant même de me saluer, et au lieu de me demander comment vont mes projets auxquels je consacre tout mon temps et mon énergie, m’envoie un “Tu t’es trouvé un copain pour le mariage?” Mon dieu, j’ai envie de fuir en courant. Mon crâne a littéralement hurlé de douleur, je me rends donc à la pharmacie pour m’acheter du Doliprane. La pharmacienne ne m’épargne pas: “On m’a dit que Hamza et toi c’était fini...” “Majach ikhtab?” (“Il n’est pas venu demander ta main?”)

“Quel dommage”

“Ould nass dial jwaj.” (“C’est un fils de bonne famille, bon à marier”)

“Iwa may koun ghir li fiha lkhir” (“Il n’arrivera que quelque chose de bien”)

“Je suis sûre que tu te marieras cette année inchallah.”

“Tu es mardia (“tu as la bénédiction de tes parents”), ne t’inquiète pas.”

J’avais envie de lui répondre: “Mais de quoi je me mêle?”

“Qui t’a dit que je voulais me marier?”

“Mes projets me prennent assez de temps comme ça.”

“Je sors d’une rupture.”

“Foutez-moi la paix c’est tout ce que je demande.”

Je ne lui ai évidemment pas répondu avec cette véhémence, j’ai tenté de lui expliquer que me marier n’était pas une finalité en soi dans ma vie, mais en vain.

Aux yeux de cette société casablancaise, le mariage est perçu comme une clé de réussite, surtout pour les femmes. Une femme qui ne se marie pas à partir d’un certain âge est associée à un produit périmé. Les hommes eux ne périment jamais et sont en quête de fraîcheur… Le mariage est posé comme une priorité absolue qui dépasse tout projet professionnel ou tout autre objectif de vie, devant le bonheur même.

Vous souhaitez réagir à une actualité, vous exprimer sur un sujet particulier, prendre la plume pour la première ou la énième fois? + 212 est un nouvel espace à investir et il n’attend que vous. Écrivez-nous à redaction@huffpostmaghreb.com