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19/03/2019 09h:43 CET | Actualisé 19/03/2019 09h:43 CET

19 mars: les Algériens marchent pour que la Victoire redevienne la fête du peuple

Ce 19 mars de la victoire, nous battons le pavé depuis le 22 février, chaque jour et tous les vendredi, pour l’achever, mettre fin à son incomplétude, à son inaccomplissement. Nous voulons que la victoire de notre peuple soit!

Barcroft Media via Getty Images

1962 Indépendance de l’Algérie, 2019 Indépendance du peuple. C’est ce qu’on a lu dans une des multiples petites pancartes improvisées par des Algériennes et des Algériennes engagés dans un de ces sursauts extraordinaires pour la survie et la dignité qui jalonnent leur histoire. Mais l’Algérie, c’est le peuple, cela devrait l’être.

Le mouvement populaire a déjà permis aux “anciens” de faire une découverte réjouissante: les jeunes Algériens ne sont pas oublieux de leur histoire.  Les efforts visant à instrumentaliser cette histoire par le “système”, à effacer la mémoire des luttes longues et dures des aînés et une tendance de pseudo-élites à pourfendre un peuple réduit à des «estomacs » et à des hordes de “bédouins islamistes” n’ont finalement pas pris.  

Ce que nous vivons n’est même pas un clin d’œil à l’histoire, c’est l’histoire vivante qui est restituée. Celle d’un achèvement à faire, d’un inaccomplissement à combler. Hocine Aït Ahmed, qui refusait le qualificatif d’historique a donné une image saisissante de ce que fut la révolution algérienne.

Ce fut, a-t-il dit, une ”conspiration générale de femmes, d’enfants, de vieillards et d’hommes comme disait Mazzini, un des libérateurs de l’Italie. Les Algériens ont su trouver, sans attendre un ordre de x ou d’y, la parade au quadrillage effectué par un demi-million de soldats et à la mise en place de zones interdites, pour nourrir, héberger et en renseigner les moudjahidine. C’était un phénomène presque unique d’auto-mobilisation de la société.”

Cette auto-mobilisation, ce complot collectif, nous le revivons à nouveau dans ce mouvement populaire qui cherche à achever un élan, brisé à l’indépendance, pour la liberté, pour les libertés, pour la souveraineté du peuple.

Car si le 19 mars est la fête de la victoire dans le calendrier officiel, pour beaucoup d’Algériens, cette victoire avait un goût d’inachevé. Abdelhamid Mehri, le rappelait avec constance, le combat mené par le mouvement national du peuple Algérien avait pour buts l’indépendance du pays, les libertés qui ne peuvent s’envisager que dans une démocratie et la construction du Maghreb. Et il précisait aussi que la capacité du gouvernement d’un pays à négocier au mieux ses intérêts,  une autre manière de parler d’indépendance, était tributaire du soutien réel – et non la fiction fabriquée autour de sigles fictifs – de la population.

Deux grands desseins, au moins, ont donné le goût d’inachevé à cette victoire du 19 mars : la mise à l’écart du peuple avec l’instauration d’une tutelle de fait et le renoncement progressif au Maghreb qui était un objectif majeur du mouvement national.

Rien n’est encore joué, le système de la tutelle continue de manœuvrer, mais le mouvement du 22 février fait écho à ce 19 mars de la victoire inachevée, de la citoyenneté interdite, du peuple souverain nié.  Et les signes de l’enracinement de ce mouvement dans l’histoire n’ont pas manqué, ni dans les slogans, ni dans ce drapeau qui a quitté les frontons des bâtisses officielles pour envahir l’espace porté comme une arme sur les corps, dans les mains. Et dans les coeurs. L’arme de l’histoire que nous portions en nous, contre ce qu’ils ont osé nous faire, contre cette image insupportable qu’ils donnaient de nous au monde, nous peuple sobre et fier, peuple de combattants, peuple d’une grande révolution.

Ce 19 mars de la victoire, nous battons le pavé depuis le 22 février, chaque jour et tous les vendredi, pour l’achever, mettre fin à son incomplétude, à son inaccomplissement. Nous voulons que la victoire de notre peuple soit! Totalement, indubitablement, définitivement, pour que ceux qui ont la charge du pays rendent des comptes à ceux qui leur ont donné un mandat ; pour que l’Etat ne soit pas privatisé, pour que les libertés ne soient pas de simples textes que l’on bafoue constamment, pour que l’opinion des Algériens prime sur celle des chancelleries étrangères.  Oui, pour que l’intérieur prime sur l’extérieur, pour que le politique prime sur le militaire. Pour que les promesses de la révolution ne soit plus trahies, tronquées ou perverties.

Hocine Aït Ahmed, comment ne pas le citer en ce moment de “conspiration collective” s’indignait de la grossièreté de ce système. ”Plus le système est grossier, plus il ne faut s’étonner de rien. On ne s’imagine pas que l’on est en train d’insulter un peuple qui a été porté aux nues par la communauté internationale. Cette négation historique est démentielle. Le peuple algérien a été le véritable artisan de l’indépendance. Le mot de Ben M’hidi se passe de commentaire : “Confiez la révolution au peuple, il la mènera jusqu’à la victoire”.

 Depuis le 22 février le peuple Algérien encercle le régime. Pour que la Victoire redevienne la fête du peuple.