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14/05/2018 08h:27 CET | Actualisé 14/05/2018 08h:27 CET

17 mai, Journée mondiale contre l'homophobie: Qu'on la célèbre au nom de l'islam!

La Journée du 17 mai n’a pas échappé à l’instrumentalisation idéologique en Occident, devenant synonyme d’un combat moins pour l’abolition de l’homophobie que pour l’instauration de la laïcité

MarijaRadovic via Getty Images

L’islam, on l’oublie souvent, est d’abord une foi et une politique au sens étymologique de gestion de sa vie. En ce sens, il est d’abord justice, soit des droits et des libertés garantis.

Le droit de croire en toute liberté et d’être, pour cela, en rapport direct et exclusif avec Dieu, la religion n’étant qu’une affaire privée ne débordant point sur la sphère publique.

Et il est libertés, qui sont la marque du domaine public où tout un chacun est libre de son comportement privé du moment qu’il respecte la liberté d’autrui qui est aussi libre de son comportement avec la seule obligation de ne pas attenter à celle de son prochain.

Voilà le vrai islam dont on a altéré est l’esprit et la lettre ! Et s’il fallait l’illustrer, on ne trouverait pas mieux que l’homophobie, cette injustice devenue caractéristique de l’islam à tort alors qu’il n’a jamais été homophobe.

L’homophobie n’est pas islamique mais coloniale

Le fait que l’islam n’est pas homophobe a été amplement démontré. Il n’existe aucune prescription dans le Coran valant prohibition de ce sexe parfaitement naturel. Il est d’ailleurs significatif que le chef du parti islamiste l’ait enfin reconnu.

En effet, tout ce qu’il y a dans le Coran se limite à du récit, ce qui ne fait que rappeler ce qui a préexisté à l’islam dans le judaïsme et le christianisme qui comportent bien l’anathème inconnu pour un sexe jugé contre nature, ce qu’ignore la foi de la justice qu’est l’islam.

C’est d’ailleurs parce que la Bible criminalise l’homosexualité qu’on l’a retrouvée dans la législation des pays musulmans à la faveur du colonialisme. C’est le cas de l’article 230 du Code pénal en Tunisie qui est un reliquat du protectorat. Il en va de même des articles homophobes similaires comme au Maroc, en Algérie et ailleurs en terre d’islam.

Avant de subir la loi impérialiste, l’islam a bien été encore plus libertaire que l’Occident ne l’est aujourd’hui en cette matière. Il ne s’y agissait pas que de tolérance, mais d’un droit au sexe libre. Ainsi était perçu le sexe gay du fait qu’il s’insérait dans le cadre d’une bisexualité qui caractérise la pratique sexuelle arabe, en harmonie avec ce qui existe dans la nature où le sexe dominant est bisexuel.

Si l’on a, par la suite, inventé l’anathème contre l’homosexualité, c’est par un effort d’exégèse discutable des jurisconsultes dont l’imaginaire était marqué par la tradition judéo-chrétienne dominante à l’époque. Aussi ont-ils inventé de toutes pièces un crime que n’a pas prévu Dieu, et ce en usant d’un syllogisme contestable avec l’adultère, tout en commettant l’erreur de logique de considérer l’homosexualité bien plus grave que l’adultère.

Bien évidemment, comme cela se faisait fréquemment à l’époque, on a inventé des hadiths attribués au prophète qui n’ont aucune espèce de véracité; en effet, rien d’authentique n’a été attesté du prophète dont aucun dire n’est consigné par ni Boukhari ni par Mouslem, les plus véridiques des recensions. Est-ce possible pour ce qui a été considéré comme le crime abominable par excellence ?

Faut-il rappeler aussi que le prophète n’a jamais eu à se prononcer sur un cas de pédérastie alors qu’elle n’était pas inconnue dans les milieux de La Mecque et de Médine? N’a-t-il pas même accepté dans son entourage des efféminés ? Ce qui atteste son respect humaniste pour ce sexe en un temps où il n’était pas encore admis; ce qui prouve bien le caractère révolutionnaire de l’islam en cette matière comme en tant d’autres. 

Abolissons l’homophobie durant ramadan !

C’est cet aspect de l’humanisme de l’islam que les intégristes de l’islam, se revendiquant bien plus de la Bible que du Coran, veulent occulter en imposant une lecture obscurantiste en cette matière comme en tant d’autre. Et il est bien temps que cela cesse !

Ainsi, il est parfaitement possible de célébrer cette année et l’année prochaine, durant ramadan même, la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie du 17 mai puisque ce mois saint coïncide avec sa célébration. Et au lieu de le faire en cachette comme le font les militants, allant dans le sens des homophobes, on devrait le faire et le continuer après durant tout ramadan, au nom même de l’islam, foi de justice par excellence.

Pour cela, les militants doivent cesse d’user de leur stratégie actuelle inefficace et inaudible auprès des masses pour user d’un autre langage qui soit porteur. C’est celui de la vérité tenue ici.

Et qu’ils commencent par débaptiser la Journée du 17 mai pour avoir un écho auprès des musulmans qui sont loin d’être tous homophobes, mais entendent s’attacher à leur foi qui est d’abord une culture avant d’être de simples rites.

En effet la Journée du 17 mai n’a pas échappé à l’instrumentalisation idéologique en Occident, devenant synonyme d’un combat moins pour l’abolition de l’homophobie que pour l’instauration de la laïcité. Il serait donc judicieux de la célébrer sous un autre libellé tout autant intransigeant dans la lutte contre l’homophobie qu’en rappelant que l’islam n’a jamais été homophobe. Ce que les militants anti-homophobie renâclent de faire, condamnant leur militance à être stérile, puisqu’ils passent pour être au service des laïcistes d’Occident et pour des islamophobes. Ce qui arrange les homophobes qui ne sont pas tous islamistes ni intégristes.

Ce qui pourrait être juste en termes de valeurs universelles, et surtout de justice à l’égard d’une religion maltraitée à tort, serait d’étendre aux pays d’islam, et au Maghreb pour commencer, la Journée Ihsane Jarfi de lutte contre l’islamophobie. C’est une journée qui s’est imposée à Liège, en Belgique, célébrant le meurtre d’un jeune Belge d’origine marocaine qui a été assassiné, en avril 2012, à la fois parce qu’il était gay et s’affichant comme tel, mais aussi musulman bien pieux.

C’est la fondation belge qui porte son nom qui a réussi à imposer cette journée, et il serait judicieux qu’elle soit importée au Maghreb pour devenir la Journée de lutte contre l’homophobie en terre d’islam.

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Ne serait-ce pas une belle façon de célébrer le début de ce ramadan en se débarrassant des clichés et faussetés qui continuent à le défigurer, tout en rappelant avec cette journée qu’il est et qu’il reste une justice, car il est bel et bien une foi universelle et rationaliste, sceau des révélations?

Outre le projet de loi que nous avons proposé ici même qu’ils tardent à proposer et qui est le seul de nature à permettre l’abolition rapide de l’homophobie, les militants Maghrébins anti-homophobie ont intérêt à user de la Journée Ihsane Jarfi pour réussir leur combat s’il ne se réduit pas qu’à faire du business de la cause.

Opérant une telle mise à jour stratégique, ils pourraient alors occuper aussi le terrain religieux dès ce mois de ramadan, pourquoi pas, car c’est bien sur ce terrain que ce décidera le maintien ou l’abolition de l’homophobie, y compris après l’intervention de la Cour constitutionnelle sur laquelle les militants fondent leurs espoirs.

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