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29/07/2019 16h:52 CET | Actualisé 29/07/2019 16h:52 CET

[+212] Détours et retours

"J’ai voyagé, j’ai lu, j’ai appris, j’ai connu, attirée par l’aura historique et symbolique du Moyen-Orient comme un moustique rifain irrésistiblement attiré par la lumière d’une ampoule un soir d’été."

Stefan_Alfonso via Getty Images

La rubrique +212 est un espace de dialogue et d’échange, une fabrique d’idées. Elle rassemble un faisceau de regards sur le Maroc, formulés de l’extérieur vers l’intérieur par des plumes expatriées, exilées, émigrées, nomades, membres de la diaspora marocaine à l’étranger.

ÉDITO - La rubrique +212 termine la saison comme les voleurs d’Ali Baba, au nombre de quarante semaines de publications. Pour cette ultime partie avant des vacances bien méritées, on joue à domicile.

Il y a quelques jours, je discutais avec l’une de mes anciennes étudiantes sur Instagram. Elle a la gentillesse de lire mes éditos régulièrement et m’a dit qu’elle avait appris beaucoup de choses sur le Maroc de cette façon. Au delà de la satisfaction amenée par les procédés de flatterie qui émanent de la jeunesse, la vraie, quelque chose d’autre me fait plaisir. Savoir que depuis New York où elle se trouve cette année, cette jeune femme, qui a un pied en Russie et l’autre dans le plus petit pays de la vieille Europe, a accès à des contenus qu’elle juge intéressants sur un endroit et surtout des gens qu’elle ne connait pas.

J’ai commencé à enseigner à Sciences Po à la rentrée scolaire 2016, avec mon amie Inès Weill-Rochant. Nous n’avions pas forcément prévu que cette activité prenne de la place dans nos vies professionnelles respectives mais c’est encore mieux ainsi. A l’époque, nous concluions 3 années d’une aventure professionnelle et humaine hors pair. Notre festival “Pèlerinage en décalage”, premier festival israélo-palestinien artistique et indépendant à Paris, nous a forgées bien plus que l’inverse. Une envie très forte de transmettre tout ce que nous avions appris, aperçu, entrevu et l’urgence de faire de la place à l’art politique dans une institution qui a historiquement préféré l’ériger en science, nous ont amenées à proposer un atelier.

Assez naturellement, l’ancrage des premières années de ma vie professionnelle fut (moyen) oriental et cette expérience d’enseignement se pose peut-être comme la dernière étape de mon (dé)tour moyen-oriental. Un détour dont le début serait difficile à dater mais tout à fait acté dès mes études. J’ai eu un seul enseignement relatif au “Maghreb” à proprement parler. Quelques évocations, ici et là qui m’ont trop souvent renvoyé un sentiment, plutôt désagréable, d’appartenir à une périphérie: géographique, culturelle, religieuse, politique etc.

Une périphérie sans pétrole et sans guerre, presque ennuyeuse. Une version light d’un Moyen-Orient dont l’intensité fascine, où le drame fait tourner les têtes, dont la mienne.

Je déteste le Coca Light. Alors je suis allée vers le Coca Cola rouge. Confortée par une dose d’exotisme familier, je me suis dirigée vers ce centre. Physiquement, mentalement, socialement, artistiquement, linguistiquement. J’ai voyagé, j’ai lu, j’ai appris, j’ai connu, attirée par l’aura historique et symbolique du Moyen-Orient comme un moustique rifain irrésistiblement attiré par la lumière d’une ampoule un soir d’été.

J’ai mis un peu de temps pour questionner cette centralité. A questionner une identité posée comme essentielle et rayonnante, vis-à-vis de laquelle la mienne ne pouvait aspirer qu’à un statut d’effluve à faible luminescence. Il m’aura fallu quelques frontières arabes imperméables à certain.e.s et pas d’autres, quelques discussions dialectales compréhensibles dans un sens et pas dans l’autre et quelques matchs de la CAN pour résoudre l’équation.

Ce détour par le Moyen-Orient est un pèlerinage structurant. J’y ai beaucoup grandi. Mais j’ai compris qu’il n’était pas une destination en soi. Juste l’étape d’un plus grand voyage qui me permet aujourd’hui d’envisager un retour ”à domicile” sous un nouvel éclairage. Un retour dans le mouvement, un retour dans l’action, où je suis libre de définir mon centre. Et ma périphérie.

Cette dynamique de recentrage est là pour tout sauf m’enfermer. Elle ouvre un chantier, elle force à une précision dans le discours et dans l’action. Cette action aujourd’hui prend la forme d’un jeu de points à relier. J’ai dessiné un premier point ici, chaque semaine dans +212 et j’ai la chance de continuer à en dessiner d’autres. Dans une œuvre de fiction à paraître, dans un nouvel enseignement que je donnerai à la rentrée. Et ailleurs, dans d’autres points dormants ou dont je ne soupçonne pas encore l’éclosion. Ni la forme finale.

J’ai le plaisir de croiser les détours et les retours des deux contributeurs de la semaine. Yasmine Benabdallah nous raconte son départ pour les Etats-Unis, son film où le Chili se fait le proxy d’une Palestine qu’elle entrevoit depuis l’Amérique du Sud. Mickael Bensadoun nous parle de ses départs successifs, de la façon dont, depuis Israël où il a décidé de vivre et fonder sa famille, il reconnecte avec le Maroc, ou plutôt un certain Maroc qu’il ne connaît pas.

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