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16/02/2019 12h:52 CET | Actualisé 16/02/2019 12h:52 CET

[+212] Le Maghreb, dites-vous?

"Qu’est-ce qu’avoir 20 ans et de crever d’ennui, d’affronter le harg, la détestation des petits blancs, la misère?"

Joel Carillet via Getty Images
Des Marocains à Tanger, face au détroit de Gibraltar.

La rubrique +212 est un espace de dialogue et d’échange, une fabrique d’idées. Elle rassemble un faisceau de regards sur le Maroc, formulés de l’extérieur vers l’intérieur par des plumes expatriées, exilées, émigrées, nomades, membres de la diaspora marocaine à l’étranger.

MAGHREB - N’ayant jamais étudié la question, ni de près ni de loin, je me risquerai à quelques intuitions. Une chose est sûre, pour moi le Maghreb se définit d’emblée négativement: par opposition au Machreq. Indépendamment des similitudes arabo-islamiques, on peut identifier et nourrir ce qui nous éloigne de ce foyer problématique: cet Orient-là est devenu le nom de tous les malheurs, de la guerre, de l’échec, voire avec Daech du mal radical.

La chimère du nationalisme arabe a vécu (à supposer que ce ne soit jamais qu’une idéologie populiste attachée à la figure discutable de Nasser) et “l’islamisme” qui nous vient de cet ailleurs (en particulier de cette Arabie malheureuse qui trucide allègrement ses opposants et affame les enfants du Yémen) est antinomique de toute espèce d’émancipation. Ce n’est pas qu’une prise de distance tactique, nous sommes culturellement différents. 

Nous, le Maghreb des peuples donc - avec notre géographie destinale face à l’Europe, notre berbérité et notre diversité religieuse, nos luttes en partage sous la colonie, l’élément de la francophonie, et par-dessus tout notre jeunesse: ce qui nous rapproche c’est toute cette population dont on ne reconnait jamais le fait majoritaire. Cette réalité irrécusable et ignorée du nombre et de la vitalité propres aux jeunes devrait inspirer le politique autrement.

Qu’est-ce qu’avoir 20 ans et de n’être gouverné que par de vieux despotes à la maison comme au dehors, de crever d’ennui, d’affronter le harg, la détestation des petits blancs, la misère? “De l’air, du possible!” comme disait l’autre. Ce n’est rien moins qu’une catégorie ontologique que les jeunes envient à l’Europe. Pourquoi la jeunesse ne s’essaierait-elle pas à vivre son temps autrement que de manière virtuelle dans le désordre d’internet? Pourquoi à la suite du poisson-pilote tunisien, ne sortirait-elle pas du tunnel gérontocratique algérien et des féodalités marocaines et ne se donnerait-elle pas un projet contemporain? Pourquoi faudrait-il qu’elle gratte la blessure narcissique, captive du piège identitaire que lui ont tendu les islamistes? Envisager donc un espace élargi où circuler, échanger et surtout se plaire (à la fois s’aimer et trouver plaisir).

Le Maghreb c’est aussi la paix. Sortir de cette guerre des sables qui saigne aux frontières, pompe les énergies et les ressources et altère le principe humaniste sur lequel cette région devrait se fonder. L’Europe s’est construite dans le refus de la guerre, le Maghreb devra aussi s’édifier dans la non-violence s’il veut se constituer comme puissance régionale face aux périls de ce siècle. Cela implique un Maghreb de l’évènement, non un Maghreb de la règle: une formule plus flexible et moins procédurale et institutionnelle que celle de l’Union européenne. Du reste un “Maghreb de la culture” existe déjà. On le vérifie chaque jour en France: Paris est aujourd’hui la capitale de cet implicite en devenir, pluriel et ouvert à l’autre, susceptible de nous sortir de la régression viriliste dans laquelle on baigne depuis quelques décennies.

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