ALGÉRIE
24/05/2019 17h:32 CET

14e vendredi à Alger: face à la répression policière, les Algériens sortent encore plus nombreux dire "non" au présidentielles

RYAD KRAMDI via Getty Images

La répression policière de ce 24 mai matin à Alger n’a aucunement intimidé les Algériens. La mobilisation est intacte. Leur détermination aussi. Les mesures prises par la police ont plutôt galvanisé la marche. Ce 24 mai 2019, 14e vendredi de manifestation, ils sont sortis bien plus nombreux que la précédente semaine pour réitérer leur rejet des prochaines élections présidentielles que le chef d’Etat-major, Gaid Salah, ne cesse de présenter comme “la solution idéale” à la crise politique actuelle. Les manifestants sont plutôt déterminés à sortir marcher le 04 juillet même, jour sensé être celui de la Présidentielle.  

La manifestation a commencé plus tard que d’habitude ce matin à la Grande-Poste. Et pour cause: un dispositif impressionnait quadrillait l’éedifice, lieu de rassemblement des protestataires depuis le début du soulèvement populaire. Une armada de policiers en tenue civile ont procédé à l’interpellation des premiers arrivés. 

Les manifestations ont commencé à se rassembler peu après 10H30 à la rue Abdelkrim Khettabi avant de se diriger sur l’esplanade de la Grande-Poste, en face du cordon anti-émeute déployé de la rue Hocine Asselah à la rue Pasteur. Ils scandaient “Gaid Salah Dégage” et “Etat civil, pas militaire”.

Le chef d’état-major de l’ANP, après deux semaines de silence, a réitéré la position du commandement de l’armée au profit des Présidentielles du 04 juillet, qui “mettront un terme à la prolongation de la vie de la crise”. Il a appelé à la mise en place rapide d’une commission indépendante de surveillance des élections pour garantir la régularité du scrutin.

Il avait, un jour plus tard, affirmé “n’avoir aucune ambition politique” et annoncé que l’armée “accompagne raisonnablement et de façon sincère et honnête le peuple algérien dans ses manifestations pacifiques et mûres”. 

Les Algériens ne veulent pas de ces élections

Les manifestants, eux, disent non. Aux présidentielles déjà. Ils étaient nombreux à brandir des pancartes contre les ”élections de la bande”. A l’instar des précédentes semaines, ils scandaient “Makanch intikhabat, yal 3issabat”. 

Les Algériens refusent dans leur majorité de prendre part à des élections organisées par des symboles du “système Bouteflika”. “Il ne fait aucun doute que le pouvoir souhaite se régénérer à travers ce scrutin”, affirme Kamel, jeune manifestant. 

Selon un décompte rendu public jeudi par le ministère de l’Intérieur, 77 lettres d’intention de dépôt de candidature ont été retirées. Aucune personnalité connue ni un homme politique notable ne figure dans la liste. Outre les membres de 3 partis, le reste des candidats à la candidature sont “libres”, inconnus du grand public.

“Pourquoi Abdelkader Bensalah et Gaid Salah s’obstinent à tenir ces élections alors que le rejet est tangible ?”, s’interroge, de son côté, Ahmed. 

A la Grande-Poste, défiant le cordon anti-émeute installé depuis la matinée, les manifestants scandaient “Le 04 juillet, kayen massira”. Le même slogan était repris en choeur ailleurs, à la rue Didouche-Mourad ou à la Place Audin. 

La police finit par libérer les lieux

Les manifestants ne souhaitent pas non plus que Gaid Salah et le commandement de l’armée “accompagne raisonnablement” la marche pacifique. “Cela signifie quoi ?”, rajoute encore Ahmed. “Cela fait quelques semaines, il nous a promis de nous protéger. La suite, on la connait tous”, rappelle-t-il.

Pour certains, Gaid Salah est derrière ce dispositif répressif après avoir déclaré “qu’il est préférable que les marches se caractérisent par un niveau raisonnable et suffisant d’organisation et d’encadrement efficace”.

Lors de ce 14e vendredi, les manifestants n’ont pas manqué de dénoncer cette répression. Ils scandaient ainsi “Dawla madaniya, machi 3askaria” (Etat civil, pas militaire), “Ya lil3ar, Polici wella hagar” (La honte, le policier est devenu un haggar). Ils ont également ciblé le Chef d’Etat-major, toujours accusé d’être le “chef de la bande”. Aujourd’hui, tout comme lors du 13e vendredi, les slogans chantant la “fraternité entre les policiers et le peuple” ont laissé place à des slogans hostiles aux forces de l’ordre. 

Face au quadrillage de la Grande-Poste, les manifestants ont fini par se diriger par dizaines de milliers à la Place des Martyrs. La rue Hocine Asselah était noire de monde. Idem pour le boulevard Zighoud Youcef.

A Alger, les Algériens ont finalement fait une démonstration de force. Face à la répression policière de ce matin, ils se sont montrés plus que jamais déterminés à poursuivre le mouvement jusqu’au départ du pouvoir en place.