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20/10/2019 10h:11 CET | Actualisé 20/10/2019 10h:11 CET

[+212] Dans ma boîte aux lettres

"Il y a quelques semaines maintenant, j’ai reçu un mail de Baltimore d’un jeune médecin marocain..."

lechatnoir via Getty Images

La rubrique +212 est un espace de dialogue et d’échange, une fabrique d’idées. Elle rassemble un faisceau de regards sur le Maroc, formulés de l’extérieur vers l’intérieur par des plumes expatriées, exilées, émigrées, nomades, membres de la diaspora marocaine à l’étranger.

ÉDITO - J’ai récemment conclu que mon excitation intarissable à la réception d’une lettre, d’une carte postale ou d’un colis venait probablement de ma douce enfance de l’autre côté de la mer (Méditerranée).

Ma boîte aux lettres ne ressemblait pas à celles que je voyais dans les films américains. Elle était petite, trop petite, noire, fixée au mur de mon garage, bien trop haut pour moi pendant longtemps. Contrairement aux illusions que me faisaient miroiter mes lectures, il n’y avait jamais rien d’intéressant pour moi dans cette boîte aux lettres. Impossible de s’abonner à mon magazine préféré depuis “l’étranger” où je vivais. Je me consolais tous les samedis matin chez monsieur Ferez, le buraliste historique de mon père. Son petit kiosque qui sentait bon le papier glacé se trouvait tout au fond du couloir de gauche de l’ancien hôtel Hilton de Rabat, en longeant la fontaine. Je repartais toujours avec une petite boîte de Tic Tac oranges. C’est dans ces boîtes, à force d’une patience complètement datée aujourd’hui, que je rangeais précieusement les petites boules qui restaient au fond des cartouches de mon stylo à plume une fois l’encre terminée. Les joyaux de la princesse.

Recevoir un colis par voie postale relevait tout simplement du fantastique dans un pays où il y avait toutes sortes de transporteurs tout aussi invraisemblables mais néanmoins réels, voire efficaces. Il fallait donc se contenter de cette non-relation à la boîte aux lettres à l’exception des quelques lettres de mon correspondant de classe, dont j’ai oublié le prénom mais certainement pas sa première lettre qui m’avait laissée perplexe du haut de mes 8 ans. Il m’y demandait si j’allais à l’école en chameau...

Depuis, autour de cette expérience, j’ai nourri un amour pour la correspondance dans nombreuses de ses déclinaisons, pour le genre épistolaire et j’en passe. Régulièrement, je reçois des emails avec vos contributions ou propositions de contributions à publier dans +212. Je les ouvre avec la curiosité de la surprise et l’impatience de l’imprévu. Il y a quelques semaines maintenant, j’ai reçu un mail de Baltimore d’un jeune médecin marocain.

Omar Cherkaoui a pris la décision de laisser de côté le côté clinique de la médecine, la pratique au sens strict (et peut-être le statut social qui va avec) pour se dévouer à la santé publique. Il n’existe pas de définition consensuelle de la santé publique mais il est certainement possible de dire qu’il s’agit d’une façon d’aborder la santé de façon collective et pluridimensionnelle dans le but d’améliorer l’état de santé non pas d’un individu mais d’une population dans son ensemble. De ce fait, la santé publique croise différentes disciplines comme la démographie, l’économie de la santé, l’épidémiologie, la sociologie, les études de genre, etc. J’ai été très sensible à cette démarche dans sa dimension pluridisciplinaire et sa portée politique. Elle consiste aussi, d’une certaine façon, à faire de l’objet “santé” un domaine plus ouvert, sur lequel des médecins peuvent impacter bien évidemment, mais également d’autres professionnels.

A une échelle individuelle, j’inscris cette approche dans une tendance plus large à une meilleure conscientisation des enjeux de santé de chacun.e, notamment de sexualité et de santé mentale qui ont la côte sur Instagram, mais pas forcément ailleurs.

En dehors de ces oasis où le dialogue existe, où l’échange donne de la force pour avancer, surmonter des situations de vulnérabilités, nous marchons dans un grand désert. D’où l’importance de la verbalisation, de la vulgarisation, de l’encouragement de toute dynamique qui tend à rendre le savoir moins exclusif et donc moins excluant.

Vous souhaitez réagir à une actualité, vous exprimer sur un sujet particulier, prendre la plume pour la première ou la énième fois? + 212 est un nouvel espace à investir et il n’attend que vous. Écrivez-nous à redaction@huffpostmaghreb.com