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05/10/2018 16h:43 CET | Actualisé 26/11/2018 12h:30 CET

[+212] Asmaa El Arabi: "Casablanca est le berceau de mon inspiration quotidienne, la ville dans laquelle je me sens la plus libre" (ENTRETIEN)

Un pied à Casablanca, l’autre à Paris et la tête résolument dans les étoiles.

The Sartorialist

La rubrique +212 est un espace de dialogue et d’échange, une fabrique d’idées. Elle rassemble un faisceau de regards sur le Maroc, formulés de l’extérieur vers l’intérieur par des plumes expatriées, exilées, émigrées, nomades, membres de la diaspora marocaine à l’étranger.

PARIS - On ne présente plus Asmaa El Arabi, alias “The Tberguig”, et les multiples colocataires de son esprit désormais cultes: Sanaa l’employée de call-center, Soumia l’étudiante en compta, Anouar le jardinier poète, Ahlam l’hôtesse de l’air, Keltoum la voyante, Houda la fonctionnaire et j’en passe. Autant de personnages qui composent une fresque du Maroc contemporain qu’elle situe souvent à Casablanca, sa ville de cœur. Asmaa El Arabi ne pardonne rien à ses personnages, mais nous les présente avec beaucoup de tendresse, et c’est peut-être ce qui les rend si attachants. Pour cette deuxième semaine +212, j’ai voulu lui poser quelques questions autour des notions d’expatriation/repatriation. Asmaa El Arabi a un pied à Casablanca, l’autre à Paris et la tête résolument dans les étoiles. Rencontre.

Asmaa, on vous connait essentiellement comme humoriste, mais pourriez-vous revenir sur votre parcours de “fille sérieuse”?

J’ai toujours été une élève plutôt studieuse, curieuse de mon environnement et férue de lecture et d’écriture. Après deux ans de classe préparatoire, j’ai intégré une grande école de commerce pour étudier la finance d’entreprise. A l’obtention de mon diplôme, je me suis naturellement engagée dans différents processus de recrutement pour intégrer des entreprises dans le domaine de la finance. Finalement, de nombreuses opportunités se sont présentées à moi à Casablanca, à la fois dans une perspective artistique et d’entrepreneuriat. J’ai donc décidé d’y installer mes affaires.

À quoi ressemble votre vie de girl boss aujourd’hui ?

Aujourd’hui, ma vie professionnelle existe entre Casablanca et Paris et se divise en deux parties: un volet agence et un volet artistique autour de l’humour qui d’ailleurs se complètent très bien.

Mon agence Silsila est une agence de marketing avec des clients à l’année pour qui nous développons des stratégies de communication. Nos clients nous consultent surtout pour du storytelling, ils nous sollicitent pour qu’on les aide à construire avec eux l’histoire autour de leur marque ou de leur produit. L’écriture est au centre de notre activité qu’il s’agisse de la production de concepts audiovisuels ou de la rédaction de scénarios.

Ma carrière artistique croise l’agence sur beaucoup de points: je suis amenée à collaborer avec des marques pour des capsules, à créer des concepts originaux. Je travaille en ce moment sur de nouveaux formats: des courts et longs métrages, des webséries, de l’acting, un livre sur le Maroc contemporain et un projet de radio qui sont tout autant de déclinaisons nées du projet humoristique The Tberguig.

Vous avez mentionné le fait que vous aviez un pied à Paris et l’autre à Casablanca. Qu’est-ce qui vous amène à Paris? Il fait froid, moche et les gens vous regardent de travers si vous parlez trop fort...

J’ai des clients qui sont basés à Paris et pour lesquels je me déplace dans le cadre de notre collaboration pour des rendez-vous. Une partie de ma vie est donc à Paris, ainsi qu’une partie des gens que j’aime. Paris reste gardienne de beaucoup de souvenirs et de moments qui ont compté pour moi. C’est pour ces raisons que je ne peux pas nier mon temps à Paris et tout ce que cette ville m’a apporté. Mais…

Mais Casa? Pouvez-vous nous parler de la relation fusionnelle que vous entretenez avec la ville de Casablanca?

Mais j’adore la vie à Casablanca! Cette ville est le berceau de mon inspiration quotidienne, et la ville dans laquelle je me sens la plus libre parce que les gens vivent dans les rues, elles appartiennent à tout le monde. On peut voir le verre à moitié vide parfois, mais le fait que les Casablancais s’approprient les rues en parlant fort, en traversant n’importe comment, le fait que cette ville soit un théâtre à ciel ouvert fait qu’on s’y sent chez soi naturellement, à mon sens. J’adore Casablanca et, parfois, les mots me manquent pour expliquer précisément pourquoi. Je me plais énormément dans les atmosphères subtiles qui sont propres à cette ville, j’ai la sensation que l’histoire de Casablanca résonne encore de façon inconsciente dans l’ambiance de cette ville. Je suis “inarrêtable” sur Casa, c’est la ville de la naissance, de la renaissance, des racines, de la terre, je dirais même que c’est le croissant (3wej) fertile qui me permet tous les jours d’imaginer et de créer de nouvelles histoires.

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