LES BLOGS
22/07/2019 14h:53 CET | Actualisé 22/07/2019 14h:53 CET

[+212] Innovation et "repatriation": rentrer au pays pour (re)créer

Réflexions sur ces jeunes marocains qui ont étudié et travaillé à l’étranger avant de retourner vivre au pays. Pas par contrainte, par choix.

Leonid Andronov via Getty Images

ÉDITO - Lors de mon dernier séjour à Casablanca, je me suis fait coopter, en quasi toute connaissance de cause, par mon amie Hanae Bezad qui m’invite à la rejoindre avant d’aller dîner dans ses bureaux du Wagon Casablanca.

Ce jour-là, une équipe de journalistes de France 3 la suit du matin au soir dans le cadre d’un reportage sur les repatriés intitulé: “Méditerranéo: Maroc, retour au pays pour les expatriés”. Confortablement affalée sur un canapé, j’attends sagement que Hanae finisse son workshop quand la journaliste me sollicite. Elle s’intéresse au questionnement de l’entourage de ces jeunes marocains qui ont étudié et travaillé à l’étranger avant de retourner vivre au pays. Pas par contrainte, par choix.

A chaud, mes réponses à ses questions étaient plutôt sincères. Je ne suis pas prête à abandonner un certain mode de vie que j’ai ici à Paris, une définition du confort qui ne se compte pas en mètres carrés. Réponse factuelle et pragmatique. Dans un deuxième temps et alors que la caméra tourne encore, j’ai donné l’autre réponse, celle qui est ancrée un peu plus en profondeur: “On a toujours associé la liberté au fait de partir d’ici (du Maroc). Le fait de revenir c’est forcément, mentalement, une forme d’enfermement.”

C’est dit.

Pourtant, le sujet n’est pas vraiment clos, il revient subtilement s’insérer dans les conversations ici et là, notamment à Paris. J’en parlais avec une amie justement, en lui disant que le seul exemple de “repatriation” qui me faisait vraiment envie était celui de mon amie Arianne Engelberg. Arianne est guatémaltèque, elle a étudié aux Etats-Unis, suivi une formation de photo à Paris, elle a travaillé à Tel Aviv avant de se réinstaller au Guatemala en 2014. A son retour, elle crée un nouveau départ pour l’usine de textile de sa famille avec “The New Denim Project”.

L’usine de textile de la famille d’Arianne a été créée par son grand-père, survivant de l’Holocauste, qui a quitté l’Europe après la Seconde Guerre Mondiale. C’est lui qui insuffle à sa famille l’art de s’adapter au changement, celui de l’embrasser, de se l’approprier comme une renaissance.

L’industrie du textile tient une place prépondérante dans l’économie du Guatemala et vient se placer au premier rang en valeurs d’exportation du pays, avant le sucre ou le café et ce depuis plusieurs années. The New Denim Project se veut faire partie de la solution et non du problème, l’industrie du textile étant l’une des plus polluantes pour la planète. Basé sur un triple principe de durabilité, innovation et conscience sociale, Arianne qui travaille avec sa sœur et son père, produisent des matériaux textiles complètement recyclés à partir de montagnes de jeans destinés à être jetés ou détruits.

Dans cette aventure entrepreneuriale elle semble avoir trouvé une forme d’harmonie qui donne envie, quelque part entre épanouissement professionnel, personnel, à la fois proche de sa famille et physiquement et mentalement mobile dans le développement de ses projets.

Cette semaine, j’ai donné la parole à deux femmes d’origine marocaine qui à l’inverse ont grandi en France avant d’entreprendre au Maroc, leur autre pays comme elles disent. Je me suis intéressée à leurs perspectives sur le pays, leurs démarches, pour essayer de comprendre ce qu’elles avaient de différent ou de similaire avec Hanae et les autres, qui ont grandi au Maroc. Une forme de “repatriation” pour l’une, une rencontre avec une étrangeté insoupçonnée pour l’autre.

Rita Abchar a décidé de créer My Cha3kouka, le premier espace beauté entièrement dédié aux cheveux bouclés, frisés et naturels, au Maroc. Son projet est en ce moment incubé dans le cadre du programme “Tremplin Maroc” de l’association Maroc Entrepreneurs qui encourage notamment l’entreprenariat au sein de la diaspora.

Leila Billon quant à elle a fondé Lalla de Moulati, une marque où l’artisanat ancestral, comme il a toujours su le faire avec tant de finesse, se réinvente au contact des motifs, des techniques et des couleurs d’autres cultures, se dressant ainsi contre le folklore de pacotille.