ALGÉRIE
17/10/2019 10h:46 CET

11e Festival de musique symphonique d'Alger: "Nous parlons la même langue, la musique"

Fayçal Métaoui
Orchestre symphonique de l'Opéra d'Alger

Salle comble chaque soir à l’Opéra d’Alger Boualem Bessaieh pour les soirées du 11e Festival culturel international de musique symphonique qui se poursuit jusqu’au 17 octobre 2019. Après une ouverture assurée, le 12 octobre, par le jeune maestro Lotfi Saidi qui a dirigé l’Orchestre symphonique de l’Opéra d’Alger, les soirées se sont succédées avec le passage, dimanche 13 octobre, d’Apertus Ansamble, un trio tchèque qui, à sa manière, a célébré Antonin Dvorak en reprenant des extraits des cycles “In folk tone” et “chansons gitanes”.

Il a également repris le célèbre “Air de Terinka” de l’opéra “Jacobin” que le plus connus des compositeurs tchèques a conçu vers 1889 à Prague, en clin d’œil de la Révolution française. Apertus Ansamble n’a pas oublié l’autre grand compositeur tchèque Bedrich Smetana en interprétant notamment le fameux “Je règne seul” de l’Opéra “Les deux veuves”, composée en 1873.

Comme Dvorak, Smetana a composé neuf opéra dont “Dalibor”, “La fiancée vendue” et “Le baiser”. “Je ne connais pas beaucoup de choses sur la culture et la musique algériennes, mais j’ai une idée sur l’Algérie. C’est la première fois que je visite le pays”, confie Tereza Stepankova, soprano d’Apertus Ansamble, avant la montée sur scène. Actuellement, la soprano, qui a côtoyé le ténor italien Antonio Carangelo, interprète le rôle de la première nymphe du bois de l’opéra “Rusalka” de Dvorak au théâtre de Moravie-Silésie en Tchéquie. Vilem Vlcek, violoncelliste, 21 ans, ne connaît pas, lui aussi, la musique algérienne. Il a trouvé le contact avec les musiciens algériens riche et intéressant. Il a cherche à découvrir la musique traditionnelle algérienne.

 

“Mozart est un grand monde !”

Le maestro Ahmed El Saedi, le fondateur de la Société philharmonique d’Egypte, a, lui, fait sensation en dirigeant l’Orchestre symphonique du Caire, en formation réduite, accompagné du pianiste Yasser Ali Mokhtar, une véritable star. Diplômé du légendaire Conservatoire Tchaikovski de Moscou, le pianiste est sollicité par toutes les grandes scènes du monde.

A chaque fois, il donne une idée artistique sur la musique arabe dans les concerts qu’il anime. Dimanche soir, Ahmed El Saedi a choisi des œuvres de Mozart et de Dvorak. “Pour ma première venue en Algérie, l’expérience est très riche. Notre orchestre existe depuis 61 ans. Durant toute cette période, nous avons présenté des œuvres de la musique classique mondiale et arabe. Nous avons interprété de la musique égyptienne aussi. Nous avons présenté Mozart ce soir parce que Mozart est un grand monde ! De plus, le choix du programme se fait en fonction de la composition de l’orchestre”, a souligné Ahmed El Saedi.

Selon lui, la rencontre artistique entre la musique classique européenne et la musique arabe est possible. Formé à Vienne, Ahmed El Saedi a travaillé avec une cinquantaine d’opéras et d’orchestres à travers le monde. ”

“Une musique intemporelle”

Koechel 440, contrairement à son appellation, est un ensemble français, crée, en 2008, par les musiciens Frédérique Bizet et Samuel Etienne. Koechel 440 est la classification des œuvres de Mozart. Mené par François Maugrenier, l’ensemble a choisi justement Wolfgang Amadeus Mozart, dont la symphonie numéro 40, pour un concert marqué par la présence imposante de la soprano Géraldine Casey, grande interprète des œuvres du compositeur autrichien, et de Renaud Guy Rousseau, joueur de clarinette, soliste de l’Orchestre national de France.

“Notre ensemble a la particularité d’être jeune. La moyenne d’âge est de vingt ans. Avec eux, il y a de la fraîcheur et de l’énergie. La qualité de jeu est différente surtout pour la musique de Mozart qui exprime une certaine joie de vivre. Une musique intemporelle avec un grand sens du phrasé et un message d’humanisme”, a soutenu François Maugrenier, musicien et compositeur, actuel directeur de l’Institut français d’Algérie (IFA) à Tlemcen depuis trois ans.

Selon lui, le public algérien, qui assiste aux concerts et récitals de musique classique, est de grande qualité. “En Algérie, il y a une très bonne écoute. Comme ici, à l’Opéra d’Alger, le public est composé de toutes les catégories d’âge. Un public ouvert”, a-t-il appuyé.

“Je voudrais tellement découvrir la musique algérienne ! ”

Eunji Han est pianiste coréenne. Lundi 14 octobre, au soir, elle interprétée des œuvres de Debussy, R.Strauss, Donizetti, Bernstein et Obradros. Elle a accompagné au chant Hyeyoung Kim, soprano, qui prépare un Master en chant lyrique à Lyon (France), et qui s’est illustrée par l’interprétation d’un air de l’Opéra Candide de Léonard Bernstein (d’après un conte de Voltaire).

La langue coréenne permet un développement particulier du chant lyrique. Aujourd’hui, les chanteurs coréens sont partout en Europe et aux Etats Unis. En Corée, le public de la musique symphonique par rapport à l’Europe”, a souligné Eunji Han qui vit actuellement à Londres.

Selon Hyeyoung Kim, il est difficile de mélanger la musique traditionnelle coréenne avec la musique symphonique en raison des instruments anciens. Les deux artistes disent ne pas connaître grand chose de la musique algérienne.

Enrico Zagni est un ténor italien qui s’est dit impressionné par l’Algérie qu’il visite pour la première fois. “Nous parlons la même langue, la musique. Je viens du Nord de l’Italie, de Venise, et cela m’intéresse de rencontrer une culture différente. Cela aide à rencontrer et à accepter l’autre. Je voudrais tellement découvrir la musique algérienne !”, a-t-il confié avant d’interpréter des airs de Lehar, Ranzato, Lombardo.

Il a également chanté, accompagné de la soprano Barbara Favali, des chants traditionnels italiens comme “Mamma”, “O sole mio” et “La spagnola”. Durant la même soirée, l’ensemble turc Cso Cella Quartet a admirablement interprété des musiquescélèbres de Freddy Mercury (l’opéra rock Bohemian Rhapsody), Albeniz (Austrias), Morricone (bande originale de “Le bon, la brute et le truand” et Erdener (“Lorca Tango).