MAROC
22/02/2019 10h:45 CET

10 associations lancent un appel collectif pour annuler la dissolution de Racines

Un verdict qu’elles jugent “anti-constitutionnel”.

FACEBOOK/RACINES

CULTURE - Le feuilleton judiciaire concernant la dissolution de l’association Racines est loin d’être terminé. Cette semaine, dix associations ont lancé un appel collectif pour annuler ce verdict qu’elles jugent “anti-constitutionnel”.

Dans un communiqué publié en arabe, en français et en anglais, relayé par l’association Racines, les signataires indiquent que cette décision de justice “confirme (...) l’offensive de l’Etat non seulement contre la liberté d’expression mais aussi contre la liberté d’association”.

“L’option sécuritaire fait reculer le pays”

Pour ces associations, parmi lesquelles figurent le Collectif démocratie et liberté (CDL), le Forum des alternatives Maroc, E-Joussour, l’Observatoire marocain des libertés publiques (OMLP) ou encore la Fédération nationale des associations amazighs, “cette offensive et ces mesures de restrictions des libertés sapent les engagements constitutionnels et internationaux du pays”.

“Nous les signataires ne cesseront de le répéter: l’option sécuritaire fait reculer le pays à un moment où celui-ci est secoué par une crise sociale et économique et par la montée des populismes et des discours de haine et de violence”, écrivent-ils encore.

Cet appel collectif intervient quelques semaines après la publication d’un communiqué conjoint par les ONG Amnesty International et Human Rights Watch (HRW) protestant contre la dissolution de l’association qui lutte pour l’intégration de la culture dans les politiques publiques de développement humain, social et économique. Une pétition lancée sur la plateforme Change.org pour dire “non à la dissolution” a par ailleurs récolté près de 2.500 signatures à ce jour.

Des “atteintes envers les institutions étatiques et la religion islamique”

La justice a ordonné, le 26 décembre dernier, la dissolution de l’association Racines suite à une plainte du procureur du roi, sur demande du gouverneur de Casa-AnfaCette décision serait due à la diffusion, en trois parties, en août dernier, d’un épisode de l’émission “Un dîner 2 cons”, intitulé “L’épopée des nihilistes”, tourné dans les locaux de l’association à Casablanca. 

Émission durant laquelle plusieurs intervenants, dont le journaliste Omar Radi, le musicien Bambi, le porte-parole de HRW Ahmed Benchemsi et le coordinateur de Racines, Aadel Essadani, sont notamment revenus sur la condamnation à 20 ans de prison de plusieurs figures du Hirak du Rif ou encore sur le discours royal.

“La justice a considéré que les opinions politiques de l’association allaient à l’encontre des statuts d’une association, alors que ces statuts ne parlent à aucun moment d’opinions politiques”, avait indiqué un membre de l’association au HuffPost Maroc.

Dans son jugement, le Tribunal de première instance de Casablanca justifie cette dissolution par la présence, dans l’émission, de “dialogues qui portent de graves atteintes envers les institutions étatiques et la religion islamique et portant outrage à des corps constitués et fonctionnaires administratifs”.