MAROC
26/01/2019 14h:08 CET | Actualisé 29/01/2019 15h:04 CET

[+212] Couple mixte: "Nous étions amoureux, mais j’étais gênée à l’idée qu’il vienne à Rabat"

"Voici le premier décalage culturel auquel notre couple franco-marocain avait été confronté".

beer5020 via Getty Images

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“Je m’ennuie comme un rat mort, je peux venir te voir à Rabat?”, me demanda Alexandre sur Skype, tout naturellement. Pour moi, il en était hors de question. On était ensemble depuis près d’un an. Deux étudiants amoureux, en troisième année d’architecture à Paris. Comme chaque année, je passais mes vacances au Maroc chez mes parents, lui restait à Paris.

Nous étions amoureux certes, mais j’étais gênée à l’idée qu’il vienne à Rabat. D’une part, parce que c’était beaucoup trop tôt pour le présenter à mes parents; par conséquent je n’aurais pas pu le loger. D’autre part, je n’avais nullement envie qu’il perturbe ma quiétude à Rabat. Si Alexandre venait, je n’aurais d’autre choix que de jouer au guide. Il insistait: “Mais je n’avais pas du tout l’intention de venir m’installer chez tes parents, je serai à l’hôtel”.

Le lendemain, Alexandre m’annonça qu’il avait pris ses billets et qu’il était en train de chercher un hôtel. Il m’avait mise devant le fait accompli et j’étais bien embêtée, la seule personne que j’avais accueillie chez mes parents jusque-là était mon meilleur ami gay. J’avais été très souvent reçue chez ses parents à la campagne, je ne pouvais donc pas le laisser dormir à l’hôtel.

A la fois hésitante et enjouée, j’étais néanmoins curieuse de voir la réaction de mes parents. “Non, il ne viendra pas dormir chez nous au Maroc”, me rétorqua mon père. Voici le premier décalage culturel auquel notre couple franco-marocain avait été confronté: sa famille m’accueillait à bras grands ouverts alors que mes parents ne voulaient surtout pas en entendre parler.

La réponse de mon père ne m’étonnait absolument pas. “Mais où vais-je le loger?” “On ne veut pas savoir, débrouille-toi!” Je me suis exécutée, je me suis débrouillée. J’entrepris alors d’appeler chacune de mes tantes. Elles étaient nombreuses, sept pour être précise. Je me disais qu’il y en aurait bien une qui accepterait de loger Alexandre. La première n’osa pas l’accueillir chez elle, la seconde voulait demander l’autorisation à ma mère, etc. la dernière était ravie de l’accueillir dans son appartement à Rabat. Et pas n’importe lequel.

L’immeuble en question avait été construit sur le terrain de l’ancienne maison de mes grands-parents paternels. Suite à leur décès, mes tantes et mon père avaient construit un immeuble pour que chacun ait une résidence secondaire, chacune son appartement et mon père avait installé son bureau au rez-de-chaussée. C’est dans cet immeuble qu’Alexandre serait logé.

C’était l’été et mes tantes étaient venues passer leurs vacances à Rabat. A la table du petit-déjeuner, Alexandre était au milieu de toutes ces femmes qui le dorlotaient comme jamais. Il avait eu droit bien entendu à la panoplie du petit-déjeuner marocain et se devait de goûter à tout: khli3, mlaoui, baghrir, briouates, cake, le tout accompagné de thé à la menthe.

En bonus, ma tante de New-York avait apporté du beurre de cacahuète, et ma tante qui vit à Tanger du Nocilla, le Nutella espagnol de contrebande. Le ventre bien rempli, mon homme était ravi. Soudain, on sonna à la porte. Mon père entra, éberlué. Lui qui avait tout fait pour éviter tout contact avec mon copain et qui avait refusé de l’héberger, quel tableau! Lui aussi s’était retrouvé devant le fait accompli. Alexandre était désormais au cœur de ma famille, dans l’ancienne propriété de mes grands-parents, entouré de mes tantes. Et c’est ainsi qu’il rencontra son futur beau-papa.

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