ALGÉRIE
05/02/2016 11h:05 CET | Actualisé 05/02/2016 11h:05 CET

Crise migratoire: Paris et Berlin mettent la pression sur la Turquie

AFP
Le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve (g) et son homologue allemand Thomas de Maizière (c) à Athènes, le 5 février 2016

Contrôle des flux, politique des visas, lutte contre les filières: Paris et Berlin veulent accroître la pression sur la Turquie pour tenter de résoudre une crise migratoire qui fait tanguer l'Europe.

En visite vendredi à Athènes, le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve et son homologue allemand Thomas de Maizière sont venus plaider la solidarité européenne, avec un message simple: il y a "un risque pour Schengen" si l'Europe ne se dote pas des outils suffisants pour mieux contrôler les frontières, notamment dans les "hotspots", ces centres d'accueil et de transit qui peinent à prendre leur rythme en Grèce.

Mais la solution à cette crise passe aussi par une maîtrise du nombre d'arrivants. "Il y a une urgence, une obligation de lucidité, d'action, pour stopper les flux et créer les conditions d'un accueil digne de ceux qui, persécutés dans leur pays, relèvent du statut de réfugié en Europe", a affirmé Bernard Cazeneuve.

Le but "ne peut pas être seulement d'enregistrer totalement les réfugiés qui arrivent et de procéder à leur répartition équitable", a également averti Thomas de Maizière. Il faut "avant tout réduire les flux qui arrivent", a-t-il ajouté.

Les deux ministres s'exprimaient lors d'une conférence de presse à Athènes, dans une ambiance de mise à l'index de la Grèce pour ses défaillances dans la gestion de la crise migratoire. Plus de 850.000 personnes fuyant guerre et misère sont arrivés dans le pays en 2015, la plupart avant de continuer leur route vers l'Europe du Nord et de l'Ouest.

Bernard Cazeneuve a "proposé qu'une expertise française soit diligentée dans les prochains jours" en Grèce pour évaluer les besoins et les solutions techniques dans les hotspots. L'Allemagne va elle envoyer cent policiers supplémentaires et deux navires pour surveiller les côtes.

Mais il faut aussi "intensifier le retour de ceux qui n'ont pas besoin de protection, également depuis la Grèce", et dans ce contexte nous voulons "améliorer la coopération opérative avec la Turquie," notamment par une lutte déterminée contre les passeurs, a affirmé M. de Maizière.

Il faut que la discussion engagée avec la Turquie "aille à son terme", a expliqué Bernard Cazeneuve avant son départ pour Ankara, où il devait parler "des visas", "du soutien aux réfugiés dans les camps" et "de la lutte contre les passeurs" avec son homologue turc Efkan Ala.

Côté allemand, c'est la chancelière, Angela Merkel, qui se rendra lundi en Turquie pour parler immigration illégale, a annoncé vendredi son porte-parole.

"Engagements"

Outre les réfugiés originaires de Syrie, la Turquie voit arriver un nombre croissant de migrants d'Afghanistan, du Soudan, du Pakistan ou de pays du Maghreb, dont les ressortissants bénéficient sur son territoire d'exemptions de visas.

"Il faut que la Turquie aligne sa politique de visas sur celle de l'Europe", "sinon il n'y aura pas de tarissement du flux", avait affirmé jeudi M. Cazeneuve en visite sur l'île grecque de Lesbos, à quelques encablures des côtes turques.

Il avait aussi plaidé pour qu'Ankara bénéficie de l'aide débloquée par l'UE afin de "favoriser le maintien des réfugiés dans les camps" et pouvoir ainsi organiser le retour dans leur pays lorsque la situation le permettra.

L'Union européenne a approuvé mercredi les modalités du financement d'un fonds de trois milliards d'euros destiné aux réfugiés syriens en Turquie.

"Il s'agit à présent que les Turcs remplissent leur part des engagements", souligne-t-on de source diplomatique française. Les partenaires d'Ankara demandent notamment des progrès sur la lutte contre les faux documents.

La question des réfugiés doit figurer parmi les grands sujets abordés dimanche soir lors d'un dîner entre François Hollande, Angela Merkel et le président du Parlement européen Martin Schulz à Strasbourg.

L'enjeu est de taille pour les Européens, car l'arrivée du printemps risque d'entraîner un nouveau pic de l'exode. La question est devenue particulièrement cruciale pour la chancelière Angela Merkel, sous pression politique alors que son pays a accueilli plus d'un million de candidats à l'asile l'an dernier.

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