ALGÉRIE
14/06/2019 17h:52 CET | Actualisé 14/06/2019 18h:05 CET

14 juin 2001-14 juin 2019: quelque chose de fondamental a changé en Algérie

Mehdi Alioui pour le HuffPost Algérie

Ce soleil de plomb du 17ème vendredi rappelle un autre. Celui du 14 juin 2001. “Nous étions plus nombreux, beaucoup plus nombreux. A ce jour, je ne comprends pas comment ils ont réussi à nous réprimer”, raconte Abdenour. Quadragénaire aujourd’hui, il avait juste un peu plus de 20 ans, en 2001. “Nous n’avons jamais voulu prendre la capitale d’assaut, comme ils l’ont dit. On voulait seulement remettre la plate forme d’El Kseur au Président qui était censé être celui de tous les Algériens”. Il parle tout en regardant la cinquantaine de jeunes drapés du drapeau amazigh qui l’entoure et il se dit, malgré tout content. “Notre combat a porté ses fruits” dit-ils alors que la foule scande “Les Algériens khaoua khaoua”.

En ce 14 juin 2019, les Algériens sont plus unis que jamais. Les minutes de silence observées par différents groupes sont respectées, les manifestants réitèrent leur volonté à faire aboutir le combat démocratique.

Samir a 33 ans, il en avait 14 en 2001. Lui aussi a été marqué par cette chasse à l’homme dans la capitale. “Nous avions démarré deux jours avant. J’ai suivi  un groupe de jeunes qui a pris le départ de Amizour. On a dormi dehors et nous sommes arrivés à la capitale le teint hâlé. Nous étions facilement repérables : notre accent, notre méconnaissance de la ville. On était facilement reconnus  à notre teint marqué par le soleil durant notre parcours”. Samir marque un temps d’arrêt avant de poursuivre: “nous étions très heureux. Nous sommes arrivés à Alger et notre combat allait aboutir. Je ne sais pas comment la répression a commencé. Nous étions encore au niveau de la rue Hassiba Ben Bouali”.

Samir se souvient avoir couru dans la rue avec des policiers à ses trousses. Ensuite, ce sont des jeunes en civils qui ont pris le relais de la chasse. “Je ne sais pas si c’était des policiers en civil ou des voyous payés pour accomplir cette sale tâche”. Son “salut”, il le doit à une femme qui lui a ouvert la porte de son appartement,  non loin de l’hôpital Mustapha Bacha”. Il dit regretter de ne se souvenir ni de l’immeuble, ni de l’étage, où il est resté à l’abri jusqu’au soir pour remercier sa bienfaitrice. 

A Alger aujourd’hui, plusieurs groupes de manifestants ont rendu hommage à ceux qui se sont retrouvés dans un “traquenard” en 2001. Au siège du RCD, on désigne ceux qui à l’époque, se sont rendus responsables de ce dérapage. On scande des slogans hostiles au chef du Gouvernement de l'époque et son ministre de l'intérieur avant d’enchaîner sur le rituel “pouvoir assassin”.

A proximité de la Place Audin, des manifestants, cette fois-ci très nombreux, observent une nouvelle minute arborant le signe de la victoire.  En ce 14 juin 2019, les Algériens trop nombreux dans les rues restent unis autour d’un même idéal “doula madania machi Askria” ( état civil et non militaire) et “jazaïr Horra démocratia” (Algérie libre et démocratique).

 

Des universitaires se rencontrent, l’un d’eux lance sa vanne au régime: “plus ils mettent des membres de la grande 3issaba en prison et plus on est nombreux dans la rue”.

Entre juin 2001 et juin2019, quelque chose de lourd a changé en Algérie. Les gens marchent paisiblement, se parlent, se découvrent et prennent le temps de s’écouter.